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MBDA valide les premiers tirs du CROSSBOW, neuf mois après le lancement du programme

Pierre SAUVETON
27 juin 2026 3 Mins de lecture

Les armées européennes ont un problème concret depuis février 2022 : comment frapper à 800 kilomètres sans dépendre d’un avion de combat ou d’un allié américain ? MBDA y a répondu à sa façon, en développant une solution sans attendre qu’un état-major lui en passe commande, et en la faisant voler en neuf mois.

MBDA a décidé de ne plus attendre

Les premiers tirs du CROSSBOW ont eu lieu en décembre 2025, puis en février 2026. MBDA les a rendus publics à Eurosatory. Ce qui est notable ici n’est pas seulement que ça vole, c’est la façon dont on en est arrivé là.

D’ordinaire, un programme d’armement démarre sur commande. Un besoin est exprimé, un cahier des charges rédigé, un contrat notifié. L’industriel conçoit, teste, livre. Le cycle prend des années, parfois bien davantage. MBDA tente d’inverser l’ordre. Le groupe a financé le développement sur fonds propres, constitué un réseau de partenaires, fait ses choix techniques, et présenté aux clients un système déjà démontré plutôt qu’une proposition sur papier.

Le raisonnement est lisible : les besoins opérationnels sont là, documentés par quatre ans de guerre en Ukraine, et les gouvernements européens cherchent des réponses rapides. Arriver avec un produit qui vole, c’est raccourcir la phase de conviction et compresser les délais d’entrée en service. C’est aussi prendre un risque commercial réel, celui de ne pas trouver preneur. MBDA a visiblement estimé que ce risque valait la mise.

CROSSBOW se fond dans le paysage

CROSSBOW est embarqué dans un conteneur de transport ordinaire, sur un camion 6×6. Pas de véhicule spécialisé identifiable, pas de rampe de lancement fixe. Une section de route, un terrain industriel, une zone boisée font l’affaire. On tire, on décroche, on change de position. De quoi compliquer sérieusement la tâche de celui qui voudrait riposter sur le lanceur.

L’engin lui-même mesure un peu plus de 5 mètres, pèse 750 kg au départ et peut emporter jusqu’à 300 kg de charge utile, cinétique ou électronique, à plus de 800 kilomètres. En vol subsonique (environ 600km/h), il navigue en combinant centrale inertielle, GPS renforcé anti-brouillage, reconnaissance visuelle du terrain par intelligence artificielle (IA) et capteur terminal. Cette superposition de modes de guidage est une réponse directe aux conditions rencontrées sur les théâtres actuels, où le brouillage satellitaire russe fait partie du décor.

Les cibles visées sont celles de la profondeur opérationnelle : dépôts de munitions, nœuds ferroviaires, sites radar, centres logistiques. Des objectifs qui ne bougent pas, mais qui entretiennent toute la machine de guerre ennemie. Les frapper en nombre, régulièrement, avec des munitions abordables, c’est précisément ce que ni l’artillerie longue portée ni les missiles de croisière ne permettent aujourd’hui de faire à la bonne échelle.

Le missile est prêt. Les budgets, pas encore.

CROSSBOW ne cherche pas à concurrencer le Storm Shadow ou le futur missile de croisière terrestre que MBDA prévoit pour après 2029. Il s’insère entre deux catégories existantes. En dessous, les systèmes d’artillerie réactive, plus courts en portée. Au-dessus, les missiles de croisière sophistiqués, trop rares et trop chers pour être consommés sur chaque objectif intermédiaire.

C’est le créneau du volume. Produire en quantités suffisantes pour maintenir une pression constante pour saturer les défenses, renouveler les frappes après chaque reconstitution logistique ennemie. La guerre en Ukraine mais aussi Epic Fury ont montré que les stocks s’épuisent vite. Un missile que l’on peut produire à plusieurs centaines d’unités par an change les calculs de planification bien plus qu’un système plus performant disponible à la dizaine.

Pour tenir le délai de neuf mois, MBDA s’est appuyé sur une architecture modulaire et des composants commerciaux disponibles immédiatement, plutôt que sur des développements spécifiques coûteux en temps. Le groupe a joué son rôle d’intégrateur, en coordonnant un réseau de PME britanniques et européennes sur les sous-ensembles critiques. C’est reproductible, et c’est précisément ce qui rend la montée en cadence crédible sur le papier.

MBDA vise une hausse de 40 % de ses volumes de production globaux en 2026 et affirme pouvoir livrer CROSSBOW dès cette année. Mais ces objectifs resteront lettre morte sans commandes fermes. Or les commandes fermes dépendent de décisions budgétaires que plusieurs gouvernements n’ont pas encore prises. Les tirs sont réussis. Le produit existe. Ce qui manque encore, c’est la signature au bas du bon de commande. Comme souvent…

Photo © Reuters

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