Drones intercepteurs : la DGA retient le letton Origin Robotics, les pépites françaises pas encore au niveau
C’est une surprise de taille pour l’écosystème français du drone de défense. Annoncée à Eurosatory, à Paris, cette décision révèle aussi que nos pépites nationales ne sont pas encore aussi prêtes qu’elles l’affirment. Les armées françaises vont acquérir le drone intercepteur autonome BLAZE, conçu par la société lettone Origin Robotics, au terme d’une évaluation conduite par la Direction générale de l’armement (DGA). La commande porte sur 150 systèmes, en priorité destinés à l’armée de Terre selon une source proche du dossier.
Pour décrocher ce contrat, BLAZE a dû s’imposer face à plusieurs candidats. Toujours selon ces sources, les essais conduits sur les sites de la DGA – notamment sur l’île du Levant – ont opposé le système letton à plusieurs candidats français (Alta Ares, Asterodyn et Harmattan AI), ainsi qu’à l’européen Destinus, qui n’ont pas convaincu les forces. L’agence a passé au crible les performances opérationnelles, en particulier la capacité à neutraliser des menaces aériennes rapides et à protéger les emprises.

Sur le terrain, c’est l’intégrateur français DSV (10 salariés), basé à Aix-en-Provence, qui livrera les premières unités. Pour l’heure, ces 150 exemplaires seront fabriqués en Lettonie par Origin Robotics. L’assemblage tricolore ne viendra que dans un second temps : les deux entreprises prévoient d’installer une chaîne de production en France, dans une logique de transfert de technologie, qui bénéficierait aux prochaines commandes. « Ce contrat traduit autant la maturité opérationnelle du système que la solidité de notre partenariat avec Origin Robotics », résume pour sa part Eric de Trétaigne, directeur général de DSV Solutions et ancien d’Alseamar, dans le communiqué. L’objectif affiché : bâtir une capacité industrielle souveraine, estampillée « Made in France ».
Un système déjà éprouvé en Europe
Du côté letton, on insiste sur la crédibilité acquise au combat. « Le choix de la France récompense la crédibilité opérationnelle bâtie au fil de nos déploiements européens », souligne Agris Ķipurs, cofondateur d’Origin Robotics. Avant Paris, BLAZE équipait déjà la Lettonie, la Belgique et l’Estonie : la France en devient le quatrième utilisateur européen. Doté d’une codification OTAN et d’une charge conforme aux normes STANAG, le système combine guidage radar, vision par ordinateur et autonomie supervisée. Atout supplémentaire, il est « ITAR free », donc libre de toute restriction d’exportation américaine. Portatif, il se met en œuvre en quelques minutes pour traiter drones et munitions rôdeuses. La formation des opérateurs débutera sans attendre, la totalité de la commande devant être livrée courant cet été.
Au-delà du cas français, ce choix interroge. En retenant un système letton aguerri plutôt qu’une solution tricolore, Paris admet que ses pépites n’étaient pas tout à fait prêtes. Le pari, désormais, consiste à rattraper ce retard en produisant BLAZE sur le sol français. Une chose est sûre : dans la lutte anti-drones (LAD), la coopération européenne autour de systèmes éprouvés s’impose comme la voie la plus rapide. Reste à transformer cette dépendance temporaire en véritable filière souveraine.
Photo © Origin Robotics