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Merio, discret fleuron de l’optronique de défense française, va passer sous pavillon chypriote

Pierre SAUVETON
10 mai 2026 3 Mins de lecture

Merio, ça ne vous dit probablement rien. Pourtant, des tourelles gyrostabilisées qui ont fait leurs preuves au-dessus du Sahel, patrouillent en mer Baltique et désignent des cibles pour les hélicoptères Tigre de l’armée de Terre. Quarante ingénieurs installés à Saint-Paul-Trois-Châteaux dans la Drôme, onze ans d’existence, plusieurs milliers de systèmes livrés et une discrétion soigneusement entretenue. C’est finalement un groupe chypriote, Theon International, qui aura mis la PME sous les projecteurs, en annonçant cette semaine son intention d’en racheter 80 % du capital. Reste une question qui gratte : pourquoi est-ce Chypre, et non Paris, qui a frappé à la porte en premier ?

Dix ans de discrétion, des références qui parlent

Merio, c’est une décennie de travail discret et d’implantation progressive dans les programmes les plus structurants de l’armée française. Ses boules optroniques constituent l’œil du Spy’Ranger, le mini-drone de renseignement de Thales certifié par la Direction générale de l’armement (DGA) et déployé lors de l’opération Barkhane. Sa gamme Milvus a été retenue pour DEDAL1, un drone désignateur laser testé aux côtés des Tigre lors de l’exercice ORION 2026. Sur l’eau, sa tourelle Zéphyr 25 embarque sur le drone de surface Magellan de Couach, après avoir créé la surprise lors d’une démonstration de l’OTAN en mer Baltique sur un appareil d’ancienne génération, non marinisé. Autrement dit : une entreprise ancrée dans le concret, agile, et dont la chaîne d’approvisionnement est exclusivement européenne, affranchie des contraintes ITAR.

Ce profil a tout pour séduire. Il a séduit Theon. Le groupe, spécialisé dans les systèmes optroniques portables et embarqués, avance méthodiquement sur l’échiquier européen : Kappa Optronics en Allemagne, une participation dans la pépite Exosens en France, une filiale à Bruxelles inaugurée le mois dernier. Chaque acquisition rapproche Theon de son objectif affiché : un milliard d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2029. À 15 millions d’euros de revenus et 23 % de marge opérationnelle, Merio correspondait exactement au profil recherché : rentable, en croissance, et encore loin de son plafond.

merio defense drone
à gauche : drone de surface Magellan de Couach / à droite : drone de renseignement Spy’Ranger (Thales)

Pour Rémi Plenet, qui conserve la direction de l’entreprise, le calcul est simple : Merio a la technologie, Theon a le réseau. « Nous anticipons une forte expansion de nos exportations, soutenue par leurs excellentes capacités de développement commercial et leur présence industrielle mondiale », résume-t-il dans le communiqué de presse. 72 pays, 26 membres de l’OTAN ; autant de portes que la PME drômoise n’aurait pas pu pousser seule. Rapprochement des équipes de R&D, sécurisation de la chaîne d’approvisionnement : le groupe a déjà appliqué cette formule chez Kappa Optronics en Allemagne. Sans bouleverser ce qui fonctionnait.

Une scène trop familière

En avril, les députés François Cormier-Bouligeon (Ensemble pour la République) et Aurélien Saintoul (LFI) remettaient à la commission de la défense nationale et des forces armées un rapport qui ne mâche pas ses mots sur les dépendances militaires de la France et les risques liés aux rachats étrangers dans la filière. Merio entre précisément dans cette catégorie. Deux arguments tempèrent l’inquiétude : la solidité des relations franco-chypriotes, consolidées par un accord de coopération stratégique en décembre 2025 ; et la chaîne d’approvisionnement de Merio, 100 % européenne et ITAR-free, argument de poids au moment où Bercy examinera le dossier.

Mais l’éléphant est dans la pièce. Peut-être que des acteurs français se sont positionnés. Peut-être que Theon proposait simplement l’offre la plus intéressante. On ne sait pas. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que la scène est familière : une PME rentable, bien intégrée aux programmes de l’armée de Terre, souveraine dans ses approvisionnements, qui finit dans le portefeuille d’un groupe étranger. Ce n’est pas la première. Et ce ne sera pas la dernière.

  1. Drone Équipier Désignateur pour l’Aérocombat utilisant un Laser ↩︎

Photo © Merio

Tags:

Armée de TerreBITDChypreCouachDEDALdéfenseExosensindustrieinvestissementMagellanMerioMilvusoptroniqueOrion 26Spy'RangerThalesTheon Internationaltourelles gyrostabilisées

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