Contrat record avec la Bundeswehr, nouvelle usine à Ludwigsburg : Safran joue la carte allemande
Le salon ILA de Berlin sert traditionnellement de vitrine aux grands contrats de défense, et 2026 n’a pas dérogé à la règle. Au cours de cette édition, Safran Electronics & Defense y a annoncé la plus importante commande jamais enregistrée en Allemagne pour ses jumelles infrarouges multifonctions JIM1 Compact : plus de 1 000 exemplaires destinés à l’infanterie de la Bundeswehr.
La JIM Compact, une optronique éprouvée au combat
En réalité, cette commande s’inscrit dans la continuité et découle de l’accord-cadre conclu en décembre 2024, que la commission du budget du Bundestag avait préalablement validé. Engagée dans le Zeitenwende depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, l’Allemagne investit massivement dans sa défense et confirme, avec ce contrat, sa volonté de moderniser ses unités au sol, au moment où toute l’Europe accélère son effort de réarmement.
Sur le terrain, la JIM Compact a déjà convaincu. Pesant moins de 2 kg batteries comprises, le système associe une une voie infrarouge refroidie (pour voir dans l’obscurité totale), une voie jour haute définition et un télémètre laser efficace jusqu’à 12 km. Concrètement, le fantassin détecte, identifie et localise ses cibles de jour comme de nuit, quelles que soient les conditions. Dix-huit pays de l’OTAN l’emploient désormais, et près de 6 000 unités ont été livrées depuis 2022. Pour absorber cette demande, Safran a même triplé sa cadence de production entre 2022 et 2026.
« Avec cette commande majeure, nous renforçons encore notre partenariat avec l’armée allemande, non seulement par la fourniture des JIM Compact, mais surtout par un soutien local accru à la maintenance », souligne Marzell Schiller, directeur général de Safran Electronics & Defense Germany. Selon lui, l’équipement constitue « une brique essentielle du soldat augmenté ».
Safran investit 50 millions à Ludwigsburg
Or ce soutien local prend justement une dimension nouvelle. Le groupe français investira près de 50 millions d’euros dans un nouveau centre d’excellence à Ludwigsburg, dans le Bade-Wurtemberg. Ce site, vers lequel Safran transférera les activités de son usine de Murr, doit ouvrir début 2028 et créer 200 emplois, des ingénieurs aux techniciens de production. Dédié jusqu’ici à la navigation (gyroscopes à fibre optique et équipements PNT2), l’outil industriel élargira ses capacités à l’optronique portable et à la maintenance des équipements du combattant.
Au-delà du seul contrat, cette double annonce dessine donc une trajectoire claire. Présent outre-Rhin depuis plus de quarante ans, Safran cherche à s’imposer comme un partenaire industriel durable de la Bundeswehr et à étoffer son offre « Made in Germany ». La démarche s’inscrit dans un mouvement plus large : le groupe vient d’engager 120 millions d’euros à Montluçon pour ses capteurs de navigation, signe d’une montée en puissance générale de ses lignes défense.
La stratégie de Safran se lit alors en filigrane. En jouant la proximité industrielle autant que la performance de ses équipements, le groupe ne vend plus seulement des jumelles : il s’installe durablement dans le paysage de la défense allemande. Alors que l’Europe accélère son réarmement, ce pari sur la souveraineté technologique allemande pourrait ancrer Safran dans la durée, au-delà de cette seule commande.
Photo © Safran