CS Group remporte le contrat de lutte anti-drones du siège de l’OTAN avec son système BOREADES
À Bruxelles, le siège de l’OTAN est l’un des sites les mieux gardés d’Europe. Ce qui s’y décide chaque semaine engage directement la sécurité de trente-deux pays membres. Désormais, un système français veillera sur son espace aérien. CS Group (Sopra Steria) vient de remporter l’un des contrats de sécurité les plus convoités d’Europe : la protection anti-drones du quartier général de l’Alliance et de la résidence de son Secrétaire Général (Mark Rutte). Une victoire obtenue au terme d’une compétition internationale sévère, face à plusieurs dizaines de candidats venus des quatre coins du monde.
Pour départager les prétendants, l’OTAN a choisi la méthode la plus radicale qui soit : tester les systèmes concurrents simultanément (!), sur site, en conditions réelles. L’Alliance a fait simple : chaque candidat a dû prouver sur place que ça fonctionnait, dans les mêmes conditions que celles du contrat. C’est dans cet exercice grandeur nature que BOREADES, la solution de CS Group, a décroché le contrat. Au bout du compte, deux systèmes BOREADES seront installés sur le site, pour un contrat de dix ans dont le montant n’a pas été dévoilé.
Ce résultat s’inscrit dans un contexte qui a profondément rebattu les cartes de la sécurité des sites stratégiques. Depuis que les conflits en Ukraine et au Proche-Orient ont démontré la capacité des drones à frapper des cibles à haute valeur avec peu de moyens, aucune organisation sérieuse ne peut plus ignorer cette menace. Et l’OTAN, dont le siège bruxellois concentre une partie des arbitrages les plus confidentiels de l’Alliance, avait toutes les raisons d’y répondre avec les meilleurs outils disponibles.
Un système qui a fait ses preuves
BOREADES n’arrive pas en terrain inconnu. Développé depuis plus de dix ans par CS Group, le système compte aujourd’hui plus de cinquante installations opérationnelles en France et à l’étranger, avec près d’une centaine d’unités en production. Son parcours parle de lui-même : il a sécurisé le ciel des Jeux Olympiques de Paris 2024 sur dix-huit sites, il accompagne les défilés du 14 juillet sur les Champs-Élysées, et les armées françaises l’utilisent dans le cadre de plusieurs programmes officiels, aux côtés de la Préfecture de Police de Paris.
Sur le plan technique, BOREADES agrège des données issues de sources très variées : radars en bandes X, K et Ku, capteurs thermiques, optronique, détection radiofréquence, lidar, voire acoustique. Cette accumulation de technologies répond à une logique simple. Les micro et mini-drones sont agiles, silencieux, souvent construits en matériaux composites, avec une surface radar réduite. Dans un environnement urbain dense, saturé en signaux RF et parsemé d’obstacles, un seul capteur ne suffit pas. BOREADES fusionne toutes ces sources dans un centre de commandement (C2) unique, qui présente à l’opérateur une situation tactique claire, en temps réel, en 2D ou en 3D.
Le système détecte, identifie, suit et neutralise les drones hostiles. Il peut brouiller leur navigation, prendre le contrôle de leur trajectoire et localiser le télépilote. Des algorithmes d’intelligence artificielle (IA) réduisent les fausses alarmes et guident l’opérateur dans ses décisions. Sur le terrain, la situation tactique remonte directement sur un smartphone. Ce qui a sans doute pesé dans la balance face aux concurrents, c’est l’interopérabilité du système : BOREADES s’interconnecte aussi bien avec d’autres systèmes de lutte anti-drones (LAD) qu’avec des postes de commandement externes, selon des standards reconnus par l’OTAN, une exigence que l’Alliance atlantique place naturellement au cœur de ses critères de sélection.
Mais ce contrat s’inscrit dans un contexte plus large. Dans une compétition où les industriels américains et israéliens partaient favoris, une solution française l’a emporté, et pas sur n’importe quel site. Pour CS Group, cette référence en appellera sans doute d’autres. Mais pour la filière française de défense dans son ensemble, elle démontre qu’on peut concevoir ici, en Europe, des systèmes capables de s’imposer là où les enjeux sont les plus élevés. Au moment où le débat sur l’autonomie stratégique du continent tourne souvent en rond, ce genre de résultat concret a le mérite d’exister.
Photo © CS Group