L’antichar dans une main, la mitrailleuse dans l’autre : Saab et FN Herstal réarment le fantassin français
Eurosatory a été, cette année encore, le théâtre de signatures importantes. Parmi elles, deux contrats conclus sur le salon résument assez bien l’état d’esprit d’une armée de Terre française engagée dans une modernisation accélérée : l’acquisition du lance-roquette antichar NLAW1 auprès du suédois Saab, et celle des mitrailleuses légères Evolys et Minimi auprès du belge FN Herstal. Deux systèmes différents, deux partenaires distincts, mais un même fil conducteur : renforcer les capacités du combattant débarqué face aux menaces du champ de bataille contemporain.
Le NLAW, l’antichar à portée du fantassin
Cette semaine, la Direction générale de l’armement (DGA) a officialisé avec Saab un contrat portant sur la livraison du NLAW. Les premières livraisons sont prévues dès cette année, et s’étaleront jusqu’en 2030. Le contrat comprend les missiles eux-mêmes, ainsi que des équipements d’entraînement pour usage en intérieur comme en extérieur. Paris dispose en outre d’une option pour commander des quantités supplémentaires.
Le NLAW n’est pas un système inconnu sur la scène internationale. Déjà en service en Suède, au Royaume-Uni et en Finlande, il s’est surtout illustré en Ukraine, où des milliers d’exemplaires fournis par Londres ont contribué à stopper les colonnes blindées russes dès les premières semaines du conflit, en février 2022. Sa conception répond à une logique simple : permettre à un seul soldat, sans préparation complexe, d’engager et de détruire un char en quelques secondes, y compris depuis l’intérieur d’un bâtiment ou derrière un angle de mur. Son mode d’attaque par le dessus (Overfly Top Attack) – là où le blindage est le plus mince – en fait l’un des systèmes portatifs les plus redoutables du marché dans les environnements urbains.
La France devient ainsi le quatrième membre de l’OTAN à opérer ce système. Pour Görgen Johansson, responsable de la division Dynamics chez Saab, l’enjeu est clair : le système « changera la dynamique sur le champ de bataille pour l’armée française » en permettant à chaque fantassin de neutraliser « la menace la plus lourdement blindée en quelques secondes ».
L’Evolys trouve enfin son premier grand client
72 heures après, et dans la même enceinte, une autre signature venait compléter le tableau. Le ministre de la Défense belge, Theo Francken, et la ministre des Armées, Catherine Vautrin, se sont retrouvés sur le stand de FN Herstal pour officialiser un accord-cadre d’ampleur. En s’appuyant sur le partenariat stratégique multinational conclu en 2024 entre la Belgique et l’armurier liégeois, la France a décidé d’y adhérer pour acquérir jusqu’à 5 000 mitrailleuses légères – un mix d’Evolys et de Minimi Mk3 – avec un premier lot d’environ 2 000 armes livrable dès cette année.

L’opération est financée en partie via le mécanisme SAFE (Safety Action for Europe), instrument européen destiné à faciliter les acquisitions conjointes d’équipements militaires. La France a contracté à ce titre un emprunt de 15,1 milliards d’euros auprès de la Commission européenne, dont une partie alimente ces commandes.
L’Evolys, pièce centrale du contrat, est la dernière création de FN Herstal. Environ 30 % plus légère que la Minimi qu’elle est appelée à compléter voire remplacer progressivement, elle combine la puissance de feu d’une mitrailleuse avec le maniement d’un fusil d’assaut. Tir en rafale ou au coup par coup, rail optique long, ambidextrie native, amortisseur hydraulique pour réduire le recul : le système vise clairement à densifier la puissance de feu des sections d’infanterie sans en alourdir la charge. Pour FN Herstal, ce contrat sécurise le carnet de commandes pour au moins deux ans et consacre l’Evolys, lancée en 2021, comme un système enfin adopté à grande échelle. L’ensemble de la production restera à Herstal, en bords de Meuse.
Une Europe de la défense qui se construit contrat par contrat
Ces deux contrats ne surgissent pas du néant. Ils s’inscrivent dans une réflexion plus large sur les enseignements du conflit en Ukraine, où le combat d’infanterie débarquée a retrouvé une centralité que certains analystes pensaient révolue. Dès les premières semaines de l’invasion russe, ce sont des équipes légères, mobiles, armées de lance-roquettes portatifs, qui ont mis en échec la progression des blindés ennemis – bien avant que les drones ne s’imposent comme l’arme du moment. La supériorité de feu immédiate, à courte distance, est restée décisive.
Le NLAW et l’Evolys répondent précisément à cette logique. L’un pour neutraliser un blindé en quelques secondes, l’autre pour maintenir une pression de feu soutenue lors des accrochages. Ensemble, ils renforcent la section d’infanterie dans sa capacité à combattre de manière autonome, sans attendre l’appui d’un système lourd ou d’un drone en vol.
Au-delà des capacités militaires, ces deux signatures témoignent d’une volonté française de structurer ses coopérations industrielles à l’échelle européenne. Saab en Suède, FN Herstal en Belgique : deux partenaires de confiance, deux bases industrielles ancrées dans l’espace OTAN, deux contrats conclus dans un cadre bilatéral ou multilatéral assumé.
Catherine Vautrin l’a confirmé sur le stand FN : ces coopérations visent à donner « à nos troupes la capacité à travailler ensemble avec un matériel qui se complète ». Que les soldats français et belges partagent les mêmes armes légères facilite la coopération sur le terrain ; un argument qui prend tout son sens à l’heure où les exercices communs entre alliés européens se multiplient. Theo Francken, pour sa part, n’a pas caché sa satisfaction, saluant un contrat mutuellement bénéfique : des emplois garantis à Herstal, une capacité militaire renforcée pour Paris. Eurosatory aura donc été, pour notre armée de Terre, bien plus qu’un salon d’exposition. Une vitrine, certes, mais surtout un poste de commande.
- Next generation Light Antitank Weapon ↩︎
Photo © Ministry of Defence UK