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MBDA va armer la marine espagnole du SIMBAD RC, rustique et redoutable

Pierre SAUVETON
9 septembre 2026 3 Mins de lecture

Un navire de guerre, aussi bardé de radars et de missiles soit-il, garde toujours une faille : ces quelques secondes où la menace a déjà franchi les défenses longue portée et fonce droit sur la coque. C’est cette faille-là que la Marine espagnole s’apprête enfin à refermer.

MBDA a annoncé ce 8 septembre la signature d’un accord-cadre portant sur trois systèmes SIMBAD RC, un dispositif de défense antiaérienne de très courte portée construit autour du missile Mistral. Le contrat d’environ 27 millions d’euros s’étale sur six ans. Peu de chose, financièrement, à côté des grands programmes navals. Beaucoup, symboliquement : c’est la première fois que MBDA signe en direct avec l’Armada española.

Un système sans fioritures

Pour comprendre l’enjeu, il faut remonter au jour où la marine ibérique a mis à la retraite ses vieux canons Meroka (FABA Sistemas), ces tourelles Oerlikon capables de cracher plus de mille coups à la minute. Depuis, plus rien ne protège ses bâtiments à courte distance. Rien pour stopper le coup final. Et le monde a changé entre-temps : les drones et les munitions rôdeuses ont envahi les théâtres d’opérations. Des engins qui coûtent trois fois rien, qui arrivent parfois par dizaines, et contre lesquels tirer un missile longue portée relève du non-sens économique autant que tactique. Il fallait une arme rapide, bon marché, taillée sur mesure. Le Simbad RC répond à cette équation.

L’engin n’a rien d’un bijou de haute technologie, et c’est précisément sa force. Deux missiles Mistral 3 prêts à partir, un opérateur unique aux commandes depuis l’intérieur du navire, une caméra thermique en guise d’œil. Une portée de 8 kilomètres, une capacité à veiller par tous les temps, et un carnet de cibles qui va du missile antinavire au drone, en passant par l’hélicoptère et l’embarcation rapide, un scénario que MBDA a déjà testé en conditions réelles dès 2019. Le système peut tenir seul la garde d’un bâtiment ou venir renforcer une architecture de défense déjà en place. Rustique, redoutable, presque increvable, et déjà en pleine évolution : MBDA a dévoilé il y a deux ans une version musclée à quatre missiles Mistral 3, développée avec son fournisseur de tourelles, le groupe français Cegelec Défense. De quoi confirmer que cette petite arme, née pour dépanner, s’impose peu à peu comme un standard chez les marines occidentales.

Un pied durable sur le marché espagnol pour MBDA

Rien de précipité, pourtant, dans cette commande. L’histoire commence en 2019, quand la DGAM1 espagnole, l’organisme chargé des programmes d’armement, confie à MBDA une étude de faisabilité pour équiper les unités les plus précieuses de la flotte : le navire amiral Juan Carlos I, les navires ravitailleurs Cantabria et Patiño. MBDA planche alors avec Navantia sur une version hispanisée du lanceur. Puis le dossier s’endort, faute d’arbitrage budgétaire, comme tant d’autres avant lui. Il faudra attendre mars 2026 pour l’aval du Conseil des ministres, juillet pour l’adjudication du marché, et ce mois de septembre pour que le projet prenne enfin corps.

Une inconnue demeure, et elle a tout d’un petit mystère de politique navale : quels bâtiments recevront ces trois systèmes ? Madrid évoque les frégates F-80 de classe Santa María, six vétérans entrés en service entre 1986 et 1994, qui portent encore un Mk 13 d’un autre âge et devront patienter jusqu’à l’arrivée des F-110, pas avant 2028. Paris, de son côté, penche pour une autre répartition : deux lanceurs sur le Juan Carlos I, colosse de la flotte mais bien peu armé pour sa taille, et un lanceur sur deux frégates F-80. Une certitude tout de même : les unités les plus exposées passeront en premier.

Pour MBDA, l’enjeu dépasse largement les 27 millions d’euros du contrat. Le groupe prend surtout pied sur le marché espagnol, où il travaille déjà avec Navantia à l’intégration du système, pendant que les Mistral 3 continuent de sortir des chaînes françaises, entre Selles-Saint-Denis et le site Cegelec de Clermont-Ferrand. Une dizaine de marines ont déjà opté pour le Simbad RC, de la France à l’Arabie saoudite en passant par les Philippines, et le missilier a doublé sa production en deux ans, avec désormais près de 22 000 salariés. Difficile d’imaginer que l’Armada s’arrête à trois exemplaires : ses frégates F-80 devront encore tenir une bonne dizaine d’années avant l’arrivée des F-110.

  1. Dirección General de Armamento y Material ↩︎

Photo © MBDA

Tags:

Armada EspañolaCegelec DéfensedéfenseEspagneEuropeJuan Carlos IMarine espagnoleMBDAMistralMistral 3navalNavantiaSimbad RC

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