Helsing s’appuie sur Eurenco pour armer le HX-2 et séduire l’armée de Terre
À Eurosatory, Helsing et Eurenco ont signé un protocole d’accord pour développer des têtes militaires européennes destinées au drone d’attaque HX-2. Derrière l’accord, il y a d’abord un problème d’approvisionnement. Depuis le début du conflit en Ukraine, les chaînes d’approvisionnement en explosifs et en matières propulsives sont saturées. Les délais de livraison atteignent couramment 12 à 24 mois.
Dans ce contexte, Eurenco a développé, en six mois seulement, deux types de têtes explosives modulaires spécifiquement conçues pour les drones : une à charge creuse, efficace contre les véhicules blindés, et une à génératrice d’éclats, dont l’effet se rapproche de celui d’un petit missile. Eurenco prévoit de produire ces têtes sur son site de Sorgues, dans le Vaucluse, où le groupe dispose déjà d’ateliers opérationnels. Thierry Francou, le PDG d’Eurenco, évoque une capacité de 10 000 à 15 000 têtes par mois. L’autre chiffre qui retient l’attention est celui du coût : ces têtes reviendraient environ dix fois moins cher que des munitions classiques adaptées pour un usage drone, solution qui reste aujourd’hui la norme faute de mieux.
Le HX-2, un drone déjà rodé au combat
Eurenco n’est pas un nouvel entrant. Le groupe compte 1 750 salariés, contre 900 en 2020, et son chiffre d’affaires devrait atteindre le milliard d’euros en 2028, contre 200 millions en 2019. Il remplit notamment des obus pour Rheinmetall sur ce même site de Sorgues. La montée en puissance est réelle, et la capacité à produire en volume est précisément ce que cherchent aujourd’hui les donneurs d’ordre militaires.
Helsing, de son côté, n’en est pas à ses débuts. Le HX-2 a déjà volé en Ukraine, avec plus de 500 appareils engagés sur un contrat de 2 000 unités, pendant que les usines allemandes de l’entreprise produisent 250 drones par semaine pour la Bundeswehr. La qualification allemande devrait être bouclée avant la fin de l’année. Pour y parvenir, les services techniques de la Bundeswehr ont soumis quelque 300 appareils à des tests intensifs sur la pyrotechnie, la navigation et la tenue en environnement dégradé. Le HX-2 est un système qui a déjà mangé de la route.
Pour Helsing, s’associer à Eurenco répond à une logique de cohérence. La société dispose d’une équipe française d’une centaine de personnes qui a contribué au développement d’une grande partie des algorithmes embarqués sur le HX-2. Elle a noué plusieurs partenariats en France ces derniers mois, avec Delair pour la surveillance aérienne, KNDS pour les conteneurs de lancement, ou encore Loft Orbital pour la détection radiofréquence depuis l’espace. Intégrer un fournisseur français pour la charge militaire s’inscrit dans cette même démarche.
Dans les starting-blocks pour le MTO-MP
Elle s’inscrit aussi dans une perspective commerciale précise. L’armée de Terre prépare un appel d’offres pour une munition téléopérée moyenne portée (MTO-MP), et devrait rendre sa décision dans les prochains mois. Une démonstration a déjà eu lieu en 2025 au camp de Canjuers, impliquant le 35e régiment d’artillerie parachutiste (35e RAP). Un drone Delair DT-61 a collecté les images, qu’Helsing a injectées dans sa suite de commandement Altra avant de les transmettre au HX-2 pour détecter et engager une cible en quelques minutes. À chaque étape de la boucle, un acteur français.
Disposer d’une tête explosive fabriquée en France dans une offre adressée à l’armée de Terre constitue un argument que les acheteurs militaires prendront en compte. Ce n’est vraisemblablement pas un hasard si les deux entreprises ont choisi Eurosatory pour annoncer cet accord, à quelques mois de la décision.
Le protocole signé à Eurosatory reste une intention. La qualification de la tête Eurenco sur le HX-2 reste à conduire, et Helsing maintient par ailleurs son accord avec l’espagnol Instalaza pour d’autres configurations de charge. Reste à voir si l’armée de Terre validera l’ensemble dans le cadre du MTO-MP. La réponse est attendue avant la fin de l’année.
Photo © AFP