Comment Thales UK veut foudroyer les essaims de drones avec son RapidDestroyer
Et si abattre un drone ne coûtait bientôt plus qu’une poignée de centimes ? Au Royaume-Uni, Thales UK vient de franchir une nouvelle étape avec son RapidDestroyer, une arme à énergie dirigée capable de neutraliser des essaims entiers pour quelques centimes. Il y a quelques semaines, sur le site de Pershore, dans le Gloucestershire, le système a neutralisé 80 drones lors d’essais menés avec l’entreprise britannique Teledyne e2v. Un cap qui ouvre de nouvelles perspectives dans la lutte anti-drones (LAD).
Quand abattre un drone ne coûte plus que des centimes
Le RapidDestroyer n’a rien d’un brouilleur ordinaire. Là où les systèmes existants se contentent de perturber les signaux, ce système frappe pour détruire. Il émet un faisceau d’ondes radio à haute intensité qui s’infiltre dans les composants des appareils visés. Privé de son électronique, le drone décroche aussitôt. Les ingénieurs parlent d’une destruction « dure », par opposition au simple brouillage.
Cette précision a d’ailleurs progressé. Pour ces nouveaux essais, Thales et Teledyne e2v ont déployé un émetteur composé de quatre antennes plates. Leur mise en réseau concentre la puissance sur la cible et resserre le faisceau. Conséquence directe : une portée allongée et une frappe quasi instantanée, sans laisser au drone la moindre chance de repartir à l’attaque.
C’est pourtant sur le terrain du coût que le RapidDestroyer fait la différence. Chaque tir revient à dix pence, soit une poignée de centimes. Face à des essaims de mini-drones fabriqués à la chaîne pour quelques dizaines d’euros, l’équation devient enfin favorable au défenseur. Jusqu’ici, intercepter un appareil bon marché à l’aide d’un missile valant plusieurs centaines de milliers d’euros relevait du non-sens économique. Même les drones intercepteurs, apparus en Ukraine pour quelques milliers d’euros pièce, restent loin derrière les dix pence du tir à micro-ondes.
Ukraine, le ciel pour champ d’expérience
Le système ne remplace pas pour autant l’artillerie classique : il la complète. Un seul opérateur le pilote, épaulé par l’intelligence artificielle (IA), et il s’intègre dans des architectures plus larges comme la solution de défense aérienne de Thales ForceShield, aux côtés de missiles tels que le LMM1. Le principe est limpide : les munitions coûteuses pour les cibles de grande valeur, l’énergie dirigée pour les essaims.

Ce calcul n’a rien de théorique. En Ukraine, les drones seraient à l’origine de près de 80 % des pertes au combat. Depuis 2022, les deux armées saturent le champ de bataille, aussi bien pour la surveillance que pour l’attaque. Or les défenses traditionnelles, qui ne visent qu’une cible à la fois, peinent à suivre ce rythme.
Outre-Atlantique, la même course bat son plein. L’US Air Force met au point THOR2, Epirus équipe la marine américaine de son Leonidas, et Washington compte bien franchir un cap : tester en 2026 le programme Meteor, conçu pour abattre non plus des drones, mais des missiles balistiques antinavires. La France, elle, a choisi une autre voie. En août 2025, la Direction générale de l’armement (DGA) a commandé Syderal3, un démonstrateur confié à MBDA, Safran, Thales et Cilas, mais qui mise cette fois sur le laser plutôt que sur les ondes radio. Attendu à l’horizon 2030, il devra neutraliser drones, roquettes et obus de mortier.
Casser l’arithmétique de la saturation
Pour autant, RapidDestroyer n’a rien d’une arme miracle. Sa portée plafonne autour d’un kilomètre, ce qui restreint son usage en haute altitude. Surtout, certains drones échappent au faisceau : ceux qui sont pilotés par fibre optique, par exemple, ignorent les ondes radio. D’autres embarquent des protections contre le brouillage ou des blindages électroniques.
Son large cône d’action pose aussi problème en zone sensible. Comme le souligne Justin Bronk, du Royal United Services Institute (RUSI), l’arme excelle pour défendre une base isolée ou un navire, mais convient mal à un aéroport, où les dégâts collatéraux deviennent menaçants. « C’est un jeu de mesures et de contre-mesures », résume pour sa part un officier britannique.
Reste que RapidDestroyer illustre un véritable tournant. En faisant chuter le coût de l’interception, Londres cherche à briser la logique économique des attaques de masse, tout en renforçant le bouclier collectif de l’OTAN. Porté par le ministère de la Défense, le programme mobilise déjà plus de 135 emplois qualifiés outre-Manche.
Cette montée en puissance soulève toutefois une question de fond. Entre de mauvaises mains, ces technologies pourraient frapper des infrastructures civiles ou museler des populations entières. La course aux armes à énergie dirigée ne fait que commencer. Quant à l’encadrement de ces armes, il reste largement à inventer.
- Lightweight Multi-role Missile ↩︎
- Tactical High-power Operational Responder ↩︎
- SYstème de Défense Énergétique Réactif pour Applications Laser ↩︎
Photo © Thales