De la Bretagne à Singapour : le pari gagnant de RTsys
En l’espace de deux mois, RTsys enchaîne les bonnes nouvelles. La PME bretonne, spécialisée dans la robotique sous-marine, a inauguré en juin une nouvelle usine à Lanester. Deux mois plus tard, en août, la marine singapourienne a engagé ses drones Comet-MCM1 pour la lutte anti-mines. Ce calendrier n’a rien d’anodin : il illustre comment un outil industriel repensé permet, presque aussitôt, de conquérir des marchés export toujours plus exigeants.
La fin de l’artisanat, le début de la série
Jusqu’à récemment, RTsys fabriquait ses équipements presque à la pièce, dans des ateliers conçus pour le sur-mesure. « Nous sentions que nous allions vite pousser les murs », confiait François-Xavier de Cointet à Mer et Marine. Le dirigeant a repris le groupe en 2021 avec Jean-Luc Biache. D’où ce nouveau site de 5 200 mètres carrés, trois fois plus vaste que les précédents locaux, qui réunit désormais quatre lignes de production, un atelier dédié à l’assemblage des drones et deux bassins pour les essais acoustiques.
Cette réorganisation change la nature même de l’entreprise. Elle ne livre plus seulement des prototypes, elle produit en série, avec un bureau méthode qui garantit que chaque équipement conçu par les ingénieurs reste industrialisable et reproductible à l’identique. Pour une entreprise dont le chiffre d’affaires a doublé depuis 2021, pour atteindre 25 millions d’euros, cette montée en cadence n’a rien d’accessoire : elle conditionne la capacité à honorer des commandes de plus en plus nombreuses, notamment dans la défense.
Cap sur Singapour
Cette capacité de production trouve justement une illustration concrète à des milliers de kilomètres de la Bretagne. La marine singapourienne (Republic of Singapore Navy) déploie désormais plusieurs Comet-MCM, des drones sous-marins autonomes qui détectent et identifient les mines sur les fonds marins. Le contrat associe la Defence Science and Technology Agency (DSTA), l’agence chargée des programmes d’armement de la cité-État.
Ce n’est pourtant pas qu’une question de technologie. Le détroit de Singapour concentre près de 150 000 passages de navires chaque année, un trafic trois fois supérieur à celui du détroit d’Ormuz. La moindre menace sous-marine peut donc perturber le commerce mondial dans toute la région Asie-Pacifique, ce qui explique l’attention que porte la marine singapourienne à la précision de détection.
En clair, l’usine de Lanester n’est pas une simple modernisation : elle constitue la condition nécessaire pour transformer un savoir-faire technologique en contrats internationaux durables. « Ce déploiement est une nouvelle reconnaissance de notre expertise en robotique sous-marine et en acoustique », indique Pierre-Alexandre Caux, directeur commercial de RTsys Underwater Technologies, dans le communiqué de l’entreprise. Reste à transformer l’essai : d’ici 2028, le groupe vise un nouveau doublement de son activité, grâce à la diversification vers les énergies marines et les télécommunications sous-marines, à l’image de son partenariat récent avec Alcatel Submarine Networks. Un signal fort pour toute la filière.
- Mine Countermeasures ↩︎
Photo © RTsys