OpexNews
  • ACCUEIL
  • À PROPOS
  • NOUS CONTACTER
OpexNews

Tapez et appuyez sur Entrée pour effectuer la recherche

OpexNews
  • ACCUEIL
  • À PROPOS
  • NOUS CONTACTER
OpexNews

Tapez et appuyez sur Entrée pour effectuer la recherche

Actualités

Valeo et Harmattan AI, l’alliance qui veut court-circuiter Pékin

Pierre SAUVETON
23 juillet 2026 4 Mins de lecture

À Limoges, à Athis-de-l’Orne ou à Mazamet, la nouvelle a de quoi faire réagir plus vite que d’habitude. Valeo vient de décrocher son tout premier contrat dans les drones, en s’associant à Harmattan AI pour produire en France un moteur électrique sans terres rares lourdes. Derrière cette annonce industrielle se cachent en réalité trois histoires en une : un pari technologique pour contourner la dépendance chinoise, une bataille géopolitique qui dépasse largement les deux entreprises, et une question bien plus concrète pour les salariés de l’équipementier, celle du site qui accueillera cette production.

Concevoir sans dépendre de Pékin

Un moteur électrique performant repose généralement sur des aimants permanents, qui gagnent en puissance grâce à de petites quantités de terres rares lourdes. Or la Chine raffine la quasi-totalité de ces métaux, et elle a durci ses règles d’exportation depuis l’automne 2025. Pour une entreprise de défense comme Harmattan AI, un tel composant représente un risque difficile à assumer. Le moteur que Valeo a mis au point répond justement à cette contrainte, en retirant ce maillon fragile de la chaîne d’approvisionnement. Mouad M’Ghari, co-fondateur d’Harmattan AI, évoquait déjà ce problème dans les colonnes du Grand Continent, en expliquant que « les moteurs électriques brushless, notamment les aimants présents dans ces derniers » figuraient parmi les composants les plus exposés de sa production, aux côtés des batteries.

Ce choix ne doit rien au hasard. La Chine extrait environ 60 % du minerai mondial de terres rares, mais elle en raffine près de 90 %, une part qui grimpe à 100 % sur les terres rares lourdes. Pékin a plusieurs fois démontré sa capacité à transformer cet avantage en levier diplomatique, notamment lors des restrictions à l’exportation annoncées en octobre 2025. Face à ce risque, le G7 a fixé en juin, à Évian, un objectif commun : ne plus dépendre d’un seul fournisseur à plus de 60 % d’ici à 2030.

Ce moteur n’efface pas, à lui seul, cette dépendance, mais il illustre une voie que les États tardent encore à emprunter collectivement : agir par la conception plutôt que d’attendre une inflexion politique côté chinois. En parallèle, la France tente de reconstruire une filière de raffinage sur son sol, avec des projets chez Solvay à La Rochelle ou chez Carester à Lacq (Pyrénées-Atlantiques), mais ces initiatives resteront insuffisantes tant qu’elles n’atteindront pas une échelle industrielle comparable à celle de la Chine.

Une usine encore dans le brouillard

Reste la question qui intéresse le plus les salariés de Valeo : quelle usine fabriquera ce moteur ? Le groupe précise seulement qu’il installera cette production sur un site français, sans donner davantage de détails pour l’instant. Plusieurs usines de l’équipementier traversent pourtant une période compliquée, entre baisse d’activité et inquiétudes syndicales, à Limoges, à Athis-de-l’Orne ou à Mazamet. Un nouveau contrat de défense pourrait redonner un peu d’air à l’un de ces sites, sans qu’aucune garantie n’existe pour l’instant.

Renault illustre, à cet égard, ce que pourrait devenir ce type d’annonce une fois les détails connus. Le constructeur a signé deux accords de défense coup sur coup, en janvier 2026 avec Turgis Gaillard pour le drone Chorus, puis en juin avec Thales pour la munition Toutatis, avec l’ambition d’atteindre 1 000 unités par mois dès 2027. Des représentants syndicaux évoquent déjà les usines du Mans et de Cléon comme sites pressentis, l’une pour la structure du drone, l’autre pour les moteurs. Valeo n’en est pas encore là, mais l’exemple montre qu’un contrat de défense peut, à terme, se traduire en choix industriels concrets, sans pour autant garantir de nouvelles embauches.

opexjobs

Le pari à double détente de Valeo et Harmattan AI

De son côté, Harmattan AI illustre la vitesse à laquelle une start-up de défense peut grandir. Fondée en 2024, elle assemblait encore ses premiers drones dans un sous-sol parisien il y a quelques mois. Elle dispose aujourd’hui d’une usine près d’Orly, capable de produire jusqu’à 10 000 unités par mois. Son micro-drone, que Harmattan AI commercialise sous le nom de Sonora et que la Direction générale de l’armement (DGA) désigne officiellement comme « drone du combattant Delco », pèse 1,8 kilo, affiche une portée supérieure à deux kilomètres et une autonomie de vol de 40 minutes. L’Armée de terre a réceptionné un premier lot de 1 000 exemplaires en janvier 2026 pour l’exercice Orion 26, avant que la DGA n’en commande 5 000 de plus, le fin mai, livrables au plus tard début 2027.

En janvier 2026, Dassault Aviation a mené la levée de fonds (série B) de 200 millions de dollars d’Harmattan AI, une opération qui valorise désormais la jeune pousse à 1,4 milliard de dollars, soit environ 1,2 milliard d’euros, et qui en fait la première licorne française de l’industrie de défense. Au-delà de l’investissement, les deux groupes nouent un partenariat industriel pour intégrer les capacités d’intelligence artificielle (IA) d’Harmattan AI dans les futurs systèmes de combat aérien de Dassault Aviation, à commencer par le Rafale F5 et le drone de combat nEUROn.

Harmattan AI s’appuie aussi sur des partenariats plus ciblés, comme celui noué avec Lynred pour la fourniture des caméras infrarouges. Mais tenir de tels délais, pour un acteur aussi récent de la base industrielle et technologique de défense (BITD), suppose d’avoir anticipé les investissements de production bien en amont, et d’avoir conçu le produit en intégrant dès le départ les contraintes du passage à l’échelle. Ce rythme de croissance explique en partie pourquoi la question des terres rares devient si pressante pour l’entreprise : produire vite et en grande quantité suppose de sécuriser chaque maillon de la chaîne, y compris les moteurs.

Ce partenariat tient donc à la fois du symbole et du test grandeur nature. Symbole d’une industrie française qui cherche à s’affranchir d’une dépendance chinoise identifiée depuis des années. Test, aussi, de la capacité de Valeo à transformer un contrat de défense en investissement concret pour l’un de ses sites en difficulté. Reste à savoir laquelle de ces deux dimensions, la souveraineté technologique ou la relance industrielle locale, prendra le dessus dans les mois qui viennent.

Photo © Harmattan AI

Tags:

BITDChineDelcoDirection générale de l'ArmementdroneEuropeHarmattan AIproductionSonorasouverainetéterres raresValeo

Partager l'article

Les articles récents

harmattan ai
Valeo et Harmattan AI, l’alliance qui veut court-circuiter Pékin
Pierre SAUVETON
rubicon drone russia
Rubicon : le laboratoire secret qui a permis à la Russie de rattraper son retard dans la guerre des drones
Pierre SAUVETON
destinus vorexon
Vorexon, l’arme que Destinus a conçue pour gagner la bataille… des coûts
Pierre SAUVETON
thales gm 200
GM200 : la Belgique rejoint la liste des clients européens de Thales
Pierre SAUVETON
greenerwave
Caméléon, Centaure : la DGA muscle les communications spatiales des armées françaises
Pierre SAUVETON

Nous contacter

À propos

Catégories
Actualités 308
Critique 16
Focus 100
Interview 28
Reportages 1
OpexNews

Comprendre et faire vivre les enjeux de défense, de la BITD et du renseignement.

OPEXNEWS © 2026. Tous droits réservés