MBDA tire le Land Cruise Missile des profondeurs marines pour l’ancrer au sol
Au premier jour d’Eurosatory, ce 15 juin, MBDA a abattu une nouvelle carte. Le missilier européen a dévoilé le Land Cruise Missile (LCM), une déclinaison terrestre de son missile de croisière naval, capable de frapper au-delà de 1 000 km. L’idée est simple : plutôt que de partir d’une page blanche, MBDA reprend un missile qui existe déjà et le monte sur un châssis terrestre. Résultat, l’Europe pourrait se doter d’une frappe à longue distance sans attendre dix ans.
Le MdCN change de terrain
MBDA n’a pas conçu le LCM à partir de rien. Le groupe reprend le missile de croisière naval (MdCM), déjà éprouvé, et l’associe à un lanceur terrestre. « Nous partons de l’existant », résume Paul Houot, responsable du développement commercial de la frappe longue portée chez MBDA. Le système de tir réutilise ainsi l’électronique du missile naval, ce qui limite les risques et raccourcit les délais. Première étape concrète : le Ground Launch System (GLS), dérivé du lanceur naval, que l’industriel veut rendre disponible dès 2029. En amont, MBDA prévoit des tirs depuis conteneur en 2028 pour valider le concept.
Le LCM épousera par ailleurs l’évolution MK2 que la France développe pour la version navale, attendue en service vers 2030 et dotée d’une face avant retravaillée pour gagner en survivabilité. À terme, des liaisons de données pourraient même permettre de redéfinir la cible en plein vol.

Dans sa version MK2, le LCM revendique quatre avantages opérationnels. D’abord, une meilleure résistance au brouillage, grâce à un dispositif anti-brouillage de nouvelle génération. Ensuite, une furtivité accrue et des performances de vol revues, qui renforcent sa survivabilité. Enfin, davantage de portée et de létalité, avec un mode airburst à la clé. Le tout vise, selon Paul Houot, « les menaces d’aujourd’hui et de demain ».
Côté mise en œuvre, le système mise sur la rusticité. Il tire depuis des positions non préparées et se met en batterie en moins de quinze minutes, avec quatre missiles déjà chargés et prêts au départ. MBDA tient en outre à clarifier son positionnement : « HIMARS et le Pinaka indien, c’est de la longue portée ; notre modèle, c’est du deep strike », tranche le responsable.
Pour franchir les défenses anti-aériennes les plus denses, MBDA propose de coupler le LCM à son One Way Effector qu’il rebaptise Deluge. Cet engin low-cost d’environ 120 kg, d’une portée supérieure à 500 km, sature les radars adverses et dégage un couloir au missile. FASTRIKE, un outil de planification de mission dopé à l’intelligence artificielle (IA), complète le dispositif : avant le tir, il évalue le risque de détection par l’ennemi. Autant d’éléments qui doivent maximiser les chances d’atteindre la cible, même en environnement contesté.
Tirer le premier sur le marché
Le calendrier n’a rien d’un hasard. Plusieurs pays européens cherchent des solutions de frappe dans la profondeur à court terme, en attendant le programme Elsa que pilotent notamment la France et l’Allemagne. Berlin, en particulier, ne cache pas son appétit pour une capacité disponible vite. MBDA se glisse dans cette brèche : « Le but est de livrer une capacité sur le marché rapidement », martèle Paul Houot. Le LCM prolonge donc la gamme de frappe du groupe, après le Crossbow qu’il avait présenté l’an dernier. L’industriel le dit aussi ouvert à la coopération européenne, façon de séduire plusieurs capitales à la fois.
En misant sur un produit dérivé plutôt que sur une rupture technologique, MBDA tente un double coup : répondre vite à une demande qui explose, tout en gardant un pied dans les grands programmes à venir. Le pari n’est pas joué pour autant. Les tirs prévus en 2028 devront d’abord confirmer les promesses du missilier.
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