La Roumanie commande douze H225M Caracal pour 852 millions d’euros
Il y a des contrats qui se gagnent sur les chiffres, et d’autres qui se gagnent sur le temps. Celui-ci appartient à la seconde catégorie. Cette semaine, le Parlement roumain a approuvé l’achat de douze H225M Caracal auprès d’Airbus Helicopters pour 852 millions d’euros, via la Direction générale de l’armement (DGA) et le mécanisme européen SAFE (Security Action for Europe). Lockheed Martin avait tenté sa chance avec le Sikorsky Black Hawk jusqu’au dernier moment. Peine perdue. Pour comprendre pourquoi, il faut remonter un demi-siècle en arrière.
Tout commence dans les années 1970, à une époque où Sud Aviation n’est pas encore Aérospatiale et encore moins Airbus. La Roumanie produit alors le Puma sous licence, dans ses ateliers de Brasov. Cinquante ans plus tard, la force aérienne roumaine (Forțele Aeriene Române) exploite toujours une cinquantaine de ces appareils, usés par le temps et rattrapés par l’obsolescence. Remplacer des Puma par des Caracal, c’est en quelque sorte rester en famille.
Sauf que douze hélicoptères ne suffisent pas à renouveler une flotte entière. Bucarest le sait, et a pris soin de poser une option pour 30 appareils supplémentaires après 2030, financées cette fois sur le budget national pour environ 2 milliards d’euros. La future flotte roumaine pourrait même s’avérer mixte, combinant H225M et H215M selon les missions. Ce volume engagé a son prix, et Airbus l’a bien compris : en échange, le groupe s’est engagé à transférer la production des appareils destinés à la Roumanie vers son usine de Brasov. Une façon, pour les deux partenaires, de donner une suite logique à ce qui dure depuis cinquante ans.
La diplomatie franco-roumaine, arme secrète d’Airbus
Entre-temps, l’Industria Aeronautică Română (IAR) avait développé une version de combat de l’Alouette III, l’IAR-317 Airfox, restée sans suite. Mais le fil industriel ne s’est jamais vraiment rompu. Quand Airbus a inauguré son site de Brasov en 2016 pour y produire le H215M, ce n’était pas un pari sur un marché inconnu. C’était la formalisation d’une connivence ancienne, entretenue par des décennies de coopération technique et une diplomatie franco-roumaine que peu observent mais qui travaille en profondeur.
C’est précisément ce que Lockheed Martin n’a pas réussi à contrebalancer. Le Sikorsky Black Hawk est un excellent appareil. Mais face à un partenaire qui connaît vos ateliers, vos techniciens et vos besoins depuis un demi-siècle, les arguments commerciaux trouvent vite leurs limites. La Roumanie, quand elle le peut, penche volontiers vers ses partenaires européens. Et sur ce segment précis des voilures tournantes, les Français n’ont pas eu à forcer leur chance.
Les 12 Caracal commandés sortiront d’usine équipés d’un phare de recherche, d’un FLIR (imagerie infrarouge frontale) et d’un armement d’autodéfense dont la nature exacte n’a pas été précisée. Leurs premiers vols aux couleurs roumaines sont attendus pour le second semestre 2028. La question d’une perche de ravitaillement en vol reste ouverte, mais elle ne devrait pas tarder à trouver sa réponse au fil des négociations techniques.
Les concurrents d’Airbus ont pris note. Le H225M grignote du terrain : après la France et les Pays-Bas, Bucarest rejoint le club. Pour Airbus, chaque nouveau client renforce un peu plus la solidité industrielle du programme. Et pour le mécanisme SAFE, c’est une démonstration concrète : financer des achats, c’est bien. Faire émerger des partenariats industriels durables sur le sol européen, c’est mieux. Brasov le fait depuis cinquante ans. Il continuera.
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