Cobra 600 : le drone allemand qui transforme l’IRIS-T en intercepteur longue portée
L’Allemagne vient de lever le voile sur une arme inédite. Lors du salon ILA 2026 de Berlin, le groupe Diehl Defence a présenté le Cobra 600, un drone à réaction conçu pour emporter un missile IRIS-T et démultiplier la portée des batteries antiaériennes au sol. Baptisé AirLAS (Airborne Launching and Attack System), ce projet lancé en 2025 illustre une nouvelle façon de penser la défense du ciel.
L’idée est limpide : celle d’un « taxi à missile ». Concrètement, le drone transporte l’IRIS-T à plusieurs centaines de kilomètres de sa position de départ, puis le tire une fois la cible désignée. Développé avec la start-up Polaris Raumflugzeuge, l’appareil mesure six mètres de long – d’où son nom – et adopte une aile delta propulsée par deux microréacteurs JetCat, sa cellule pouvant en accueillir quatre. Grâce à son train rentrant, il décolle aussi bien d’une piste classique que d’un tronçon d’autoroute.
L’intérêt saute aux yeux quand on compare les portées. Là où l’IRIS-T SLS atteint environ douze kilomètres et l’IRIS-T SLM une quarantaine, le Cobra 600 projette le même missile jusqu’à 400 kilomètres. Le drone reste toutefois tributaire du système sol : un radar détecte la menace, transmet les coordonnées par liaison de données, et le missile verrouille ensuite la cible grâce à son autodirecteur infrarouge. Faute de capteurs embarqués, l’engin ne vaut donc rien seul. En revanche, il peut patrouiller une zone, guetter l’apparition d’une menace et servir d’avant-poste de tir.

Le luxe du jetable
L’industriel allemand insiste sur un atout décisif : le Cobra 600 se veut récupérable, consommable et abordable. Autrement dit, le centre des opérations pourra l’engager sans redouter une perte ruineuse, contrairement à un missile sol-air longue portée hors de prix.
Cette philosophie ne sort pas de nulle part. Elle prolonge les leçons de l’Ukraine, où les Shahed russes (Geran) – parfois armés d’un vieux missile R-60 – ont brouillé la frontière entre drone et intercepteur. Diehl Defence propose ici une réponse occidentale, plus performante et mieux intégrée aux systèmes existants.
Reste à transformer l’essai. Les premiers vols, menés avec un missile factice, ont déjà eu lieu, et au moins un pays intéressé cofinance le programme. Plusieurs questions doctrinales et éthiques demeurent, notamment sur l’autonomie de tir. Le Cobra 600 incarne pourtant une tendance de fond : après des décennies de désinvestissement, les armées veulent des défenses plus souples, plus nombreuses et moins coûteuses. Diehl tient peut-être là une carte stratégique sur le marché européen.