OpexNews
  • ACCUEIL
  • À PROPOS
  • NOUS CONTACTER
OpexNews

Tapez et appuyez sur Entrée pour effectuer la recherche

OpexNews
  • ACCUEIL
  • À PROPOS
  • NOUS CONTACTER
OpexNews

Tapez et appuyez sur Entrée pour effectuer la recherche

Actualités

Grèce : Naval Group sort le grand jeu avec son Blacksword Barracuda

Pierre SAUVETON
13 avril 2026 3 Mins de lecture

Il y a des équipements militaires qui durent. Et d’autres qui durent trop longtemps. Dans la marine de guerre hellénique (Polemikó Naftikó), certains sous-marins en service aujourd’hui ont été mis à l’eau avant 1974 – l’année où la Grèce sortait de sept ans de dictature militaire pour renouer avec la démocratie. La junte des colonels est tombée, les sous-marins sont restés. 50 ans plus tard, ces bâtiments de la classe 209, conçus en Allemagne dans les années 1960, naviguent encore dans l’Égée. Le constat est difficile à ignorer : il est grand temps de tourner la page.

L’urgence n’est pas seulement technique. Elle est géopolitique. La Turquie investit massivement dans ses capacités navales (nouveaux Type 214 sortis des chantiers d’Istanbul, programme de sous-marins de conception nationale en cours) et pourrait aligner une douzaine d’unités modernes dès les années 2030. Dans ce contexte, Athènes ne peut pas se permettre de temporiser.

En 2025, le ministère de la Défense grec Níkos Déndias a donc formellement sollicité les grands constructeurs mondiaux. La réponse de Naval Group est arrivée en décembre : quatre sous-marins Blacksword Barracuda, pour remplacer les vieux 209 en bout de course.

Un sous-marin qui sent le nucléaire… sans l’être

Le Blacksword Barracuda a quelque chose d’un peu paradoxal. C’est un sous-marin conventionnel qui doit beaucoup à un sous-marin nucléaire. Son ancêtre direct est le Suffren, le fleuron de la Marine nationale, dont il hérite la silhouette en goutte d’eau, l’architecture interne et une bonne partie des standards acoustiques. Sauf que là où le Suffren embarque un réacteur, le Blacksword tourne avec des batteries. Mais pas n’importe lesquelles.

Naval Group a fait le choix tranché des accumulateurs lithium-ion, abandonnant au passage les systèmes AIP qui équipent notamment les Type 214 grecs actuels. Ces modules à combustible (hydrogène pour les Allemands, éthanol pour d’autres) offrent une longue endurance à basse vitesse, mais imposent une contrainte rédhibitoire en opérations : revenir au port pour se réapprovisionner en réactifs. Une dépendance logistique que le contexte actuel, avec des infrastructures portuaires potentiellement vulnérables aux frappes de précision, rend de plus en plus problématique.

Les batteries lithium-ion fonctionnent autrement. Le sous-marin monte en schnorchel1, lance ses diesels, recharge en quelques heures, repart. Pas besoin de rentrer à la base. La disponibilité s’en trouve améliorée, la liberté de manœuvre aussi. Et contrairement aux vieilles batteries au plomb, le lithium-ion délivre sa puissance maximale quel que soit l’état de charge : un avantage concret lorsqu’il s’agit d’éviter une torpille ou de filer à grande vitesse pour changer de zone de patrouille.

En chiffres, ça donne : 70 jours d’autonomie globale, une vitesse de pointe de 20 nœuds en plongée, une immersion prolongée de 12 à 15 jours sans schnorchel, 82 mètres de long pour 3300 tonnes. Et une capacité d’emport de 30 armements (torpilles, missiles de croisière, mines, drones sous-marins) répartis sur six tubes. Ce n’est pas rien pour un sous-marin conventionnel.

Un ancrage industriel déjà rodé

Naval Group n’arrive pas les mains vides côté industrie locale. Le programme des frégates de défense et d’intervention (FDI) ; dont le premier exemplaire grec, le Kimon, a été livré fin 2025 ; a servi de laboratoire pour construire un réseau de partenaires helléniques. Plus de 70 entreprises grecques, 120 contrats signés depuis 2022 : la mécanique est en place.

Pour les sous-marins, deux accords structurants ont été conclus. METLEN pourrait fabriquer les tronçons de coque, les chantiers de Skaramangas assurer l’assemblage final. Le scénario envisagé : le premier exemplaire construit à Cherbourg, pendant que les équipes grecques se forment sur le tas, les suivants réalisés localement. Une logique de transfert industriel que Naval Group a déjà pratiquée en Inde et au Brésil dans le cadre du programme Scorpène.

Reste que Naval Group n’a pas le champ libre. TKMS, qui fournit les sous-marins grecs depuis un demi-siècle, sera difficile à déloger. Les Suédois de Saab avancent avec leur A26, les Italiens de Fincantieri avec le U212NFS, les Sud-Coréens de Hanwha avec le KSS-III. La compétition s’annonce sérieuse.

Ce qui plaide pour les Français, c’est une référence commerciale récente et solide : les Pays-Bas ont choisi ce même Barracuda en 2024, au terme d’une sélection rigoureuse face à TKMS et au tandem Saab-Damen. La Grèce ne serait donc pas cobaye d’une technologie expérimentale, mais deuxième client d’un programme déjà enclenché.

Si Athènes veut son premier sous-marin en 2035, la signature du contrat devra intervenir avant 2028. Le temps presse, les dossiers sont sur la table. La décision, elle, appartient aux Grecs.

  1. Tube hissable à l’immersion périscopique, permettant à un sous-marin de faire fonctionner ses moteurs Diesel, alimentant ces derniers en air sans avoir à faire surface ↩︎

Image © Naval Group

Tags:

BarracudaBITDBlacksword BarracudaCherbourgdéfenseFincantieriGrèceHanwhalithium-ionmarineMETLENnavalNaval GroupNíkos DéndiasPolemikó NaftikóSaabsous-marinSuffrenTKMS

Partager l'article

Les articles récents

Blacksword Barracuda naval group
Grèce : Naval Group sort le grand jeu avec son Blacksword Barracuda
Pierre SAUVETON
louise boucher
Louise Boucher (Sisyphus Ventures) : « Il ne faut pas se cacher derrière le mot souveraineté »
Pierre SAUVETON
samp/t turquie eurosam
Sous pression iranienne, la Turquie repart à la chasse au SAMP/T
Pierre SAUVETON
marine nationale camcopter
La Marine Nationale commande cinq nouveaux drones embarqués Camcopter S-100
Pierre SAUVETON
mazarvision
MizarVision, l’œil chinois qui inquiète le Pentagone
Pierre SAUVETON

Nous contacter

À propos

Catégories
Actualités 202
Brèves 45
Critique 15
Focus 77
Interview 22
Reportages 1
OpexNews

Comprendre et faire vivre les enjeux de défense, de la BITD et du renseignement.

OPEXNEWS © 2026. Tous droits réservés