Griffon, Serval, VAB : Chypre envisage une restructuration de ses forces terrestres avec la France
Depuis l’attaque d’un drone iranien contre la base britannique d’Akrotiri en mars 2026, Chypre n’est plus seulement un îlot de stabilité relative en Méditerranée orientale. L’île négocie en parallèle avec Paris l’acquisition de plus de 150 véhicules blindés : un programme qui traduit une réorientation stratégique engagée bien avant la crise.
Selon La Tribune, Nicosie discute activement avec KNDS France, Arquus et Texelis d’un programme de grande envergure : environ 80 Griffon et une centaine de Serval, auxquels s’ajouterait la rénovation d’une fraction de la flotte de VAB1 dont dispose la garde nationale (Ethnikí Frourá), des engins livrés entre 1985 et 1988 qui commencent sérieusement à accuser leur âge. Certains Griffon et Serval pourraient en outre embarquer des missiles antichars Akeron MP de MBDA.
Derrière le contrat, un mécanisme bien rodé
Pour financer l’opération, Nicosie compte sur le mécanisme SAFE (Security Action for Europe), le nouveau bras armé financier de l’Union européenne dédié aux achats de défense. Le principe : des prêts bonifiés, sous réserve qu’une large part de la chaîne industrielle reste européenne. La capacité d’emprunt chypriote est plafonnée à 1,18 milliard d’euros, suffisant pour avancer, pas pour tout financer, d’où les arbitrages en cours entre commandes neuves et rénovations.
Côté exécution, c’est la Direction générale de l’armement (DGA) qui tiendrait le stylo. L’agence achète, puis transfère : un modèle calqué sur le FMS (Foreign Military Sales) américain que Paris a progressivement rodé depuis la fin des années 2010. La Belgique, l’Estonie, le Danemark et la Slovénie y sont passés avant Chypre, pour des canons CAESAr ou des Mistral 3. L’île n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai : en mai 2025, lors du salon DEFEA à Athènes, douze Sherpa armés d’Akeron MP avaient déjà été commandés via ce canal.
Rénovation ou renouvellement : le dilemme chypriote
Arquus pousse à rénover un maximum de VAB : 80 exemplaires sont sur la table. KNDS France, de son côté, cherche à orienter Nicosie vers davantage de Griffon et Serval, deux plateformes intégrées dans le réseau de combat numérisé Scorpion qui permettent un partage de données en temps réel entre unités. Un argument opérationnel solide, mais qui a un coût.
Début mars 2026, la base aérienne britannique d’Akrotiri a encaissé une frappe de drone iranien, quelques heures après que Londres ait autorisé Washington à utiliser ses bases contre Téhéran. Une première sur le territoire d’un pays de l’Union européenne depuis le début du conflit au Moyen-Orient. La réaction a été immédiate : Paris a annoncé le déploiement de la frégate Languedoc dotée de systèmes antimissiles et anti-drones. Athènes a envoyé deux frégates et des F-16. Nicosie, qui martèle son rôle strictement humanitaire dans la crise, se retrouve malgré elle en première ligne.
Ce contexte donne une tout autre résonance au programme blindés en cours de finalisation. La Grèce voisine n’est pas en reste : Athènes a annoncé 25 milliards d’euros de réarmement sur dix ans, et KNDS France a signé en avril 2025 un accord industriel avec le groupe grec METLEN pour produire localement le VBCI2 Philoctète, un 8×8 armé d’un canon 40 mm et compatible Akeron MP. L’ancrage français dans la Méditerranée orientale se dessine véhicule après véhicule.