La République tchèque passe la plus grande commande de vision nocturne de son histoire chez Exosens
La République tchèque commande 17 000 tubes intensificateurs d’image à Exosens. Le contrat, conclu avec le fournisseur BROLIS, court jusqu’en 2032 et constitue la plus grande commande de ce type jamais engagée par Prague. Pour le groupe mérignacais, cet accord pluriannuel ouvre une visibilité de revenus solide dans un secteur en pleine expansion.
Prague rejoint une longue liste. Ces derniers mois, Exosens a livré ou sécurisé des contrats majeurs en Allemagne, au Royaume-Uni, en Pologne, en Belgique, en Espagne, en Finlande, en France et jusqu’en Australie. Le contrat de la Bundeswehr, signé fin 2025 avec le consortium Theon/Hensoldt pour 200 000 tubes représentant plus de 500 millions d’euros, est décrit par le groupe lui-même comme probablement le plus important jamais conclu dans le domaine de la vision nocturne à l’échelle mondiale. Exosens revendique le statut de leader mondial sur ce segment et le rôle de fournisseur stratégique des pays de l’OTAN et de leurs principaux alliés. Les chiffres confirment cette trajectoire : le groupe affiche un chiffre d’affaires de 468 millions d’euros en 2025, en hausse de 22 % sur un an, avec la défense et la surveillance représentant 75 % de l’activité.
Le choix des forces armées tchèques (Armáda České republiky) obéit aussi à une logique d’approvisionnement. Exosens produit des composants certifiés ITAR-free, exempts des réglementations américaines sur l’exportation de matériels de défense. Pour les armées de l’OTAN qui cherchent à ne pas dépendre des aléas de la politique commerciale de Washington, cet argument pèse. Le groupe français occupe ainsi un créneau longtemps dominé par les industriels américains.
140 millions d’euros de la BEI
En parallèle, Exosens a bouclé un financement de 140 millions d’euros avec la Banque européenne d’investissement (BEI), adossé au programme InvestEU. La facilité, d’une maturité pouvant aller jusqu’à sept ans, finance les activités de recherche et développement du groupe ainsi que certains investissements industriels, notamment sur le site de Brive-la-Gaillarde. Ce n’est pas un hasard si la BEI s’est tournée vers Mérignac : l’institution a quadruplé ses engagements dans le domaine de la défense en 2025, et Exosens figure parmi les dossiers jugés prioritaires dans la photonique duale.
Ces deux technologies, civile et militaire à la fois, constituent précisément le cœur de métier du groupe. La BEI y voit un levier de souveraineté industrielle européenne à l’heure où les États membres cherchent à réduire leur dépendance aux composants critiques fabriqués hors d’Europe.
Exosens prévoit d’augmenter ses capacités de production de 40 % d’ici 2027, en Europe et, pour la première fois, aux États-Unis (avec Photonis Defense). Le financement de la BEI contribue directement à cet effort. La commande tchèque, elle, alimente un carnet qui n’a cessé de s’étoffer depuis deux ans. La vraie question porte désormais sur la capacité industrielle du groupe à tenir des volumes croissants dans les délais contractuels, sur la durée.
Photo © Photonis Defense