Airbus et son intercepteur Bird of Prey entrent dans la chasse aux drones kamikazes
Les drones kamikazes bouleverse l’art de la guerre. Peu chers, difficiles à intercepter, ils saturent les défenses adverses sur tous les théâtres d’opérations contemporains, de l’Ukraine au Moyen-Orient. Le problème n’est pas seulement tactique, il est économique : neutraliser un engin à quelques dizaines de milliers d’euros avec un missile à plus d’un million de dollars n’est tout simplement pas tenable à grande échelle. Des start-ups agiles ont déjà investi ce créneau, certaines avec des systèmes déjà éprouvés en conditions réelles en Ukraine. Airbus Defence & Space entre maintenant dans la course, avec ses propres arguments.
Le Bird of Prey a effectué son premier vol de démonstration dans le nord de l’Allemagne. Le scénario était volontairement concret : repérer seul un drone d’attaque à usage unique, l’identifier, puis l’abattre. Mission accomplie. L’intercepteur a localisé la cible de manière autonome avant de tirer un missile air-air Mark I, développé par la start-up estonienne Frankenburg Technologies.
Neuf mois entre le lancement du projet et ce premier vol. Pour un grand industriel européen, habitué aux cycles de développement interminables, c’est une cadence qu’on ne lui connaissait pas vraiment.
Dans la course, mais avec du retard à rattraper
L’appareil lui-même est compact : 2,5 mètres d’envergure, 160 kg au décollage. Il dérive d’un drone cible existant, le Do-DT25, et se lance sur rail. Lors du test, il emportait quatre missiles. La version de série pourra en transporter le double.
Le missile Mark I pèse moins de deux kilos, mesure 65 centimètres et porte à 1,5 kilomètre en mode tire-et-oublie. Sa charge à fragmentation neutralise la cible sans impact direct. Conçu dès le départ pour une fabrication en grande série, son coût unitaire reste délibérément contenu, c’est précisément ce qui change la donne face à des drones d’attaque produits par centaines. Le drone intercepteur, lui, est réutilisable. Capable d’engager plusieurs cibles par mission, il répond enfin à la logique asymétrique qui, jusqu’ici, favorisait systématiquement l’attaquant.
Le Bird of Prey n’est pas pensé comme une solution autonome. Il est conçu pour s’intégrer dans les architectures OTAN existantes via l’IBMS (Integrated Battle Management Software), le système de gestion de bataille d’Airbus. Mobile, modulaire, complémentaire, il vient renforcer des dispositifs multicouches sans les remplacer. Mike Schoellhorn, patron d’Airbus Defence & Space, est direct sur le sujet : « L’intégration du Bird of Prey dans l’IBMS agit comme un multiplicateur de forces. » Des essais avec ogive réelle sont prévus tout au long de 2026, avant présentation aux premiers clients potentiels.
La course entre le drone d’attaque bon marché et l’intercepteur crédible a déjà commencé – sans Airbus. Des start-ups agiles comme Alta Ares ont pris de l’avance, certaines avec des systèmes déjà rodés sur le terrain ukrainien. Le géant européen débarque avec ses atouts : profondeur industrielle, interopérabilité OTAN, capacité à produire en volume. Reste à confirmer que la vitesse d’exécution entrevue sur ce programme n’était pas une exception.
Photo © Airbus Defence & Space