MBDA UK va embarquer le missile SPEAR sur le drone MQ-9B et le futur Gambit 6
Un protocole d’accord signé à l’occasion du salon Farnborough entre MBDA et General Atomics vient rappeler à quel point les logiques industrielle et opérationnelle s’entremêlent désormais dans le secteur de l’armement, des deux côtés de l’Atlantique. En choisissant d’intégrer la munition SPEAR1 sur le drone MQ-9B et sur le futur avion de combat collaboratif (CCA) Gambit 6, les deux industriels ne visent pas qu’un simple effet d’annonce commercial. Ils positionnent leurs produits au cœur de deux débats qui agitent les états-majors depuis plusieurs années : la montée en puissance des drones de combat collaboratifs et la profondeur des stocks de munitions guidées.
Brimstone, Protector… et maintenant SPEAR
C’est David R. Alexander, patron de GA-ASI, qui a signé l’accord aux côtés de Chris Allam, à la tête de MBDA UK, le 21 juillet. « Nous avons noué d’excellentes relations d’affaires avec MBDA », confie le dirigeant américain, qui rattache ce partenariat à l’intégration du missile Brimstone sur le Protector RG Mk1, la version britannique du MQ-9B SkyGuardian, dont les essais de qualification armement viennent d’ailleurs de s’achever avec succès. Pour MBDA, l’enjeu commercial est clair : sortir SPEAR de son unique porteur d’origine, le F-35B britannique, et lui trouver de nouveaux débouchés. Pour GA-ASI, c’est un argument supplémentaire face à une concurrence internationale de plus en plus dense sur le segment des plateformes non pilotées.
L’accord prend tout son sens à la lumière de la trajectoire du Gambit 6. Dévoilé en fin 2025, ce drone de combat collaboratif vise des missions de guerre électronique (GE), de suppression des défenses aériennes ennemies (SEAD) et de frappe de précision en profondeur. Grâce à une soute interne pensée pour limiter sa signature radar, l’appareil pourrait emporter plusieurs SPEAR sans les exposer à l’extérieur. GA-ASI prévoit de le proposer à l’export dès 2027, avec une version européenne militarisée à partir de 2029.
Ce calendrier s’inscrit dans une course plus large. Aux États-Unis, l’US Air Force a confié à General Atomics, il y a quelques semaines, un contrat de développement et de production pour le FQ-42A, dérivé du même programme Gambit, avec un objectif affiché de plus de 150 appareils d’ici la fin de la décennie. L’armée américaine mise ainsi sur une flotte de drones de combat capables d’opérer aux côtés des chasseurs pilotés, en multipliant les capteurs et les vecteurs de tir plutôt qu’en concentrant tout sur un seul avion. L’intégration de SPEAR sur Gambit 6 n’équivaut pas à une adoption par le Pentagone, mais elle place GA-ASI en meilleure position si un tel besoin venait à émerger.
Séduire les états-majors, l’étape suivante
Au-delà de la portée technique de SPEAR, capable de frapper à plus de 100 kilomètres tout en conservant son autodirecteur multimode et sa liaison de données bidirectionnelle, c’est surtout sa logique de conception qui retient l’attention. Pesant moins de 100 kilos, la munition a été pensée pour être emportée en nombre : jusqu’à quatre exemplaires dans une seule soute de F-35B, et un lanceur externe triple proposé par MBDA. Cette philosophie répond directement à une préoccupation illustrée tour à tour par l’Ukraine, l’opération Sindoor entre l’Inde et le Pakistan, ou encore l’opération Epic Fury contre l’Iran : la vitesse à laquelle les stocks de munitions guidées s’épuisent face à un adversaire qui tient la cadence.
Associer une munition pensée pour le volume à des plateformes non pilotées comme le MQ-9B ou le Gambit 6 permet, en théorie, de démultiplier le nombre de vecteurs de tir sans multiplier le nombre de pilotes ni le risque humain. Un opérateur pourrait ainsi engager plusieurs cibles dispersées ou mobiles, comme des batteries de défense sol-air ou des lanceurs de missiles, en restant hors de portée des systèmes adverses à courte portée.
Rien n’indique pour l’instant qu’un opérateur MQ-9B ait déjà manifesté un intérêt concret, ni que le Pentagone envisage SPEAR pour son propre programme FQ-42A. Le protocole d’accord ne fixe ni volume, ni calendrier de production, ni site d’assemblage. Il pose en revanche les bases d’un travail d’intégration conséquent, sur le modèle de celui mené pendant six ans pour Brimstone sur Protector. L’enjeu, pour les deux industriels, consiste désormais à transformer cette convergence d’intérêts en programme concret, à l’heure où la capacité à produire et à tirer en masse pèse autant que la portée des armes elles-mêmes.
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