Guerre électronique : Eviden lève le voile sur ELIT AI, son capteur radar dopé à l’IA
Les radars d’aujourd’hui ne ressemblent plus à ceux d’hier. Ils se camouflent, mutent, brouillent les pistes. Leur signature électromagnétique change en vol, leur puissance d’émission fond dans le bruit de fond. Contre ces fantômes du spectre hertzien, les systèmes de détection traditionnels peinent à suivre. C’est sur ce constat, aussi simple qu’urgent, qu’Eviden a construit ELIT AI.
Développé par Avantix, l’entité spécialisée en renseignement électromagnétique au sein de la branche produits d’Atos, ce nouveau capteur ELINT1 fait entrer la détection radar dans une autre dimension. Plutôt que de chercher des signaux connus, il apprend à reconnaître l’inconnu. Son intelligence artificielle (IA), développée intégralement en interne, analyse en temps réel des formes d’ondes complexes que les capteurs classiques ne voient tout simplement pas : des émissions à très faible probabilité d’interception, conçues précisément pour déjouer la surveillance électronique.
Techniquement, ELIT AI repose sur une architecture SDR2 adaptive – une radio entièrement logicielle, reconfigurable à la volée – couplée à une large bande spectrale qui étend considérablement sa portée de détection. Le tout dans une plateforme modulaire, embarquable sur des vecteurs très différents, du drone tactique à la frégate. Avantix l’a également conçu pour fonctionner en écosystème. CARACAL centralise la bibliothèque de signatures radar, une base de données structurée pour l’identification en temps réel comme en différé, utilisable aussi bien pour la simulation que pour les tests pré-mission, et ouverte à l’import/export vers d’autres bibliothèques alliées. OSCAR, lui, intervient en aval : c’est le logiciel d’analyse post-mission qui permet aux opérateurs d’éplucher les données collectées, de reconnaître les radars déjà répertoriés et d’enregistrer les signatures inconnues pour enrichir le référentiel. Entre détection, identification et capitalisation du renseignement, les trois outils forment une chaîne sans rupture, du signal brut intercepté jusqu’à l’information exploitable en salle d’opérations.
La DGA Maîtrise de l’information (DGA-MI) avait passé commande avant l’annonce publique. Dans un secteur où les cycles d’acquisition s’étirent habituellement sur plusieurs années, ce type d’engagement précoce mérite attention. On sait, notamment depuis le rapport parlementaire des députés Didier Lemaire (Horizons) et Thierry Tesson (Rassemblement national), que la guerre électronique radar figurait parmi les lacunes identifiées de l’armée de Terre, trop longtemps traitée en variable d’ajustement budgétaire. On sait aussi que l’armée de l’Air et de l’Espace opère encore avec un ASTAC vieillissant, en attendant les Falcon ARCHANGE et leurs capteurs de nouvelle génération.
Dans ce contexte, ELIT AI arrive au bon moment : les armées françaises ont besoin de capteurs souverains capables de lire des environnements radar de plus en plus complexes, sans dépendre de technologies étrangères pour surveiller leur propre spectre. La commande précoce de la DGA le dit clairement.
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