En Lituanie, le drone HX-2 de Helsing a gagné ses galons devant l’US Army
Sur le terrain d’entraînement de Pabradė, en Lituanie, des soldats américains ont manié un drone européen pour repérer puis détruire leurs cibles. L’engin s’appelle HX-2. Il sort des ateliers de Helsing et il a réussi presque tous ses tirs. Un drone, des cibles, un terrain manœuvre balayé par le vent balte : le décor a tout de la routine militaire. Mais pour Helsing, désormais l’une des plus grosses valeurs de la défense européenne, l’épisode pèse autrement.
88 % de réussite pour le drone de Helsing en Lituanie
L’épisode s’est joué pendant Project Flytrap, une manœuvre anti-drones conduite par l’armée américaine près du flanc oriental de l’OTAN. Au total, les participants ont effectué environ 200 vols. Parmi eux, les 17 HX-2 livrés par Helsing ont enregistré 15 frappes au but et deux quasi-réussites, soit un taux de 88 %. « C’est assez inédit qu’une armée américaine teste avec autant de succès une munition européenne dotée d’IA », nous confie un représentant de l’entreprise.
Et ce n’est pas le score qui a marqué les officiers américains. Car les soldats n’ont pas seulement employé le HX-2 comme une munition rôdeuse. Ils l’ont aussi transformé en plateforme de reconnaissance et en intercepteur anti-drones. « À l’origine, le HX-2 servait d’arme à usage unique et de système anti-drones », a rappelé Alex Miller, directeur technique de l’US Army. « Mais les utilisateurs me l’ont décrit comme un outil de reconnaissance et une munition rôdeuse, parce qu’il sait trouver et suivre ses cibles grâce à sa vision embarquée, et voler même sous brouillage. »
Cette polyvalence change la donne. En Ukraine, la guerre électronique (GE) coupe sans cesse les liaisons radio et neutralise les drones pilotés à distance. Le HX-2 répond précisément à ce problème : son intelligence artificielle (IA) identifie, mémorise et poursuit une cible, même sans signal continu. L’opérateur, lui, garde la main pour valider la frappe. Résultat, un même appareil cherche, observe et frappe dans un seul cycle de mission. Plus besoin d’attendre l’appui de l’artillerie ou de l’aviation : l’unité repère, suit et frappe seule, jusqu’à 100 kilomètres.

L’objet reste pourtant modeste. Le HX-2 pèse 12 kilos, file à 220 km/h grâce à quatre moteurs électriques et emporte une charge explosive d’environ 4,5 kilos. Sa charge creuse perce le blindage léger, l’artillerie, les radars ou les postes de commandement exposés. Surtout, Helsing l’a pensé pour la production de masse, à bas coût, là où les missiles classiques coûtent une fortune. Son usine Resilience, en Allemagne, vise déjà plus de 1 000 unités par mois.
« L’Europe n’a pas à rougir »
Et c’est bien là que se joue l’essentiel. Fondée en 2021 et installée à Munich, Helsing boucle une nouvelle levée de fonds proche de 1,2 milliard de dollars, pour une valorisation estimée à 18 milliards. L’entreprise fabrique déjà 6 000 HX-2 destinés à l’Ukraine. Voir l’armée américaine adopter avec autant de succès une munition européenne dotée d’IA constitue donc un fait rare. « L’Europe n’est pas en retard et n’a pas à rougir », souligne notre interlocuteur chez Helsing.
Quant aux ambitions, elles restent ouvertes. « Notre objectif, c’est de contribuer à la sécurité des démocraties européennes », précise la même source. « Nous sommes ouverts à toutes sortes de partenariats, selon ce que les clients souhaitent. »
Reste à mesurer la portée de l’épisode. D’un côté, Helsing frappe à la porte d’un marché américain où règnent les grands primes nationaux, mais que bousculent déjà des start-up comme Anduril ou Shield AI. De l’autre, l’exercice illustre le réarmement européen et la quête d’une vraie souveraineté industrielle. Personne, à l’OTAN, ne doute plus de l’intérêt de ces drones. Reste le plus dur : les faire dialoguer avec le renseignement, l’artillerie, la défense aérienne.
Photo © Reuters