Caméléon, Centaure : la DGA muscle les communications spatiales des armées françaises
La Direction générale de l’armement (DGA) resserre les mailles de son réseau spatial militaire. Coup sur coup, pendant le salon Eurosatory, elle a notifié deux accords-cadres, officialisés début juillet. Le premier, Caméléon, revient à la deeptech française Greenerwave. Le second, Centaure, va à Eutelsat, dans le cadre du programme Nexus. Deux signatures qui répondent à un même impératif : donner aux forces françaises une connectivité plus dense et plus résistante, alors que le contexte stratégique mondial évolue vite.
7 ans et 120 millions d’euros pour réinventer les terminaux SATCOM
Le 17 juin, la DGA a notifié l’accord-cadre Caméléon à Greenerwave. La société travaille aux côtés d’Airbus Defence & Space et de Thales pour donner naissance à une nouvelle génération d’antennes dites intelligentes. Leur particularité : elles orientent les ondes électromagnétiques sans recourir à une électronique lourde, ce qui allège à la fois le poids, le coût et la consommation énergétique des équipements.
L’enjeu dépasse la seule prouesse technique. La DGA vise aussi des terminaux SATCOM plus polyvalents, capables de regrouper en un seul boîtier des fonctions que plusieurs systèmes se partageaient jusqu’ici. Fixes ou embarqués sur un avion, un navire ou un véhicule, ces terminaux doivent couvrir tout le spectre des besoins opérationnels. L’accord-cadre court sur sept ans maximum, avec un budget qui ne dépasse pas 120 millions d’euros. Il englobe l’ensemble du cycle : conception, tests de validation, puis fabrication en série.
Pour Greenerwave, ce contrat vient couronner une relation de longue date avec le ministère des Armées. Elle s’est construite au fil de plusieurs projets que l’Agence de l’innovation de défense (AID) a soutenus. Le lien s’est encore renforcé en 2024, quand le Fonds innovation défense est entré à son capital.
Communiquer sur le champ de bataille, un enjeu aussi stratégique que l’armement
La veille, le 16 juin, la DGA a notifié à Eutelsat le marché Centaure, qui s’inscrit dans l’accord-cadre Nexus (Neo-Espace pour de multiples usages sécurisés). L’objectif : lever les restrictions d’accès à la constellation OneWeb pour les forces françaises. Ces satellites évoluent en orbite basse (LEO), donc plus près de la Terre que les satellites militaires classiques, et promettent des liaisons plus réactives et plus denses.
En associant son système militaire Syracuse IV à des constellations civiles comme OneWeb, la DGA change de logique. Elle ne mise plus sur un seul type de satellite, mais construit un maillage hybride, plus difficile à saturer ou à neutraliser en cas de crise.
Ces deux accords poursuivent un même but : donner aux armées françaises les débits et les latences nécessaires au combat collaboratif. Concrètement, avions, radars, navires, véhicules terrestres et centres de commandement doivent échanger l’information en temps réel. L’objectif : gagner en précision et en réactivité sur le terrain.
En misant sur deux fournisseurs aux approches complémentaires, la DGA construit une résilience qui ne dépend plus d’un seul maillon. Une stratégie qui prend tout son sens dans un environnement spatial de plus en plus contesté. Le conflit en Ukraine l’a montré avec Starlink : une constellation, même civile, pèse désormais autant sur le champ de bataille qu’un système d’armes. Demain, savoir communiquer comptera autant que savoir frapper.
Image © Greenerwave
