Longtemps jugée trop lente, trop rigide, trop silencieuse, la Direction générale de l’Armement (DGA) veut prouver qu’elle a changé de cap. Pour la première fois depuis 2015, l’agence a publié un bilan annuel, vitrine de sa volonté de transparence et, surtout, d’efficacité dans un contexte de réarmement accéléré. Car la pression est forte : montée en cadence, livraisons rapides, soutien à l’export… autant d’impératifs auxquels la DGA veut désormais répondre avec plus d’agilité
Sous l’impulsion d’Emmanuel Chiva, nommé en 2022, le chantier « Impulsion DGA » a déjà produit des résultats tangibles : allègement des procédures, suppression de normes jugées absurdes (comme celle imposant des radars de recul sur les blindés), simplification de la qualification des drones, désormais rendue possible sans double certification civile et militaire.
Une DGA plus rapide, des armées mieux servies
Le recentrage de la DGA sur sa fonction d’interface stratégique se traduit par la montée en puissance de la Force d’acquisitions réactive (FAR), conçue pour répondre aux besoins urgents des armées à partir de solutions déjà disponibles sur étagère. Exemple emblématique : l’adaptation du viseur longue portée Paseo de Safran aux frégates multi-missions (FREMM), réalisée en quatre mois, contractualisée en une semaine, et opérationnelle dès le début de l’année.
Côté industrie, l’effort est bien réel. Entre 2022 et 2024, Safran a quadruplé la production de bombes AASM, MBDA celle des missiles Mistral, Thales a divisé par trois ses délais de fabrication de radars, et KNDS a réduit de 30 à 15 mois le cycle de livraison des canons CAESAr. Ce redressement industriel est soutenu par une hausse des engagements publics : en 2024, la DGA a versé 21,7 milliards d’euros aux industriels et lancé 16,6 milliards d’euros de nouvelles commandes, dans le cadre d’une Loi de programmation militaire portée à 413 milliards d’euros pour 2024–2030 (+40 % par rapport à la précédente).
Un appel à la responsabilité partagée
Mais la transformation n’est pas unilatérale. Dès 2023, devant les sénateurs, Emmanuel Chiva posait les termes d’un nouveau contrat moral : « Certes, nous devons simplifier les normes et les réglementations, mais les industriels doivent, quant à eux, faire preuve de maturité et de transparence sur les processus, les qualifications, les essais et les équations économiques. Nous pourrions alors alléger nos exigences. »
Un message qu’il réitère cette année avec une lucidité mordante : « Je le sais : les industriels se plaignent. Mais les normes et restrictions ont bon dos : lorsque nous discutons avec des sous-traitants, ces derniers expliquent que ce sont parfois leurs donneurs d’ordres, les grands industriels, qui les leur imposent car ils veulent se couvrir vis-à-vis de l’État. »
À l’international, la dynamique reste forte avec 18 milliards d’euros de prises de commandes à l’export, grâce aux ventes de Rafale et de sous-marins en Asie et en Europe. Un signal fort de résilience et d’attractivité dans un contexte de compétition stratégique mondiale.
La confiance reste à reconstruire, mais les bases d’un nouveau contrat entre l’État et son industrie de défense sont en train d’émerger. À condition que chacun joue pleinement son rôle.