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RayXagon : une start-up française s’invite sur le marché de la vision nocturne

Pierre SAUVETON
24 juin 2026 5 Mins de lecture

Il y a des marchés qu’on imagine volontiers réservés aux mastodontes de la défense. La vision nocturne en est un. Quelques grands noms – américains surtout, européens pour une part – s’y partagent l’essentiel des volumes depuis des décennies. Et pourtant, depuis Mérignac, en Gironde, une start-up de six personnes taille tranquillement sa place. RayXagon n’a officiellement que deux ans, mais elle attire déjà l’attention des administrations françaises et des acheteurs à l’export.

Du Rafale à la vision nocturne

Derrière ce projet, il y a Antonin Étienne, ancien sous-officier de l’armée de l’air reconverti en entrepreneur. Dans une autre vie, il formait des équipages sur simulateur de vol Rafale. C’est précisément dans ce cadre militaire qu’il découvre les jumelles de vision nocturne et qu’il ne les lâche plus. « C’est un matériel qui m’a toujours passionné », nous confie-t-il dans les allées d’Eurosatory. Devenu ingénieur en mécanique après avoir quitté l’uniforme, il passe par le secteur des drones chez Milton, racheté par Étienne Lacroix, avant de travailler chez ArianeGroup. En parallèle, il développe RayXagon, officiellement lancée en 2023, puis restructurée sous sa forme actuelle en août 2024.

Ce parcours hybride – militaire, industriel, ingénierie – est loin d’être anecdotique. Il explique en grande partie la philosophie du produit : des équipements conçus non pas à partir d’un cahier des charges administratif, mais à partir des besoins concrets des opérateurs de terrain.

La vision nocturne repose sur une technologie clé : le tube intensificateur de lumière, composant central qui capte le peu de lumière ambiante disponible la nuit et l’amplifie pour rendre la scène visible. Sans ce tube, pas de jumelles. Sur ce point, RayXagon a fait un choix délibérément souverain : travailler en priorité avec Exosens, l’un des rares fabricants mondiaux de ce type de composants.

rayxagon
Photo © RayXagon

« On est français, on aime travailler avec des Français », résume Antonin Étienne, sans détour. La démarche va pourtant au-delà du symbole. La start-up a structuré sa relation avec Exosens pour sécuriser ses approvisionnements : commandes anticipées, planification prévisionnelle transmise en amont, achats directs sans intermédiaires. « On leur donne un planning avant sur le prévisionnel, on les précommande en quelque sorte, ce qui facilite notre positionnement », explique le fondateur. Dans un contexte de tension sur ces composants ; l’engouement pour la vision nocturne a fortement tendu les délais ces dernières années ; cette proximité représente un avantage concurrentiel réel. L3 Harris ou Elbit Systems restent des alternatives connues, mais RayXagon les relègue au second plan. « Ce ne sont pas forcément des sociétés avec lesquelles on a des atomes crochus », tranche l’entrepreneur.

Le sur-mesure comme avantage concurrentiel

L’année dernière au SOFINS, le salon des forces spéciales, RayXagon présentait trois dispositifs distincts. Le monoculaire UNVM1 d’abord, conçu pour l’observation individuelle, compatible avec les casques et certaines armes via une interface de fixation standard. Viennent ensuite deux binoculaires : l’UNVB2, d’environ 600 grammes, doté d’un illuminateur infrarouge et de batteries rechargeables offrant jusqu’à 25 heures d’autonomie, et le RNVB3, version militaire dont le prototype pèse environ 450 grammes. « Le premier est plutôt destiné aux forces de sécurité intérieure, aux premiers secours, aux pompiers ou à la Sécurité civile. Le RNVB, c’est la version militaire. Il peut être utilisé dans des environnements vraiment délicats, comme le désert », détaillait-t-il dans les colonnes de Sud Ouest pour l’occasion.

Ce dernier modèle est également submersible jusqu’à 20 mètres de profondeur – non pour la plongée, mais pour des opérations prolongées au contact de l’eau, en particulier pour les commandos marine et les unités parachutistes des forces spéciales. L’armée de l’Air et de l’Espace doit par ailleurs expérimenter prochainement un dérivé du RNVV au profit de certaines de ses unités, dans des conditions d’emploi que l’entrepreneur préfère ne pas détailler publiquement. Quant au RNVB, il s’intègre dans le marché Mercure destiné à la Structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres (SIMMT) .

Face aux grands groupes capables d’absorber des commandes massives, RayXagon revendique une autre logique : celle de l’adaptation. « On ne répond pas uniquement à un cahier des charges fourni par une administration. On va vraiment aller chercher les besoins des utilisateurs finaux », insiste-t-il. Et d’aller plus loin : « On essaie de résoudre au plus simple, pour que ce soit facile à opérer dans des conditions difficiles, là où on n’a pas forcément de ressources intellectuelles à allouer au matériel. »

rayxagon
Photo © RayXagon

L’impression 3D, qui reste au cœur du processus de fabrication, permet de répondre à des demandes spécifiques sans les délais et les coûts d’un outillage industriel lourd. Pour les séries, la transition vers l’injection plastique se prépare. « C’est un gain de temps et de simplicité pour l’assemblage, en plus d’un gain de coût sur les volumes qu’on commence à avoir », reconnaît Antonin Étienne, tout en précisant que la capacité de personnalisation restera préservée.

1 000 unités visées d’ici 2028

La levée de fonds en cours, qui avoisine le million d’euros toutes sources confondues, vise à financer cette montée en cadence. Elle bénéficie du soutien de la région Nouvelle-Aquitaine et de Bpifrance, auxquels s’ajoutent des investisseurs privés déjà engagés. Les fonds serviront à industrialiser la gamme existante, à renforcer la présence commerciale sur les salons, et surtout à accélérer la R&D.

C’est là que se joue l’avenir de RayXagon. La société travaille sur une jumelle hybride combinant vision nocturne à intensification de lumière, vision thermique en surimpression et réalité augmentée. « On viendrait afficher en temps réel les points d’intérêt directement dans l’œil de l’utilisateur, selon son profil ; s’il est plutôt combattant, chef d’équipe, dans le commandement », décrit Antonin Étienne. Les informations seraient issues d’applications de numérisation du champ de bataille comme Delta Suite ou ATAK. Un élargissement du champ de vision à 50 degrés – contre 40 degrés actuellement – est également en développement.

À horizon 2028, RayXagon vise un millier d’unités produites par an. Aujourd’hui, le carnet de commandes est déjà plein jusqu’à la fin de l’exercice. À ce stade, les premiers indicateurs commerciaux donnent corps à un projet qui aurait pu n’en rester qu’aux intentions.

Photo © RayXagon

  1. Ultralight night vision monocular ↩︎
  2. Ultralight night vision binocular ↩︎
  3. Rugged night vision binocular ↩︎

Tags:

Armée de l'air et de l'EspaceArmée de TerreBITDdéfenseEurosatory 2026Exosensforces spécialesMérignacmilitaireNouvelle-AquitainephotoniqueRayXagonRNVBRNVVSIMMTUltralight night vision binocularUltralight night vision monocularUNVBvision nocturne

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