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VBAE : Paris et Bruxelles s’entendent sur les caractéristiques du futur blindé léger

Pierre SAUVETON
22 mai 2026 4 Mins de lecture

Il y a quelque chose d’un peu vertigineux à regarder la liste des véhicules qui ont, un jour ou l’autre, prétendu succéder au véhicule blindé léger (VBL). On y trouve des noms oubliés, des maquettes de salon, des promesses industrielles enterrées dans des rapports parlementaires. Et pourtant, le VBL continue de rouler. En 2035, il aura près de 45 ans de service. Son successeur, le véhicule blindé d’aide à l’engagement (VBAE), n’a toujours pas quitté la planche à dessin.

Le bal des démonstrateurs

Tout commence, ou presque, dans les ateliers de Panhard. En 2012, l’industriel présente le Combat and Reconnaissance Armored Buggy (CRAB). Le véhicule est ambitieux : 8 à 10 tonnes, systèmes téléopérés, missiles antichars, mitrailleuse de 12,7 mm. Sur le papier, le véhicule a tout pour séduire. Dans les faits, l’armée de Terre n’a tout simplement pas les moyens de se l’offrir. Le CRAB rejoint les tiroirs, et Panhard avec lui, puisque l’entreprise sera rachetée quelques années plus tard par Arquus.

Arquus joue sa carte à Eurosatory en 2018. Le Scarabee fait sensation. Propulsion hybride, deux directions indépendantes pour un rayon de braquage inférieur à 5 mètres, blindage modulaire, capacité téléopérée. L’industriel n’est pas avare de superlatifs : le véhicule va « révolutionner les standards de mobilité et de motorisation ». Le mot démonstrateur n’est pas encore prononcé, mais il rôde déjà dans les couloirs. Le Scarabee sera présenté à l’export en 2021 à l’IDEX d’Abu Dhabi. Sans succès. Quelques années plus tard, Emmanuel Levacher, le PDG d’Arquus lui-même reconnaîtra devant les sénateurs que le futur VBAE sera « très certainement différent ».

Dans l’ordre : CRAB de Panhard / MOSAIC de Soframe / Hawkei de Thales / Scarabee d’Arquus

Entre-temps, d’autres industriels ont tenté leur chance. L’Alsacien Soframe propose le MOSAIC, Thales mise sur le Hawkei australien. Le marché fait de la résistance. Les industriels défilent, les brochures s’accumulent, et le successeur du VBL continue de rouler.

Le VBAE rattrapé par la réalité budgétaire

Le tournant arrive avec le partenariat CaMo (capacité motorisée), scellé entre Paris et Bruxelles. Plutôt que de développer un successeur du VBL en solitaire, la France choisit de s’associer à la Belgique, dont l’armée partage des équipements SCORPION et des ambitions capacitaires proches. En décembre 2023, l’OCCAr1 notifie un contrat de préconception à un groupement formé par Arquus et KNDS France, pour un montant de 15 millions d’euros et une durée de deux ans. C’est modeste, mais c’est un début.

John Cockerill Defense, qui a finalisé le rachat d’Arquus en juillet 2024, entre dans la danse côté belge. L’industriel liégeois n’est pas un inconnu du segment : il développe depuis plusieurs années l’i-X, un véhicule blindé léger et rapide déjà testé par les opérationnels belges, dont les enseignements techniques alimenteront directement les travaux sur le VBAE. Le programme prend ainsi une dimension industrielle transnationale. En janvier 2025, l’architecture préliminaire est définie. Pour la première fois depuis des années, le VBAE ressemble à un programme réel plutôt qu’à un exercice de style.

La fenêtre d’optimisme est de courte durée. En avril 2025, la révision de la loi de programmation militaire (LPM) 2024-2030 reporte la commande sans date précise. Les 180 VBAE prévus en livraison avant 2030 s’évaporent, et la cible globale du programme chute de 1 440 à 886 exemplaires pour les années suivantes. Devant les députés, le chef d’état-major de l’armée de Terre, le général Pierre Schill, met les pieds dans le plat : la proposition est « trop chère, trop tardive et trop technologique ». Derrière les trois adjectifs, un avertissement sans ambiguïté pour l’industrie : l’armée ne cherche pas un bijou technologique, elle cherche de la masse, livrable rapidement et à un prix soutenable.

CaMo tient ses promesses, le VBAE doit tenir les siennes

La dronisation du champ de bataille s’invite dans le débat. L’Ukraine a démontré qu’un véhicule léger visible est une cible facile. Le concept d’emploi doit être repensé. Et pendant ce temps, Français et Belges semblent ne pas tout à fait vouloir le même véhicule.

A gauche : le général Patrick Justel / A droite : le général Jean-Pol Baugnée / Photo © Armée de Terre

Mais ce 19 mai 2026, les généraux Jean-Pol Baugnée côté belge et Patrick Justel (MGAT2) côté français ont posé leur signature sur le document que tout le monde attendait. Le VBAE a enfin un visage : compact, furtif, électrique, taillé pour épauler les Jaguar et les Leclerc au plus près du contact, capable de s’enfoncer loin en reconnaissance pour collecter du renseignement spécialisé, et de servir de poste de commandement avancé quand la manœuvre l’exige. Trois missions, un seul engin. Sobre dans sa définition, exigeant dans ses objectifs.

Ce qui se joue derrière cette signature dépasse le simple cahier des charges. C’est une nouvelle étape du partenariat CaMo qui s’ouvre, cette ambition franco-belge de construire ensemble des capacités terrestres modernes et interopérables. Les livraisons de Griffon, de Jaguar et de Serval à la composante terrestre belge ont déjà prouvé que la coopération pouvait tenir ses promesses. Le VBAE, lui, avait jusqu’ici résisté à toute tentative de définition commune. Désormais, les deux armées parlent d’une même voix, et l’industriel sait ce qu’on attend de lui : un véhicule efficace, livrable dans des délais raisonnables, à un prix que les budgets de défense pourront absorber sans grimace.

15 ans après le CRAB, le programme a survécu à ses propres contradictions, à ses faux départs et à ses démonstrateurs oubliés. L’histoire du VBAE entre-t-elle enfin dans son acte final ? À en juger par les quinze années qui précèdent, la prudence s’impose. Ce qui est certain, c’est que le verrou qui bloquait le programme vient de sauter. Il reste maintenant à faire ce que personne n’a encore réussi : livrer un successeur au VBL.

  1. Organisation conjointe de coopération en matière d’armement ↩︎
  2. Major Général de l’Armée de Terre ↩︎

Photo © John Cockerill

Tags:

Armée de TerreArquusBelgiqueCaMoCapacité MotoriséeCombat and Reconnaissance Armored BuggyCRABFranceHawkeii-XJohn Cockerill DefenseKNDS FranceMOSAICOCCARPanhardScarabeeScorpionSoframeThalesVBAEVBLVéhicule blindé d'aide à l'engagementvéhicule blindé léger

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