Après les drones, Renault prépare un rover militaire avec John Cockerill
Après les airs, la terre. Quelques semaines après l’annonce de sa collaboration avec Turgis & Gaillard pour produire des drones au Mans, Renault confirme travailler sur un engin terrestre à vocation militaire. Le groupe reste volontairement vague sur le sujet, évoquant un « projet d’étude exploratoire » aux « applications civiles potentielles », mais L’Usine Nouvelle lève une partie du voile : le partenaire serait le groupe belge John Cockerill, dont la branche défense a absorbé le fabricant français de blindés Arquus en 2024.
L’engin en cours de développement n’a rien d’un véhicule de combat classique. Pensé pour la reconnaissance, il ressemble davantage à un rover lunaire qu’à un blindé : compact, équipé de plusieurs caméras suspendues, et de la taille d’une petite voiture. Sa plateforme technique s’appuierait sur des composants existants du groupe Renault, ce qui permet de limiter les délais et les coûts de développement : une approche cohérente avec la philosophie industrielle du constructeur. Les tests seraient en bonne voie, même si une mise en production n’est pas encore à l’ordre du jour. Si le calendrier tient, Renault et John Cockerill pourraient dévoiler un premier prototype au salon Eurosatory en juin prochain.
Produire vite, produire en masse : l’atout Renault
Derrière ces annonces se dessine une tendance de fond. Depuis l’invasion de l’Ukraine, les armées européennes ont compris qu’un conflit de haute intensité se gagne aussi dans les usines. Produire des drones en série, rapidement, à coût maîtrisé : c’est précisément là qu’un constructeur automobile comme Renault dispose d’un avantage structurel sur les acteurs traditionnels de la défense, plus habitués aux programmes décennaux qu’aux lignes d’assemblage en flux tendu.
La Direction générale de l’armement (DGA) l’a bien compris en sollicitant le groupe dès le début de l’année. Pour Renault, l’équation est simple : remplir des usines qui cherchent des volumes, répondre à une demande d’État sécurisée, et potentiellement récupérer des technologies transposables au civil. Pas question pour autant de se muer en industriel de l’armement : la direction l’a dit clairement, et les syndicats y veillent.
À plus long terme, un troisième projet se profile : des véhicules légers militaires dérivés de la gamme Dacia, robustes et économiques, pour transporter des troupes sans le coût d’un blindé conventionnel. La boucle serait presque bouclée : 100 ans après le FT-17, Renault renoue avec une tradition qu’il avait longtemps préféré oublier.
Photo © AFP