Faute de solution française, la DGA commande 16 véhicules radars Giraffe 1X à Saab et Scania
La Direction générale de l’armement (DGA) a passé commande, en deux tranches, de seize systèmes VARDA1 équipés du radar Giraffe 1X de Saab, montés sur un châssis tactique Scania V3P2. Un contrat qui acte le remplacement de véhicules radars vieux de trente ans et qui s’inscrit dans une dynamique plus large. Fin 2025, la DGA avait déjà signé avec l’industriel suédois un contrat portant sur deux avions de surveillance aéroportée GlobalEye, destinés à succéder aux Boeing E-3F AWACS de l’armée de l’Air et de l’Espace. Du sol à la haute altitude, la coopération franco-suédoise en matière de défense prend une consistance nouvelle. Derrière cette convergence, un même constat s’impose : en l’absence de solutions nationales disponibles à court terme, Paris se tourne vers Stockholm.
Et les NC1 30 et NC1 40, entrés en service en 1995, incarnent précisément ce vide capacitaire. Ces derniers ne répondent plus aux exigences opérationnelles actuelles, notamment face à la menace drone qui s’est imposée comme le défi tactique majeur de cette décennie. Le Giraffe 1X est un radar 3D compact à antenne active, conçu pour la défense sol-air à courte portée. Pesant moins de 150 kilogrammes au total, il peut être intégré sur n’importe quelle plateforme mobile, transporté par hélicoptère ou installé à demeure sur un mât ou un bâtiment.
Sur le plan des performances, il couvre l’intégralité du volume de surveillance chaque seconde et détecte aussi bien les micro-drones que les aéronefs de combat à plusieurs kilomètres, y compris les cibles dites LSS (lentes, basses et de petite taille). Son mode C-RAM permet de suivre des munitions depuis leur point de lancement jusqu’à leur impact, une fonction précieuse face à l’artillerie et aux roquettes. Entièrement logiciel, le système accepte des mises à jour continues au fil des évolutions de la menace : un argument de poids dans un environnement capacitaire en mutation rapide.
Un consortium franco-suédois, une fabrication angevine
Pour mener à bien ce programme, Saab et Scania France ont choisi de s’associer au sein d’un consortium commun. À Angers, dans les ateliers de la division SPAD3 de Scania, les équipes produiront les châssis V3P et y installeront le radar, une fabrication française pour un matériel suédois, nuance qui a visiblement pesé dans la balance. En tout, dix-sept radars Giraffe 1X entrent dans la commande : seize rejoindront les véhicules livrés aux forces, tandis que le dernier partira en essais et évaluation. Pièces de rechange, formation des équipages et soutien technique complètent le contrat. Les premières livraisons sont attendues dès cette année, les suivantes au premier semestre 2027.
Reste la question du contexte dans lequel cette commande a été passée. La DGA a mobilisé la force d’acquisition réactive (FAR), ce dispositif créé en 2023 précisément pour s’affranchir des délais habituellement incompressibles des grands programmes d’armement. Son activation n’est pas anodine : elle dit, en filigrane, qu’aucune solution française n’était disponible à court terme sur ce segment. Les seize véhicules VARDA ont donc vocation à jouer un rôle de transition, le temps que les déclinaisons défense sol-air et lutte anti-drones (LAD) du véhicule Serval arrivent à maturité. Le Giraffe 1X trouvera d’ailleurs sa place définitive sur le Serval, assurant ainsi une certaine continuité capacitaire entre les deux générations.
Au fond, cette acquisition illustre un changement de posture discret mais réel au sein de la DGA. Pendant longtemps, acheter étranger relevait presque de l’aveu de faiblesse. Aujourd’hui, aller chercher un équipement éprouvé sur étagère auprès d’un partenaire européen, quand le besoin est urgent et qu’aucune alternative nationale n’existe à court terme, s’impose comme une décision rationnelle.
- Véhicule avancé de détection aérienne ↩︎
- Véhicule porteur polyvalent PAMELA ↩︎
- Scania Public and Defense ↩︎
Photo © Saab