L’A400M Atlas, bientôt capable de lancer des missiles et des drones
L’A400M Atlas est l’une des plus belles réussites de l’industrie aéronautique européenne. Depuis son entrée en service, l’appareil a convaincu par ses performances : capacité d’emport hors norme, aptitude à opérer depuis des pistes courtes et non préparées, polyvalence tactique. Les armées qui le pilotent ne s’en plaignent pas. Pourtant, Airbus est convaincu que son Atlas n’a pas encore montré tout ce dont il est capable. Mais le 18 avril 2026, Airbus a ouvert une nouvelle page : l’Atlas pourrait bientôt larguer des missiles de croisière et des essaims de drones depuis sa soute.
Une rampe, des missiles, et l’A400M repart
Sur le papier, ça ressemble à une opération de fret classique. Des palettes militaires standards, chargées dans l’appareil comme d’habitude. Sauf que ces palettes-là embarquent des missiles de croisière ou des drones, avec leurs modules de largage intégrés. En vol, un parachute extrait l’ensemble par la rampe arrière. Les engins se stabilisent, s’éjectent un à un, allument leur moteur et disparaissent vers leurs cibles. L’A400M, lui, est déjà loin.
Le Taurus KEPD 350 sert de référence de dimensionnement ; un missile développé par MBDA Deutschland et Saab (via sa filiale Saab Bofors Dynamics), avec plus de 500 kilomètres de portée et taillé pour aller chercher des bunkers, des pistes ou des dépôts enterrés à plus de 500 kilomètres. L’A400M en emporterait douze, ou une cinquantaine de drones selon la mission. Rien à boulonner sous les ailes, rien à modifier en profondeur. Le kit rentre, le kit sort, et l’A400M redevient un avion de transport le temps d’une escale.
Airbus refuse obstinément de nommer le client qui finance ce développement. Mais les indices s’accumulent. La Direction générale de l’armement (DGA) a déjà conduit des essais de largage de drones inertes depuis un A400M. Le général Jérôme Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, a glissé, devant l’Assemblée nationale le 14 avril dernier, que la soute de l’appareil était appelée à devenir un « véritable système de combat ». La référence au Taurus, missile phare de la Luftwaffe, entretient aussi la piste allemande. Peut-être les deux à la fois.
Un multiplicateur de forces à moindre coût
Il faut replacer tout ça dans son contexte. Depuis février 2022, l’Ukraine sert de laboratoire grandeur nature pour une idée que les stratèges défendaient depuis longtemps : frapper loin, frapper précis, sans mettre personne en danger. Drones Shahed iraniens (et sa version russe Geran), missiles de croisière Storm Shadow britanniques, missiles balistiques Iskander russes, obus de 155mm des canons CAESAr ; les avions ont quasiment disparu du tableau. Chaque camp envoie ses munitions à distance, cherche à épuiser les défenses adverses par saturation avant même d’envisager autre chose. L’Europe a regardé, pris des notes, et tiré ses conclusions.
Les Américains avaient déjà tracé une partie du chemin avec leur programme Rapid Dragon : des missiles JASSM-ER largués depuis des C-17 et des MC-130J, avec un premier tir réel concluant fin 2021. L’Europe a regardé faire. Maintenant elle s’y met, avec ses propres moyens.
Et c’est là que le calcul devient vraiment intéressant. L’A400M vole déjà dans dix pays : France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Belgique, Turquie, Luxembourg, Malaisie, Indonésie ou encore Kazakhstan. Chacun d’eux pourrait potentiellement convertir des appareils existants sans débourser le prix d’une nouvelle flotte. Quatre A400M qui décollent ensemble, c’est 48 missiles dans la nature en quelques minutes. Sans un seul chasseur dans la boucle, sans un seul pilote exposé.
Et ce n’est qu’un début. Le même principe modulaire ouvre la porte à d’autres configurations : guerre électronique embarquée, relais de communication satellitaire, ravitaillement en vol renforcé, voire bombardier d’eau pour les feux de forêt. L’A400M était déjà un appareil remarquable. Il pourrait bientôt devenir redoutable et relancer au passage des négociations à l’export qui alimenteraient les chaînes de montage de Séville.
Photo © Airbus Defence