Combined DefendAir-DEWS-L : le système anti-drones hybride de MBDA
On connaît l’équation qui inquiète les états-majors : un drone kamikaze coûte quelques milliers d’euros, alors que le missile chargé de l’abattre vaut parfois cent fois plus. Pour rééquilibrer la balance, MBDA Deutschland vient de dévoiler à l’occasion du salon ILA de Berlin, une nouvelle solution anti-drones baptisée Combined DefendAir-DEWS-L. Son principe tient en une phrase : associer sur une même plateforme un missile et un laser de haute énergie.
Le laser pour le proche, le missile pour la distance
L’idée repose sur la complémentarité. D’un côté, le laser DEWS-L traite les menaces proches pour un coût quasi nul, à peine celui de l’électricité consommée par tir. De l’autre, le missile DefendAir étend la portée. Résultat, deux bulles d’interception qui se chevauchent et couvrent des distances différentes.
Côté chiffres, la configuration présentée embarque deux lanceurs de douze coups, soit 24 missiles DefendAir, dont la portée atteint cinq kilomètres. Le laser, lui, vise jusqu’à quatre kilomètres avec une puissance prévue de 50 kW. Surtout, il ne s’épuise pas : un tampon de stockage et un refroidissement actif l’alimentent en continu, sans temps mort. Chaque drone neutralisé demande alors deux à trois secondes, ce qui permet d’enchaîner les cibles.

Or le défi tient désormais dans le nombre. Pour affronter les essaims, MBDA prévoit trois radars Spexer de Hensoldt, capables de suivre jusqu’à 300 drones simultanément ; le système peut en engager une centaine. Quant au déploiement, il mise sur la souplesse : monté sur une interface ISO normalisée, l’ensemble s’installe aussi bien sur une position fixe que sur un camion, formule aujourd’hui privilégiée.
MBDA vise une mise en service avant 2030
Cette brique s’inscrit dans une dynamique industrielle déjà bien engagée. La Bundeswehr a en effet retenu le DefendAir comme armement secondaire du char antiaérien Skyranger 30, et la production en série est attendue autour de 2029. Ce calendrier colle avec l’ambition affichée par MBDA : atteindre une première capacité opérationnelle avant la fin de la décennie, à condition de trouver un client. Pour Guido Brendler, responsable du développement commercial chez MBDA Deutschland, la logique tient en une formule : « S’il y a plus d’un drone, il vous faut plus d’une solution. »
Reste à transformer l’essai. Le Combined DefendAir-DEWS-L demeure un POC (proof of concept), et la maturité des armes laser progresse encore. Néanmoins, la trajectoire paraît claire. Puisque les essaims de drones s’imposent comme une menace banale sur les champs de bataille, un bouclier rapproché, bon marché et capable de traiter la masse devient la condition pour protéger aérodromes, nœuds logistiques et postes de commandement. MBDA entend bien y planter son drapeau.
Photo © MBDA