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Le drone gonflable de Celeste Ecoflyers attise la curiosité de la défense

Pierre SAUVETON
18 mai 2026 3 Mins de lecture

Sur le tarmac de l’aéroport du Havre, une startup française a fait rouler un drôle d’appareil. Huit mètres d’envergure, une voilure en textile gonflé à l’air ambiant, et l’ambition de transporter des charges utiles sur 300 kilomètres sans escale. Celeste Ecoflyers – basé à Sainte-Menehould dans la Marne – a conduit ces dernières semaines ses premiers essais au sol du dAS10 : activation de l’avionique, roulage à vitesses progressives, puis un court vol d’essai. Le premier vol complet reste à venir, mais les résultats obtenus confirment, selon la société, l’essentiel de ses hypothèses de départ.

Le textile contre le composite : un pari d’ingénierie

Le principe du dAS10 repose sur un pari d’ingénierie simple à énoncer, plus délicat à tenir. Une aile composite rigide est précise et aérodynamiquement efficace, mais elle est lourde. Augmenter sa surface pour améliorer l’endurance revient à alourdir la structure, ce qui annule une partie du bénéfice attendu. Celeste Ecoflyers substitue à cette logique une enveloppe textile gonflée à pression ambiante : la rigidité vient de l’air intérieur, la surface portante du tissu, pour un poids très inférieur à celui d’une aile équivalente en matériaux composites. L’appareil vole plus lentement, consomme moins d’énergie par kilogramme transporté, et son aile se plie pour le transport ou se répare d’un patch en cas de déchirure.

Les premiers chiffres issus des essais sont encourageants. Le prototype a décollé avec une masse maximale au décollage de 75 kg, pour une masse à vide d’environ 52 kg. « Cela valide déjà plus de 20 kg de charge utile », nous précise Olivier Manette, PDG de Celeste Ecoflyers, qui souligne également une capacité de décollage court obtenue en environ cinq mètres. « Aucune charge utile métier » n’a encore été embarquée à ce stade : les essais s’appuient sur des masses de test pour caractériser le comportement de l’appareil avant de passer aux configurations opérationnelles.

La défense aux aguets, mais pas encore à bord

La cible commerciale prioritaire est la logistique de fret sur longue distance, avec des applications potentielles dans l’inspection d’infrastructures linéaires et le relais de communication. Sur la fiche technique, Celeste Ecoflyers annonce six heures d’autonomie batterie et 300 kilomètres de portée. Des panneaux solaires couvrent la surface supérieure de l’aile, une configuration qui tire parti de la lenteur et de la quasi-horizontalité de l’appareil en croisière pour capter davantage d’énergie qu’un drone conventionnel ne pourrait le faire.

La société ne cache pas les contraintes inhérentes au concept : enveloppe de vol réduite, sensibilité aux conditions météorologiques, performances aérodynamiques moins favorables qu’une aile rigide optimisée. Ce sont les termes du compromis que Celeste propose à ses futurs clients : accepter la lenteur et la dépendance aux conditions météo en échange d’un coût opérationnel à la tonne-kilomètre structurellement plus bas.

Du côté de la défense, des discussions exploratoires ont eu lieu avec plusieurs acteurs institutionnels, sans déboucher à ce stade sur un partenariat formalisé. « Beaucoup attendent de voir les validations expérimentales progresser avant d’aller plus loin », reconnaît l’entrepreneur, ajoutant que cette prudence lui semble « compréhensible dans un secteur où de nombreuses annonces restent parfois très théoriques ». Celeste Ecoflyers a, de son côté, fait le choix d’une progression par étapes, fondée sur les résultats d’essais réels plutôt que sur des projections. Un positionnement qui, dans l’univers des drones industriels, commence à faire figure de différenciant.

Photo © Celeste Ecoflyers

Tags:

aéronautiqueCeleste EcoflyersdAS10défensedroneingéniérieinnovationLe HavreOlivier ManetteSainte-Menehouldtechnologie

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