Le CNES va déployer des drones pour protéger ses lancements à Kourou
La sécurité des sites stratégiques se réinvente, et Kourou ne fait pas exception. Le Centre national d’études spatiales (CNES) vient de lancer un appel à propositions pour déployer un essaim de drones collaboratifs au Centre spatial guyanais (CSG). Objectif : renforcer la surveillance du site et moderniser ses opérations, dans le cadre d’un programme de transformation plus large.
Derrière ce projet, le programme FDS (Flexible, Digital et Soutenable), un chantier de cinq ans à 104 millions d’euros que le CNES revendique comme un acte européen. Son périmètre est ambitieux : réduction de l’empreinte carbone, sobriété énergétique, verdissement des infrastructures, transformation digitale profonde, mais aussi une meilleure agilité opérationnelle pour servir tous les types de satellites, des géostationnaires aux CubeSats. Une vision qui place le CSG dans une trajectoire de modernisation cohérente avec les exigences du spatial européen de demain.
Concrètement, l’appel d’offres publié le 4 mars prévoit un système de preuve de concept (POC) couvrant une palette de missions étendue : rondes périmétriques, levées de doute, surveillance des transferts de matériels, inspection des installations, gestion de crise et appui lors des chronologies de lancement. Ces dernières constituent précisément les séquences les plus sensibles. Le 28 avril prochain, Ariane 6 décollera de Kourou dans sa configuration à quatre propulseurs pour placer en orbite 32 nouveaux satellites de la constellation Amazon Leo, le deuxième vol d’une série de 18 missions contractualisées avec ArianeGroup. Un carnet de commandes qui fait d’Amazon le principal client d’Arianespace, alors que la constellation Project Kuiper, en retard sur Starlink, cherche à accélérer son déploiement. Autant dire que la sécurisation de ces fenêtres de tir n’a rien d’anodin.
Aujourd’hui assurée par les Forces armées en Guyane (FAG), avec hélicoptères Fennec, Puma et parfois des Rafale pour les missions de souveraineté, cette sécurité pourrait demain s’appuyer sur des drones autonomes. Le CNES vise un premier déploiement opérationnel d’ici le dernier trimestre 2026, pour une phase de tests de 18 mois.
Cette initiative vient compléter le projet « Nouvelle Génération » du CSG, estimé à 140 millions d’euros, qui prévoit la modernisation des salles blanches, une nouvelle station radar et le déploiement d’une ferme solaire.
À l’heure où les incursions de drones sur des sites sensibles se multiplient en Europe, des centrales nucléaires aux bases militaires, la question de la surveillance périmétrique est devenue un sujet brûlant pour tous les opérateurs d’infrastructures critiques. Le CSG n’échappe pas à cette réalité. En misant sur une flotte autonome et collaborative, le CNES entend moderniser la protection d’un site spatial de premier plan mondial, tout en s’inscrivant dans une dynamique plus large où drones et systèmes autonomes s’imposent progressivement comme des outils incontournables de la sécurité des installations stratégiques.
Photo © Etat-major des Armées