VORTEX, la réponse de Dassault Aviation à ceux qui l’accusent de jouer solo sur le SCAF
Accusé par certains partenaires européens, surtout côté allemand, de jouer solo dans le cadre du Système de combat aérien du futur (SCAF), Dassault Aviation multiplie les preuves du contraire. Dernier exemple en date : la sélection d’une entreprise espagnole pour développer le système de propulsion du démonstrateur de son avion spatial VORTEX. Un reproche que les faits nuancent, d’autant que le constructeur du Rafale avait déjà démontré sa capacité à piloter des coopérations complexes avec le nEUROn, drone de combat développé aux côtés de cinq autres industriels européens. Difficile, dans ces conditions, de maintenir l’accusation sans sourciller.
VORTEX recrute en Europe
Lancé officiellement au salon du Bourget en juin 2025, avec le soutien conjoint de la Direction générale de l’armement (DGA) et du Centre national des études spatiales (CNES), le projet VORTEX (Véhicule Orbital Réutilisable de Transport et d’EXploration) dispose d’une enveloppe initiale de 30 millions d’euros. Depuis, l’écosystème industriel du programme prend forme.
En novembre 2025, l’Allemand OHB, spécialiste des satellites, rejoignait l’aventure pour apporter son expertise en environnement exoatmosphérique. Le même mois, un accord était signé avec Space Cargo Unlimited pour intégrer sa plateforme de charges utiles autonomes BentoBox à bord du véhicule. Et désormais, c’est l’Espagne qui entre dans la boucle.
Le 21 avril 2026, Arkadia Space a annoncé sa sélection pour concevoir et fournir le système de propulsion complet du VORTEX-D, le démonstrateur à l’échelle un tiers prévu pour un premier vol en 2028. Concrètement, la société espagnole livrera des réservoirs, de l’électronique embarquée et ses propulseurs monergols ARIEL de 250 newtons, qui formeront le système de contrôle de réaction du véhicule. Ce sous-ensemble est critique lors des phases en haute altitude, là où la précision de manœuvre ne souffre aucune approximation.
Une feuille de route en quatre actes
Dassault a choisi de procéder par étapes successives. Éric Trappier, son PDG, l’avait expliqué en marge du Bourget : le VORTEX progressera par étapes, d’un démonstrateur suborbital jusqu’à un véhicule habité capable d’atterrir sur piste. Après VORTEX-D, viendra VORTEX-S, un « Smart Free Flyer » aux deux tiers de la taille finale, puis VORTEX-C dans une version cargo, et enfin VORTEX-M avec équipage.
L’objectif du démonstrateur est d’abord technique : lever les risques liés à la rentrée hypersonique, valider les systèmes de contrôle de vol et qualifier les nouvelles technologies de protection thermique. Une base à partir de laquelle pourra ensuite s’engager une réflexion opérationnelle et stratégique, aussi bien civile que militaire.
Car le VORTEX n’est pas un simple cargo orbital de plus. Devant la commission de la défense du Sénat, en juin 2025, Eric Trappier avait été clair : « Tôt ou tard, il faudra être mobile dans l’espace, pouvoir s’y rendre et en revenir. » Le véhicule se distingue des capsules qui amerrissent au terme d’une chute balistique : il atterrit sur piste, se reconditionne rapidement et repart. « L’avantage de pouvoir revenir, c’est que le reconditionnement est plus rapide, vous pouvez repartir avec des petites fusées », avait-il précisé. Ce caractère réutilisable ouvre des perspectives inédites : expériences en microgravité, approche de satellites non coopératifs, fabrication de médicaments dans l’espace, sans oublier des applications militaires qu’Eric Trappier se garde de détailler publiquement, mais dont il ne nie pas l’existence. « La militarisation de l’espace est en cours, la nier ne serait pas à notre avantage », avait-il rappelé devant les sénateurs.
Dassault coopère, les faits sont là
France, Allemagne, Espagne : le VORTEX fédère déjà trois pays européens sous un pilotage industriel unique. C’est précisément la formule que Dassault dit vouloir appliquer au SCAF, et que ses détracteurs lui contestent. Il y a comme une ironie à accuser de repli celui qui signe des accords industriels d’un bout à l’autre du continent.
La sélection d’Arkadia Space illustre par ailleurs une tendance plus large dans le spatial européen : la montée en puissance de jeunes acteurs du New Space dans des programmes à haute complexité. Le propulseur ARIEL avait déjà été retenu par MaiaSpace, filiale d’Arianespace, pour ses lanceurs partiellement réutilisables. Sa sélection par Dassault lui confère désormais une double légitimité, dans l’accès à l’espace comme dans le transport orbital réutilisable.
Sur le fond, le VORTEX s’inscrit dans une ambition qu’Eric Trappier résumait ainsi devant les sénateurs : doter l’Europe d’une capacité autonome de transport orbital, à une époque où « l’idée d’une grande station regroupant Américains, Chinois et Russes n’est plus dans l’air du temps ». Un objectif stratégique qui justifie, si nécessaire, d’aller chercher des soutiens financiers au-delà des frontières européennes. Y compris, a-t-il laissé entendre récemment, aux États-Unis.
Image © Dassault Aviation