AndroMach valide la réutilisabilité du moteur de son drone suborbital Envol
21 allumages, sept minutes de combustion cumulée, et pas une pièce à changer entre deux tirs : la campagne d’essais menée par AndroMach à Saint-Médard-en-Jalles, en Gironde, a de quoi retenir l’attention du ministère des Armées. La Direction générale de l’armement (DGA) a confirmé les résultats, avec l’appui du Centre national d’études spatiales (CNES) : le moteur-fusée qui doit propulser Envol, le drone suborbital hypersonique de la jeune pousse bordelaise, encaisse les tirs répétés sans broncher.
Le Banger enchaîne les tubes
Sur le banc d’essai du centre DGA Essais de Missiles (DGA EM), les ingénieurs d’AndroMach ont poussé le Banger dans ses retranchements : jusqu’à cinq mises à feu en une seule journée, sans qu’aucune pièce ne cède. Ce moteur cryogénique, entièrement imprimé en 3D et alimenté par un couple oxygène/biopropane, bouscule la logique habituelle des essais de propulsion. Un moteur jetable impose de reconstruire une pièce coûteuse après chaque tir, ce qui ralentit les campagnes et fait grimper la facture. Le Banger, lui, se contente d’être rallumé, ce qui ouvre la voie à des essais plus rapides et bien moins chers avant le passage aux vols réels.
Ce moteur équipera Envol, un appareil de quatre mètres capable d’emporter une trentaine de kilogrammes. Deux réacteurs classiques l’arrachent du sol depuis une piste conventionnelle, puis le Banger prend le relais pour l’envoyer jusqu’à Mach 5 et 200 kilomètres d’altitude, avant qu’il ne revienne se poser en planant. Entre deux vols, AndroMach promet un délai inférieur à six heures, une cadence que peu de systèmes suborbitaux peuvent revendiquer aujourd’hui.
Voler pour de vrai, lever des fonds pour de bon
Cette réactivité correspond exactement à ce que recherche le ministère des Armées : un accès à l’espace souverain, disponible rapidement et sans coût prohibitif. AndroMach n’est pas seule sur ce créneau. HyPrSpace prépare de son côté le premier vol suborbital de sa fusée Baguette One depuis un site de la DGA, tandis que Dassault Aviation planche sur l’avion spatial Vortex. Ces trois trajectoires différentes convergent vers le même objectif stratégique, avec en toile de fond le pôle d’innovation ALIENOR, qui accompagne AndroMach depuis sa création en 2023 par de jeunes ingénieurs issus de l’IPSA1.
Un moteur qui résiste aux tirs répétés n’a de valeur que si l’appareil qu’il propulse vole un jour. Envol doit encore prouver sa capacité à réaliser des expériences en microgravité, à qualifier des technologies en conditions réelles de vol, ou à servir de cible rapide pour évaluer des systèmes de défense antimissile, civils comme militaires.
Le premier vol du prototype Envol XP1 est attendu fin 2026 ou 2027, la version opérationnelle visée pour 2028. D’ici là, l’entreprise doit encore convaincre les investisseurs, notamment via une levée de fonds ouverte au grand public sur la plateforme Souvtech Invest. Le moteur a tenu ses promesses sur le banc d’essai. Reste à voir s’il tiendra les siennes en vol.
- Institut polytechnique des sciences avancées ↩︎
Image © AndroMach
