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Et si l’Allemagne sauvait la chaîne d’assemblage de l’A400M ?

Pierre SAUVETON
4 juin 2026 3 Mins de lecture

Combien de temps Airbus pourra-t-il encore assembler des A400M ? La question taraude l’avionneur depuis des années. Ses clients historiques ont presque tous reçu leurs appareils, les contrats à l’export se font rares, et sans nouvelles commandes, les lignes de production menacent de s’éteindre dès 2029. Or une chaîne d’assemblage ne se rallume pas d’un claquement de doigts. D’où l’attention portée, en ce moment, à plusieurs signaux venus de France, d’Espagne et surtout d’Allemagne.

Le nerf de la guerre : la production

Tout tient à un chiffre : huit avions par an. C’est le seuil en dessous duquel le système industriel de Séville vacille, comme l’expliquait l’an dernier Jean-Brice Dumont, patron des avions militaires d’Airbus, dans un entretien à La Tribune. En deçà, prévenait-il, « l’intérêt des fournisseurs pour l’A400M risque de passer au second plan » face aux programmes en pleine montée en puissance. Le risque n’est pas mince : organiser une chaîne d’assemblage, retenir les compétences et alimenter une supply chain suppose un rythme stable. Or, en 2024, seuls sept appareils ont été livrés.

Pour entretenir la cadence, Paris et Madrid ont mis la main à la poche l’été dernier en s’engageant, via des lettres d’intention, sur quatre et trois appareils supplémentaires. De quoi sécuriser huit livraisons en 2028, puis autant en 2029. Au passage, la France révisait ses ambitions à la hausse : l’armée de l’Air et de l’Espace comptera 41 A400M, contre 35 initialement inscrits dans la loi de programmation militaire (LPM).

Et l’avionneur ne compte pas s’arrêter là. À l’horizon 2030, Jean-Brice Dumont estime pouvoir écouler « plusieurs dizaines » d’appareils, en misant sur le remplacement des vieillissants C-130 américains, sur des campagnes en Pologne et au Moyen-Orient, voire sur une flotte mutualisée à l’échelle européenne. 30 ventes supplémentaires prolongeraient la chaîne de quatre ans.

La Luftwaffe veut revoir sa copie

Mais c’est de Berlin que vient la vraie surprise. La Luftwaffe vient de prendre livraison de son 53e et dernier A400M, celui qu’elle avait inscrit au lancement du programme. Longtemps, elle avait pourtant prévu d’en céder treize, jugés superflus. Ce projet appartient désormais au passé. Mieux : d’après le média spécialisé Hartpunkt, l’Allemagne discuterait avec Airbus l’achat de 10 à 20 machines de plus. Interrogé, l’avionneur botte en touche ; « nous ne commentons pas nos échanges avec nos clients », et le ministère fédéral de la Défense (Bundesministerium der Verteidigung) observe le même silence prudent.

Attention toutefois à ne pas s’emballer. Ces appareils ne grossiraient pas forcément la flotte. Comme l’avion a beaucoup évolué depuis ses débuts, Berlin pourrait surtout vouloir troquer ses premiers exemplaires, déjà usés, contre des versions plus modernes, quitte à revendre les anciens.

Reste que, pour Airbus, l’arithmétique parle d’elle-même : 16 avions commandés, et ce sont deux années de production garanties. L’enjeu dépasse d’ailleurs le simple chiffre d’affaires. L’A400M demeure le seul gros-porteur militaire encore fabriqué sur le sol européen, et Dumont y voit volontiers « le couteau suisse de la mobilité militaire ». Côté allemand, le feu vert politique semble acquis : le passage devant la commission du budget du Bundestag, obligatoire pour un contrat de cette ampleur, ne devrait pas se heurter à l’opposition des députés.

Reste à savoir si Berlin sautera le pas. Si tel est le cas, l’Allemagne s’installera en tête du programme, devant Paris et Madrid. Et l’Europe gardera, pour quelques années encore, le dernier gros-porteur militaire qu’elle sache fabriquer. Ce ne serait pas un luxe.

Photo © Airbus Defence & Space

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A400MaéronautiqueAirbusAirbus Defence & SpaceAllemagnearméeArmée de l'air et de l'EspaceBITDBundesministerium der VerteidigungEspagneindustrieLuftwaffemilitaireproduction

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