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U145 : comment Airbus apprend à son best-seller à voler seul

Pierre SAUVETON
10 juin 2026 3 Mins de lecture

Airbus Helicopters lève le voile sur le U145, une version sans pilote de son hélicoptère léger H145. L’industriel européen en présente une maquette grandeur nature au salon ILA Berlin, qui ouvre ses portes ce 10 juin 2026. Pour Airbus, le sens de la manœuvre ne fait pas de doute : demain, une partie des missions de transport tactique se passera de pilote.

Du H145 au U145 : la recette de l’éprouvé

Plutôt que de tout réinventer, Airbus s’appuie sur une valeur sûre. Le H145 vole déjà à plus de 1 800 exemplaires dans le monde, pour des missions militaires et civiles, et totalise plus de 8,5 millions d’heures de vol. Le U145 hérite donc d’une cellule mature, de sa motorisation et de sa charge utile.

Ce choix change la donne. En réutilisant un appareil certifié, le groupe espère raccourcir les délais, limiter les risques de développement et offrir d’emblée un écosystème de maintenance rodé. « Avec le U145, nous proposons à nos clients une version autonome et sans pilote de notre H145 », résume Matthieu Louvot, le nouveau patron d’Airbus Helicopters.

Airbus connaît la musique : le VSR700, dérivé du Cabri G2 de Guimbal, fut son premier hélicoptère converti en drone. Le U145 reprend la recette, mais en bien plus gros.

Adieu le cockpit, bonjour la soute

La principale rupture saute aux yeux : le cockpit disparaît. Faute de pilote à bord, Airbus libère tout le volume avant pour la charge utile. Les ingénieurs ont ajouté une porte de nez en coquille, une table de chargement repliable et un plancher cargo renforcé, de quoi charger et décharger vite, même sur des terrains sommaires.

Avec une masse maximale au décollage de 3 800 kg, le U145 vise d’abord le transport de fret en volume. Une suite de capteurs dédiée et une couche d’intelligence artificielle (IA) doivent lui assurer une autonomie complète, du décollage à la livraison. Le premier vol, prévu fin 2026, se fera toutefois avec un pilote de sécurité à bord. L’entrée en service, elle, est attendue au début de la prochaine décennie.

u145 airbus helicopters
Photo © Airbus Helicopters

Airbus présente le U145 comme une solution « agnostique », adaptable à de nombreux usages. Côté civil, le constructeur cite la lutte contre les incendies et la gestion de catastrophes. Côté militaire, l’appareil pourrait ravitailler des positions avancées sans exposer d’équipage. Une réponse directe aux leçons du conflit en Ukraine, où les lignes logistiques paient un lourd tribut aux drones et aux frappes de longue portée.

Le groupe voit même plus loin. Le U145 pourrait servir d’éclaireur armé, de plateforme de surveillance ou de « drone mère » lançant de petits effecteurs et des munitions rôdeuses, un volet sur lequel Airbus s’associe au missilier MBDA. Il devrait aussi voler aux côtés d’hélicoptères pilotés, dans une logique d’équipage augmenté.

Un marché de plus en plus disputé

Cette annonce ne tombe pas par hasard. Outre-Atlantique, Airbus U.S. Space & Defense développe déjà le MQ-72C pour l’US Marine Corps, avec Shield AI, L3Harris et Parry Lab, à partir du Lakota UH-72B. Le U145, lui, se veut un développement pleinement européen, en phase avec la volonté du continent de muscler ses capacités souveraines.

Le calendrier reste serré, et le marché, de plus en plus disputé. Sikorsky pousse son U-Hawk dérivé du Black Hawk, tandis que Boeing étudie une version sans pilote du Chinook. Mais en misant sur un appareil déjà produit en série, Airbus tient peut-être son meilleur atout : la maturité. Si les essais tiennent leurs promesses, le constructeur pourrait figurer parmi les premiers à aligner un drone-hélicoptère certifié de cette catégorie.

Reste une inconnue de taille. Faire voler un cargo autonome sur un trajet balisé est une chose ; le rendre fiable face au brouillage GPS, à la guerre électronique et aux obstacles imprévus en est une autre. C’est sur ce terrain, bien plus que sur la cellule, que se jouera vraiment la crédibilité du U145.

Photo © Airbus Helicopters

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