Il y a encore trois ans, personne au ministère des Armées n’aurait imaginé reconfier la production d’une munition de guerre à un constructeur automobile. Puis l’Ukraine a montré ce que signifiait vraiment produire des drones en temps de guerre : des milliers d’unités par mois, des lignes d’assemblage tournant en continu, une industrie civile reconvertie à marche forcée.
L’opération Epic Fury, lancée début mars 2026 par les États-Unis et Israël contre l’Iran, a confirmé ce que le conflit ukrainien avait déjà démontré : nous sommes entrés dans l’ère de la saturation low-cost, celle où la capacité à produire en quantité des systèmes bon marché est devenue aussi décisive que la sophistication technologique. Le programme Chorus, révélé progressivement depuis début 2026, est la réponse française à ce constat. Mais Chorus n’est qu’un élément d’une architecture en construction accélérée, au moment où le reste du monde accélère à une vitesse sans précédent.
Quatre ans de guerre, quatre millions de drones par an
Pour mesurer l’ampleur du défi, il faut d’abord regarder ce que la guerre en Ukraine a produit. L’Ukraine est passée de quelques milliers de drones fabriqués en 2022 à plus de 4 millions en 2025, avec un objectif annoncé de 7 millions pour 2026. Les Forces de systèmes sans pilote (Unmanned Systems Forces) ukrainiennes effectuent plus de 11 000 missions de combat par jour. En mars 2026, elles ont frappé plus de 150 000 cibles vérifiées, soit une hausse de 50 % par rapport au mois précédent. Presque chaque brigade dispose désormais d’une compagnie de drones armés intégrée à sa structure de combat. Un simple quadricoptère civil transformé en vecteur de frappe peut détruire un char à plusieurs millions d’euros. Un drone FPV coûte moins cher qu’un obus d’artillerie et frappe avec plus de précision.
Ce modèle repose sur une révolution industrielle accélérée par la nécessité : environ 500 fabricants actifs, des cycles de développement de quelques semaines, quand nos propres programmes d’armement s’étirent sur plusieurs années voire une décénnie, et une intégration permanente des retours du front. Mais il a aussi une dépendance structurelle : la Chine fournit environ 80 % des composants électroniques critiques qui équipent les drones des deux belligérants, ukrainiens comme russes.
Kyiv en est conscient et accélère sa localisation : certains fabricants ukrainiens, comme F-Drones, produisent désormais en interne leurs calculateurs de vol, leurs variateurs de vitesse, leurs modems radio et leurs systèmes de transmission vidéo, tout en s’approvisionnant auprès de partenaires européens sécurisés pour le reste. C’est d’ailleurs cette maîtrise de la chaîne d’approvisionnement qui a valu à F-Drones de décrocher un contrat du Pentagone après avoir été retenu parmi les lauréats du programme Drone Dominance américain. L’Ukraine ne produit plus seulement pour survivre : elle commence à exporter son savoir-faire.
Russie, Iran : le modèle du drone qui saigne les défenses
Du côté russe, le complexe industriel d’Alabuga produit environ 5000 drones Shahed-Geran par mois, avec l’appui de composants chinois, de main-d’œuvre nord-coréenne et du savoir-faire iranien. En mars 2026, la Russie a atteint un record avec 6462 drones lancés sur l’Ukraine en un seul mois, soit une moyenne de 208 par jour. Le pic historique fut la nuit du 23 au 24 mars : 948 drones en 24 heures. La tactique est rodée : des drones leurres saturent en premier les systèmes de défense, les drones de frappe suivent dans la foulée, et les missiles de croisière ou balistiques profitent des brèches ainsi ouvertes pour atteindre les cibles de haute valeur. Chaque Shahed coûte entre 20 000 et 50 000 dollars. Chaque missile utilisé pour l’intercepter, qu’il s’agisse du Patriot américain ou de l’Aster 30 du système européen SAMP/T, coûte entre un et quatre millions de dollars.
L’opération Epic Fury a confirmé cette logique à une échelle inédite. En réponse aux frappes américano-israéliennes, l’Iran a lancé plus de 2000 drones Shahed en quelques jours sur les pays du Golfe. Faire face à ces vagues de drones a coûté aux États-Unis et à leurs alliés entre 5 et 10 milliards de dollars en munitions de défense aérienne.
La France n’est pas étrangère à cet engagement : les Rafale déployés aux Émirats arabes unis ont abattu plusieurs dizaines de cibles aériennes dans le cadre des accords de défense liant Paris à Doha. Mais tirer un missile MICA à un million d’euros sur un drone Shahed qui coûte cinquante fois moins cher n’est évidemment pas soutenable. La ministre des Armées, Catherine Vautrin, l’a rappelé : « l’adéquation entre l’effet militaire recherché et les moyens est un sujet extrêmement important. »
Pékin tient les clés de la filière mondiale
La Chine n’est pas seulement au cœur des chaînes d’approvisionnement. Elle règne sur l’ensemble de l’écosystème drone, de la matière première au système d’armes fini. DJI représente environ 70 % du marché mondial des drones commerciaux. Sa capacité de production de drones FPV est estimée à 500 000 unités par mois, potentiellement extensible à 700 000 en temps de guerre, en mobilisant moins de 5 % de sa capacité industrielle. Certains de ses drones longue portée sont capables de frapper à plus de 7000 km, soit la distance Paris-Pékin.
Mais la domination chinoise va bien au-delà des plateformes. Pékin contrôle environ 90 % du néodyme mondial, la terre rare indispensable aux aimants permanents équipant les moteurs électriques de drones. Il domine la production des puces électroniques utilisées dans les systèmes de pilotage des drones. Il fournit les lentilles en germanium des caméras thermiques. Substituer ces composants par des sources non chinoises revient, selon les industriels, à multiplier leur coût par dix. L’autonomie stratégique dans la filière drone passe donc d’abord par une question de métaux rares et de chaînes d’approvisionnement, bien avant celle des lignes d’assemblage.
Et Pékin ne se contente pas de vendre. Il choisit ses clients : en 2024, les exportations directes de drones et composants chinois vers la Russie représentaient 72 fois la valeur des livraisons vers l’Ukraine. Des entreprises chinoises ont restreint leurs exportations vers Kyiv sous pression des autorités, tout en laissant filer leurs composants vers Moscou via des circuits détournés. La Chine ne sera neutre dans aucun conflit futur impliquant ses chaînes d’approvisionnement.
L’Amérique en mode rattrapage
Les États-Unis ont enclenché une réponse d’une ampleur sans précédent. Le budget du Pentagone pour 2027 prévoit 70 milliards de dollars pour les drones militaires et les systèmes de lutte anti-drones (LAD). Un programme d’un milliard de dollars vise l’acquisition de 340 000 petits drones d’attaque en deux ans. SkyFoundry, le programme industriel de l’US Army, vise 10 000 drones par mois dès la mise en service du premier site au Texas.
L’armée américaine a créé une marketplace numérique avec Amazon Web Services pour commander des drones en quelques clics. Des contrats concrets tombent à un rythme soutenu : 52 millions de dollars pour 2500 drones Skydio X10D bouclés en 72 heures, 20 milliards à Anduril pour des capacités de commandement anti-drones, 17 millions pour le Red Dragon d’AeroVironment capable de frapper à 400 km sans GPS.

Pourtant, même cette accélération révèle des fragilités. Un exercice organisé par la Defense Innovation Unit au Yukon Training Area, en Alaska, en juin 2025, avait illustré les limites. : drones ratant leurs cibles, pannes moteur, équipements de guerre électronique inefficaces. Symptôme du retard américain : le Corps des Marines a dû se tourner en urgence vers la startup londonienne SteelRock Technologies pour se procurer ses brouilleurs anti-drones NightFighter Mini, aucune industrie américaine n’étant capable de répondre à temps.
Sur la base de Prince Sultan, en Arabie saoudite, ce sont des techniciens ukrainiens qui forment désormais les soldats américains à leur logiciel de détection anti-drones Sky Map. Le pays qui se bat pour sa survie depuis quatre ans enseigne la guerre des drones à la première puissance militaire mondiale.
La France bouge, mais part de très loin
La France regarde ce qui se passe et commence à bouger. Mais le point de départ est modeste : quelques centaines de drones kamikazes produits sur l’ensemble de l’année 2025. Depuis, les chantiers s’accumulent, poussés autant par l’urgence que par une volonté de rattraper le retard.
Le programme Chorus, développé par Turgis & Gaillard avec Renault, en est le symbole le plus visible. Concrètement, le Chorus est un engin de belle taille : dix mètres d’envergure, huit de long, capable d’emporter une demi-tonne de charge sur 3000 km à 5000 mètres d’altitude, guidé par téléopérateur via GPS ou Galileo. Son prix unitaire de 100 000 euros le place loin du drone consommable à quelques centaines d’euros que l’Ukraine produit par millions. Quant aux volumes, la Direction générale de l’armement (DGA) n’attend que dix exemplaires cet été pour ses premières évaluations. Premier vol prévu en septembre. Comme l’a dit Patrick Pailloux, délégué général pour l’armement, devant le Sénat le 26 février : « Nous n’allons pas acquérir de grandes quantités de tels équipements, qui seront vite obsolètes. En revanche, ce travail permet de s’assurer que Renault, le jour venu, pourra produire en quantité. »
Autour de Chorus, une gamme se construit. Damoclès, développée par Delair et KNDS France, est déjà dans les mains des forces depuis décembre, avec 460 unités livrées en tranches successives. Le One Way Effector (OWE), commandé fin janvier auprès de MBDA et Aviation Design, doit frapper à 500 km avec 40 kg de charge, mais les premières livraisons ne sont pas attendues avant 2027. Plus bas dans le spectre, la pépite Harmattan AI a livré 1000 drones Sonora à l’armée de Terre en début d’année pour équiper les unités participant à l’exercice ORION 2026 : 1,8 kg, 40 minutes d’autonomie, moins de 1000 euros pièce. Première livraison de cette taille en si peu de temps pour la filière française. Harmattan AI est depuis devenue la première startup de la BITD française à décrocher le statut de licorne, avec une valorisation dépassant le milliard d’euros.

Du côté des drones MALE (moyenne altitude et longue endurance), cinq industriels français développent des démonstrateurs bas du spectre : Turgis & Gaillard avec son Aarok qui a effectué son vol inaugural en septembre dernier, Daher avec l’EyePulse basé sur un TBM 910 automatisé, capable d’emporter 500 kg pendant 12 à 24 heures, Aura Aero (ENBATA), SE Aviation (DRIADE) et Fly’R (R2-900). En parallèle, le drone tactique Patroller de Safran, après dix ans de développement et 330 millions d’euros investis, est en voie d’abandon partiel. La guerre en Ukraine a tranché : un drone de 1,5 tonne émettant en continu serait abattu en quelques minutes dans un environnement saturé de brouillage. La DGA lance désormais un appel d’offres pour le programme ADAPT1, destiné à lui trouver un successeur plus agile.
L’armée de Terre structure aussi ses nouvelles unités. Le premier escadron de drones de chasse du 1er Régiment d’Infanterie de Marine (1er RIMa), qui lors d’un exercice à Mailly-le-Camp a infligé 20 % des pertes de l’adversaire avec 5 % de la force engagée, vient d’être déclaré pleinement opérationnel. Cinq autres escadrons similaires seront créés dans les brigades de la 1ère division. L’armée de Terre projette d’acquérir au moins 10 000 drones cette année pour démultiplier un parc actuellement limité à environ 4 000 vecteurs. À Chaumont, en Haute-Marne, l’École des drones a inauguré en 2025 la plus grande salle d’entraînement aux drones de combat d’Europe : plus de 1000 m² couverts, protégés par des filets en kevlar, pour former des pilotes par tous les temps et sans dépendre de l’espace aérien. L’objectif : former 100 à 150 instructeurs par an, qui iront ensuite transmettre leur savoir-faire dans leurs régiments.
La lutte anti-drones, parent pauvre d’une filière en rattrapage
Mais c’est sur un autre front que la France accuse le retard le plus préoccupant. La menace drone n’est pas une découverte. Dès les Jeux olympiques de Paris en 2024, les armées avaient dû improviser des dispositifs anti-drones pour protéger les sites sensibles, révélant au passage l’absence de réponse structurée face à des engins pourtant disponibles dans n’importe quelle boutique de loisirs. Depuis, les survols de bases militaires, de centrales nucléaires et d’infrastructures critiques ont multiplié les alertes.
La guerre en Ukraine avait démontré l’ampleur du défi. Des rapports parlementaires avaient tiré la sonnette d’alarme dès 2023, pointant les limites du modèle français face à la prolifération des drones, et appelant à « accélérer la dronisation des armées en soutenant la BITD française ». Le retour d’expérience de l’exercice ORION 2023 avait lui aussi mis en lumière plusieurs lacunes criantes : la force adverse n’avait pu être dotée de drones faute de ressources suffisantes, obligeant l’armée à faire appel à une société privée pour simuler une menace que le moindre fantassin ukrainien affronte désormais chaque jour.
Le chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, le général Jérôme Bellanger, avait lui-même alerté les députés lors de sa dernière audition sur la nécessité de ne pas « rater le virage » de la dronisation face à la « massification de la menace ». Les chiffres, on les connaissait déjà. Depuis fin 2023, les frégates françaises en mer Rouge tiraient des Aster à plusieurs millions d’euros sur des drones houthis à quelques milliers. L’engagement des Rafale dans le Golfe n’a pas révélé le problème. Il a juste rendu impossible de continuer à l’esquiver.
Car les chiffres sont implacables. Tirer un missile MICA à un million d’euros sur un Shahed à 20 000 euros, c’est accepter un rapport de force économique de un à cinquante en faveur de l’attaquant. Répété des dizaines de fois par nuit, sur plusieurs théâtres simultanément, ce déséquilibre vide les stocks de munitions complexes à une vitesse que l’industrie de défense occidentale est incapable de compenser.
La DGA vient de lancer le partenariat d’innovation ELISA2, doté de 18,7 millions d’euros, pour développer des drones intercepteurs de nouvelle génération capables de neutraliser des menaces de plus de 100 kg volant jusqu’à 600 km/h. Jusqu’à huit industriels seront soutenus. Des sociétés comme Asterodyn, Harmattan AI ou Alta Ares se sont positionnées sur ce créneau. Le drone intercepteur AST78 d’Asterodyn est déjà entre les mains de l’Aviation légère de l’armée de Terre (ALAT). Le GOBI d’Harmattan AI est évalué au 54e Régiment d’Artillerie (54e RA). En décembre 2025, l’Ukraine livrait environ 950 drones intercepteurs anti-Shahed par jour à ses forces, à 2000 ou 3000 euros l’unité. La France, elle, en est encore à la phase de partenariat d’innovation.
Le diable est dans les composants
Derrière chaque programme, la même question revient : la dépendance aux composants étrangers. La DGA impose désormais que les contrôleurs de vol et les cartes électroniques soient conçus et produits au sein de l’Union européenne pour tout nouveau marché. Le Pacte drones aériens de défense rassemble plus de 170 participants industriels.
Mais le diable est dans les détails. Les moteurs électriques du Sonora ne sont pas d’origine européenne. Plus largement, les batteries et certains composants optiques qui alimentent la filière française de drones restent majoritairement d’origine étrangère, souvent chinoise. La chaîne d’approvisionnement reste trouée de dépendances que ni le Pacte drones ni les bonnes intentions souveraines n’ont encore comblées.
Par ailleurs, l’Eurodrone, développé par Airbus avec la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, illustre les limites du modèle traditionnel : trop long, trop coûteux, mal adapté aux engagements de haute intensité. L’Allemagne vient d’obtenir l’autorisation d’acquérir des MQ-9B SeaGuardian américains pour sa marine, enterrant de facto le projet franco-allemand MAWS. La France tente de combler l’écart en parallèle avec ses cinq industriels MALE bas du spectre, mais sans garantie de commande avant 2027 au mieux.
La guerre des drones se gagne à l’usine, pas dans les bureaux
La France parie sur sa capacité à produire en quantité si le besoin se présente. C’est cohérent en temps de paix. C’est plus fragile si le conflit arrive avant que les lignes d’assemblage tournent à plein régime. Renault apporte ce que l’industrie de défense classique n’a pas vraiment cultivé : la culture de la grande série, la maîtrise des coûts, le respect des délais. Le constructeur prend soin de préciser qu’il ne cherche pas à devenir un industriel de la défense, et que ses salariés participeraient au projet sur la base du volontariat.
Du fantassin qui sort Damoclès de sa musette à quelques kilomètres, au One Way Effector qui sature les défenses à 500 km, jusqu’à Chorus qui part chercher une cible à 3 000 km : la gamme prend forme. Derrière, les drones MALE en développement, les escadrons de chasse en formation, les intercepteurs en cours d’évaluation, les drones cargo à l’étude. L’architecture commence à prendre forme. Mais elle reste muette face à une réalité arithmétique : pendant que la France commande 1000 drones Sonora en urgence, l’Ukraine en produit 4 millions par an, l’armée américaine vise un million en deux ans et le Pentagone consacre 70 milliards de dollars aux seuls drones pour sa prochaine année budgétaire.

La vraie question se posera sur les lignes d’assemblage du Mans, le jour où il faudra produire pour de bon. Et ce jour pourrait arriver plus vite que prévu. Le général Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre, le reconnaît sans détour : la France n’est « pas encore assez agile et rapide » dans sa capacité à transformer l’innovation en production industrielle. Catherine Vautrin, ministre des Armées, parle d’une « nouvelle échelle de temps » et d’une « nouvelle norme » après la livraison des 1 00 Sonora en six mois. Son prédécesseur Sébastien Lecornu tenait déjà le même discours, promettant lors de sa visite chez Turgis & Gaillard à Blois de « se lancer définitivement dans l’aventure » des drones, ou encore d’« aller plus vite » face à l’urgence opérationnelle. Des mots qui, d’un ministre à l’autre, disent autant la prise de conscience tardive que le retard structurel à combler.
Il suffit de regarder les chiffres pour mesurer l’écart. Pendant que la France commande 1000 drones en urgence et expérimente son premier escadron de drones de chasse, l’Ukraine produit déjà 4 millions de drones par an et forme 30 000 télépilotes. L’armée américaine consacre 70 milliards de dollars aux drones pour sa seule prochaine année budgétaire, commande des FPV ukrainiens via une plateforme dédiée, et forme ses soldats avec des logiciels ukrainiens sur ses propres bases. La Chine, elle, pourrait produire un milliard de drones sans ralentir son économie.
Face à cette réalité, la France a engagé une course contre la montre dont elle n’a pas encore la pleine mesure. Les programmes sont là : Chorus, l’OWE, Damoclès, les drones MALE en développement, les intercepteurs ELISA en cours d’évaluation, les escadrons de drones de chasse en formation, les drones cargo à l’étude. L’architecture commence à tenir. Mais entre une architecture qui tient sur le papier et une industrie capable de produire en masse, sous pression opérationnelle, il y a un écart que ni les 35 millions d’euros alloués à Chorus, ni le milliard d’euros espéré sur dix ans, ne suffiront à combler seuls.
Car la guerre des drones ne se gagne pas dans les bureaux de la DGA ni dans les couloirs du Sénat et de l’Assemblée Nationale. Elle se gagne, comme l’Ukraine l’a appris depuis 2022, sur les lignes de production, dans les ateliers de rivetage, dans les retours du front intégrés en quelques jours plutôt qu’en quelques années. La France a pris conscience du problème. Elle commence à bouger. Dans une guerre qui se compte en milliers de drones brûlés chaque jour, les calendriers de livraison ne sont pas des détails. Ce sont des questions de vie ou de mort opérationnelle. Et aucune promesse industrielle ne rattrape le temps perdu.
- Acquisition D’une cAPaciTé initiale de drone d’appui dans la profondeur ↩︎
- Equipement Léger d’Interception de Système Autonome ↩︎
Photo © Fly-R