X721 : l’outsider qui veut voler plus léger qu’Airbus et Thales en très haute altitude
Derrière chaque grand projet de défense se cache souvent une petite structure qui avance à contre-courant des géants du secteur. C’est le cas de X721, la société à l’origine d’Heliblade, le démonstrateur qui a effectué son premier vol le 24 juillet dans la région bordelaise. Une entreprise que peu de monde connaissait encore il y a un an, et qui vient pourtant de convaincre l’armée de l’Air et de l’Espace ainsi que la Direction générale de l’armement (DGA).
X721 n’est pas née dans un incubateur parisien. Fondée à Dubaï en 2014 par le Français Pierre-Eric Lys, entourée d’anciens ingénieurs d’Airbus et d’Arianespace, la société a longtemps travaillé loin des projecteurs avant de s’implanter en France. Son concept a rapidement intéressé la DGA et l’armée de l’Air et de l’Espace, au point de décrocher le soutien financier de l’Agence de l’innovation de défense (AID). Une trajectoire atypique, à rebours des habitudes du secteur aérospatial français, où les grands programmes reviennent presque toujours aux mêmes acteurs historiques.
La rigidité par la vitesse, pas par la matière
Sur le plan technique, Heliblade ne ressemble à rien de connu. L’appareil repose sur deux ailes rotatives ultralégères, pour une envergure d’une vingtaine de mètres et une masse totale inférieure à 4 kilos. Là où un drone classique doit renforcer sa structure pour résister aux turbulences, Heliblade fait l’inverse : ce sont justement les forces centrifuges générées par la rotation des ailes qui assurent leur rigidité en vol. Un principe qui permettrait à l’appareil d’encaisser les à-coups sans casse, tout en restant d’une légèreté record.

Ce premier essai s’est déroulé en deux temps, avec un vol à basse altitude suivi d’un second palier un peu plus haut. L’objectif n’était pas de battre un record, mais de valider un concept : vérifier que l’appareil décolle proprement, qu’il reste stable et qu’il répond bien aux commandes. Selon X721, les résultats auraient même dépassé les attentes sur le plan électrique, un point clé pour un appareil appelé à fonctionner uniquement à l’énergie solaire.
X721, le petit nouveau dans la cour des grands
Ce pari industriel prend tout son sens à la lumière de la stratégie THA (très haute altitude) dévoilée par le ministère des Armées en 2025. Celle-ci mise sur plusieurs technologies en parallèle : le ballon stratosphérique manœuvrant d’Hemeria, le pseudo-satellite Zephyr développé par Airbus, et le dirigeable Stratobus porté par Thales Alenia Space. Heliblade est venu s’ajouter à cette liste, porté par une structure bien plus modeste que ses concurrents.
C’est justement là que réside l’intérêt du projet pour les Armées. Plutôt que de miser sur une seule filière et un seul industriel, la France construit un portefeuille de solutions, chacune avec ses propres compromis entre coût, autonomie et charge utile. X721 y apporte une approche différente : moins de moyens, mais une architecture radicalement allégée qui pourrait, si elle tient ses promesses, revenir bien moins cher qu’un satellite ou qu’un dirigeable de plusieurs tonnes.
Le vol du 24 juillet n’a duré qu’un quart d’heure, à quelques dizaines de mètres du sol. Pour atteindre l’objectif des vols de plusieurs mois au-dessus de 20 kilomètres, X721 devra encore franchir plusieurs paliers, sur l’altitude comme sur la durée. Mais la société, presque inconnue il y a un an, figure désormais aux côtés d’Airbus et de Thales dans les projets suivis de près par le ministère des Armées. Pour une petite structure venue de Dubaï, ce n’est pas rien.
Image © X721