L’AKERON RCX50 séduit la DGA : chez MBDA, on ne joue pas aux LEGO
La munition téléopérée (MTO) courte portée de MBDA vient d’obtenir son premier contrat officiel avec la Direction générale de l’armement (DGA). Un signal fort pour le missilier européen, qui parie sur un segment en pleine expansion depuis que les conflits récents ont démontré la valeur des systèmes rôdeurs de petite taille.
Pas de « drones LEGO »
Développé en moins de deux ans et entièrement autofinancé, l’AKERON RCX50 sort donc de la phase de démonstration pour entrer dans le concret. La DGA a validé un programme d’expérimentation associant la Section technique de l’Armée de Terre (STAT) et la Marine nationale, deux utilisateurs aux besoins distincts qui permettront de tester le système dans des configurations très différentes ; terrestre d’un côté, embarquée ou de protection de force de l’autre.
Ce qui distingue l’engin de la masse de drones armés aujourd’hui disponibles sur étagère, c’est avant tout sa conception. « Nous ne proposons pas de drones LEGO qui ne sont pas fiables », tranche Hugo Coqueret, responsable du Business Development champ de bataille chez MBDA, rencontré à Eurosatory. Une pique directe à l’encontre des assemblages improvisés qui prolifèrent sur les théâtres actuels. MBDA n’a pas cherché à greffer une charge explosive sur un quadricoptère commercial. Le système a été architecturé comme une arme, avec tout ce que cela implique : chaîne de sécurité rigoureuse, possibilité d’interrompre la mission jusqu’au dernier moment, double capteur optique et thermique pour opérer de nuit ou dans des conditions météo dégradées.

Le terme « drone kamikaze » ne fait d’ailleurs pas partie du vocabulaire maison. « Nous n’utilisons pas cette expression, car elle peut laisser penser que la technologie est dangereuse, à contrario de la munition téléopérée », précise-t-on. Une distinction sémantique qui reflète une vraie différence opérationnelle : l’opérateur conserve la main sur l’ensemble du processus via une tablette durcie, et peut annuler l’engagement jusqu’au bout.
Un partenariat qui oblige à changer de méthode
Sur le plan économique, l’argument est également difficile à ignorer. « C’est une fraction du coût d’un missile », résume Hugo Coqueret. Pour un chef de section qui cherche à voir et frapper à dix kilomètres sans attendre des appuis dont les délais restent incertains, le rapport capacité-prix change la donne.
Pour y parvenir, MBDA a dû se réinventer en partie. « Nous avons révisé nos processus et notre manière de travailler » pour intégrer Novadem comme partenaire de développement, reconnaît-il. Cette PME aixoise spécialisée en robotique aérienne a apporté la culture drone (réactivité, coûts maîtrisés) tandis que MBDA garantissait les standards de fiabilité attendus d’un système d’armes certifié. La fabrication s’appuiera sur trois sites français, une chaîne industrielle souveraine de bout en bout.
« Nous pouvons être collectivement fiers de ce que nous avons accompli », conclut Hugo Coqueret. Les expérimentations à venir diront si la promesse tient en conditions réelles. Mais le calendrier parle déjà de lui-même : moins de deux ans entre les premières études et un contrat DGA, dans un secteur où les cycles habituels s’étalent volontiers sur une décennie.