À Berlin, Airbus et Helsing rivalisent pour le futur drone de combat de la Luftwaffe
L’ILA Berlin 2026 se transforme en vitrine de la nouvelle rivalité européenne sur les drones de combat. En l’espace de 24 heures, deux industriels y ont abattu leurs cartes. Airbus Defence & Space a ouvert le bal avec son U760 Ravenstorm, dévoilé la veille de l’ouverture. La start-up Helsing a répliqué dès le lendemain avec son CA-1EA. Deux appareils autonomes, deux philosophies, mais un même objectif : épauler les avions de chasse dans les missions les plus exposées.
Ravenstorm : un drone taillé pour le combat multi-domaine
Airbus présente le U760 Ravenstorm comme la prochaine étape de sa feuille de route vers une famille évolutive de drones de combat collaboratifs, les UCCA (Uncrewed Collaborative Combat Aircraft). Exposé sous la forme d’une maquette à l’échelle 1, l’appareil affiche une envergure de 10 mètres pour une longueur de 13 mètres. Sa masse maximale au décollage avoisine les 6 tonnes et il peut emporter plus de 500 kilos de charge utile.
Côté missions, le constructeur voit large. Le Ravenstorm doit frapper des cibles au sol avec des munitions guidées, assurer la défense aérienne avec des missiles de moyenne et longue portée, mais aussi mener la guerre électronique (GE) pour neutraliser les défenses adverses. Sur les visuels présentés, l’entrée d’air installée au sommet du fuselage indique de probables soutes à armement internes, synonymes de discrétion.

Surtout, Airbus capitalise sur 20 ans d’expérience. Le groupe a conçu et fait voler le démonstrateur Barracuda il y a deux décennies, posant des principes qui structurent encore cette catégorie d’appareils. Au cœur du drone, son système de mission maison MARS1 s’appuie sur une brique logicielle dopée à l’intelligence artificielle (IA). Verdict attendu : une disponibilité au début des années 2030, avec une livraison visée pour 2032.
CA-1EA : Helsing parie tout sur la guerre électronique
24 heures plus tard, Helsing change l’angle d’attaque. Là où Airbus vise un drone polyvalent, la pépite de la new defense européenne mise d’abord sur une spécialité : la guerre électronique. Son CA-1EA, lui aussi autonome et piloté par l’IA, a pour mission de brouiller les radars adverses. Ce faisant, il ouvre un couloir aux appareils qui évoluent derrière lui, qu’il s’agisse de drones ou de chasseurs comme l’Eurofighter.
L’industriel part d’un constat simple : frapper ne suffit plus. Face aux défenses aériennes modernes, il faut désormais combiner effets cinétiques et non cinétiques. Le CA-1EA (CA-1 Electronic Attack) vient ainsi enrichir la famille CA-1 Europa, aux côtés du CA-1KA (CA-1 Kinetic Attack), sa variante à effet cinétique. Les deux partagent l’essentiel (cellule, propulsion, logiciel d’autonomie, contrôle au sol) et seule la charge utile les distingue. Une mutualisation pensée pour maîtriser les coûts et simplifier la production.

Helsing avance par ailleurs un argument de poids : sa plateforme CA-1 est conçue et fabriquée par Grob Aircraft, sa filiale du sud de l’Allemagne. Le groupe la présente donc comme la seule solution véritablement européenne pour les forces allemandes et alliées. Côté calendrier, les premiers vols du CA-1KA sont attendus début 2027, pour une capacité opérationnelle initiale en 2029, puis en 2031 pour le CA-1EA.
Airbus et Helsing, frères ennemis de la Luftwaffe
La confrontation ne tient pas du hasard. Les deux groupes visent le même client de référence, la Luftwaffe, et le même rôle : accompagner les futurs Eurofighter en guerre électronique. Tous deux brandissent enfin le même argument de souveraineté, à l’heure où les capitales européennes veulent réduire leur dépendance aux équipements étrangers.
Pourtant, tout les oppose dans la manière. D’un côté, Airbus joue la carte de l’expérience et du système complet, fort de son statut de maître d’œuvre historique. De l’autre, Helsing avance ses atouts de jeune pousse : autonomie pilotée par l’IA et promesse de coûts maîtrisés grâce à une plateforme unique. Et la concurrence s’annonce rude : le MQ-28 Ghost Bat de Boeing, porté en Allemagne par Rheinmetall, et le Gambit de General Atomics visent eux aussi ce marché en pleine ébullition.
Au fond, l’ILA 2026 révèle un basculement. Paris et Berlin viennent d’acter l’abandon du NGF (New Generation Fighter), le chasseur piloté commun du programme SCAF, sans renoncer pour autant au reste de l’écosystème, à savoir le cloud de combat et les effecteurs déportés (remote carrier). Privés de leur futur avion habité, les industriels européens se ruent désormais sur le créneau du drone collaboratif. Reste une question décisive : cette profusion d’offres débouchera-t-elle sur des programmes communs, ou sur une nouvelle fragmentation, chaque pays soutenant son champion national ? De ce choix dépendra la place de l’Europe sur le segment stratégique du drone de combat.
Photo © Gareth Jennings (X)
- Multiplatform Autonomous Reconfigurable and Secure ↩︎