Thales et Hanwha s’allient autour du lanceur X-Fire pour la frappe longue portée à l’export
Perdant sur le marché domestique, le lanceur X-Fire n’a pas attendu pour rebondir : direction l’export, avec un allié de poids. En marge du salon Eurosatory à Paris, Thales et Hanwha Aerospace ont officialisé leur coopération en signant un protocole d’accord destiné à rendre compatibles les missiles de la famille Chunmoo avec le lanceur X-Fire (co-développé avec Soframe). L’objectif est clair : proposer aux forces armées une solution interopérable, disponible rapidement, capable de frapper dans la profondeur à différents niveaux de portée ; et de le faire bien avant que les alternatives concurrentes ne soient en mesure de livrer.
Hanwha, ou l’art d’arriver toujours avec des stocks
L’accord ne s’explique pas sans un retour rapide sur ce qui s’est joué quelques jours plus tôt. Le 15 juin, deux jours avant la signature, la ministre des Armées Catherine Vautrin annonçait en ouverture d’Eurosatory que la Direction générale de l’armement (DGA) entrait en négociations exclusives avec le consortium MBDA-Safran pour le programme FLP-t (Frappe longue portée terrestre). C’est leur missile Thundart, d’une portée de 150 kilomètres, qui succédera aux neuf lance-roquettes unitaires (LRU) encore en service au 1er régiment d’artillerie (1er RA), dont le retrait est prévu fin 2027. Le consortium ArianeGroup-Thales, qui proposait la roquette FLP-t 150 associée au lanceur X-Fire, n’a pas emporté la mise. Pour autant, le X-Fire ne disparaît pas de l’échiquier. Bien au contraire.

Là où le Thundart retenu par Paris plafonne à 150 kilomètres, trois munitions de la famille Chunmoo couvrent un spectre allant de 80 à 290 kilomètres. Le CGR-080 est une roquette guidée de 239 mm d’environ 80 kilomètres de portée, disponible immédiatement et déjà commandée en décembre dernier par la Pologne dans un contrat de 4 milliards de dollars incluant une production locale. Le CTM-MR couvre la classe des 160 kilomètres, au-delà de la portée standard de la plupart des lance-roquettes occidentaux atteignent en configuration standard. Enfin, le CTM-290 est un missile balistique tactique capable d’engager des cibles jusqu’à 290 kilomètres ; une portée qui relevait jusqu’ici des frappes aériennes ou des missiles de croisière, à un coût unitaire sans commune mesure.
Ensemble, ces trois munitions offrent une gamme complète de feux dans la profondeur depuis un seul et même lanceur. Le programme FLP-t français, lui, prévoit l’acquisition de 13 à 26 lanceurs et d’au moins 300 roquettes guidées pour l’armée de Terre ; des volumes qui laissent une large place à l’export pour quiconque dispose d’une solution déjà disponible.
Le Chunmoo, ou comment doubler le HIMARS sur sa gauche
Sur le marché des systèmes de roquettes longue portée, la référence reste le HIMARS américain de Lockheed Martin. Son utilisation par les forces ukrainiennes a démontré combien la frappe de précision à profondeur opérationnelle pouvait transformer une situation au sol (dépôts de munitions neutralisés, nœuds logistiques désorganisés, ponts coupés). Tous les états-majors européens ont tiré les mêmes conclusions.
Face au HIMARS, le K239 Chunmoo s’est imposé comme l’alternative la plus sérieuse. La Pologne, la Norvège et l’Estonie ont opté pour ce système ; quelque 300 lanceurs ont déjà été livrés, et plus de cinq autres nations ont manifesté leur intérêt. Les raisons tiennent à trois facteurs constants : des stocks disponibles immédiatement, des délais de livraison tenus, et une intégration industrielle locale ; une disposition que les fournisseurs américains peinent à égaler dans les délais qu’exigent aujourd’hui les pays de l’Est et du Nord de l’Europe.
Écarté en France, le X-Fire vise plus loin
Ce n’est pas un hasard si c’est Thales qui noue ce partenariat. Certains systèmes du conglomérat coréen sont nés d’une ancienne joint-venture (JV) entre Samsung et Thales : la relation industrielle entre les deux groupes précède largement Eurosatory. En associant le lanceur X-Fire aux munitions Chunmoo, les deux entreprises reconstituent une continuité technologique tout en ouvrant un nouveau front commercial à l’export.

Pour Hanwha, la stratégie est rodée : ne pas concurrencer frontalement les champions nationaux, mais s’insérer dans leurs écosystèmes. La Roumanie accueille déjà une capacité de production européenne des chars K9 et K10 ; la Pologne produit des roquettes CGR-080 sur son sol. Hanwha évoque même, pour la France, la possibilité de fournir de l’ammonium produit en Corée pour les filières locales de propulsion. Un scénario gagnant-gagnant, selon ses propres termes.
Les nations qui ont déjà acquis des lanceurs Chunmoo disposent de stocks de munitions. Si le X-Fire devient compatible avec ces munitions, elles pourront employer un lanceur européen pour tirer ce qu’elles ont déjà acheté. Pour Varsovie ou Oslo, qui cherchent à densifier leur dissuasion conventionnelle, cette flexibilité opérationnelle a un prix et ce prix est attractif. Quant aux premières livraisons du Thundart, MBDA-Safran les anticipe pour 2029, soit environ un an après le retrait prévu du LRU. C’est ce créneau que le tandem Thales-Hanwha, écarté en France, entend désormais occuper à l’international.
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