La start-up française Comand AI lève 32 millions d’euros et noue une alliance avec Saab
La défense européenne n’en finit plus d’attirer les capitaux. En marge du salon Eurosatory, la start-up française Comand AI a annoncé une levée de fonds de 32 millions d’euros en série A. Le fonds londonien Blossom Capital mène l’opération, tandis que le groupe suédois Saab entre au capital comme investisseur stratégique. Le fonds européen Expeditions, déjà présent, remet pour sa part au pot.
Fondée en 2023 par Loïc Mougeolle et Antoine Chassang, Comand AI développe Prevail, une plateforme de commandement et de contrôle (C2) pensée dès l’origine autour de l’intelligence artificielle. Concrètement, le logiciel analyse le terrain et les données de mission, agrège les flux de renseignement, puis suggère aux officiers des modes d’action et des plans d’opération. Une fois la manœuvre achevée, il en tire aussi les enseignements pour préparer la suivante. L’ambition affichée par son dirigeant ? Diviser par quatre le temps de planification et le nombre d’hommes nécessaires pour conduire une opération.
Surtout, le produit ne reste pas sur le papier. Depuis un an, Comand AI déploie Prevail auprès d’unités opérationnelles en France, en Allemagne et en Ukraine, ainsi que chez d’autres alliés. Cette opération intervient d’ailleurs 18 mois après un premier tour de 8,5 millions d’euros, bouclé fin 2024 auprès d’Eurazeo, Frst ou encore Kima Ventures. Avec ce nouveau financement, l’entreprise compte désormais tripler ses effectifs, passer d’une trentaine à 90 personnes, ouvrir un bureau en Allemagne et étendre son outil au domaine aérien, déjà engagé, puis au domaine maritime, attendu avant la fin de l’année.
Avec Saab, un mariage industriel franco-suédois
L’arrivée de Saab, enfin, change d’échelle. Le groupe investit 11,1 millions d’euros pour 10 % du capital, sous réserve du feu vert des autorités. Les deux partenaires veulent intégrer Prevail dans les systèmes C2 du Suédois, doter l’avion de guet GlobalEye de nouvelles briques logicielles et bâtir un écosystème C2 de nouvelle génération.
Derrière ce tour de table se joue une question plus vaste : l’Europe peut-elle opposer des alternatives crédibles aux mastodontes américains du secteur, Palantir et Anduril en tête ? En misant sur une pépite hexagonale et en mariant savoir-faire industriel suédois et innovation logicielle française, Saab et Comand AI avancent un argument de souveraineté. Pour Loïc Mougeolle, le piège serait de vouloir rattraper les Américains à l’identique. « Il ne faut pas engager une course de rattrapage, mais nourrir l’ambition d’une suprématie dans le domaine du logiciel de défense, et y consacrer tous les moyens », plaidait l’ancien de Naval Group lors d’un entretien accordé à OpexNews. Reste à confirmer la promesse sur le terrain.
Photo © Saab