Une capture de chef d’État ne ressemble pas à une « opération » au sens banal du terme. Ce n’est pas une manœuvre destinée à durer. C’est un coup, une fenêtre, une course contre la montre. Si Nicolás Maduro et son épouse ont bien été appréhendés à Caracas, à l’aube du 3 janvier 2026, puis exfiltrés vers les États-Unis, il faut lire l’événement comme un raid stratégique (Operation Absolute Resolve) au sens strict : obtenir un effet politique massif, avec une empreinte militaire minimale.
Avant le tir : la bataille de la certitude
Dans ce type d’action, tout se joue bien avant le premier tir. La vraie bataille, c’est la certitude. Pour Oussama Ben Laden, à Abbottabad (Pakistan) en 2011, il a fallu des mois d’enquête et de surveillance pour être capable de dire : « il est là ». À Caracas, l’exercice est plus cruel encore : un président bouge, se déplace sous protection, change d’itinéraire, se cache au milieu de ses propres forces.
La localisation doit être « au présent », pas « probable ». Cela suppose, en pratique, un mélange de renseignement technique (SIGINT), humain (HUMINT) et d’observation (IMINT). À un moment, le doute descend sous un seuil acceptable : on bascule. C’est là que le dossier passe en mains JSOC (Joint Special Operations Command), qui, dans ce genre de scénario, s’appuie sur ses unités « Tier 1 » : la plus connue étant la Delta Force (1st SFOD-D), taillée pour les missions d’action directe à très forte sensibilité politique.
Les images apparues dans la nuit (explosions, coupures de courant, hélicoptères bas) ont un sens assez simple : préparer l’espace. Il ne s’agit pas de « gagner une guerre » au Venezuela, mais d’empêcher l’adversaire de comprendre ce qui se passe pendant le temps très court où l’équipe est au sol. On coupe, on brouille, on désorganise. On cherche à ralentir la chaîne décisionnelle, à casser la coordination, à neutraliser ce qui menace directement l’insertion et l’exfiltration. Dans une capitale, le danger n’est pas seulement la défense sol-air « lourde » ; ce sont surtout les menaces courtes portées, les MANPADS, l’anti-aérien léger, l’imprévisible.
Delta Force et l’efficacité opérationnelle à haut risque
C’est pour cela que l’emploi d’hélicoptères d’opérations spéciales (si la 160th SOAR est bien impliquée, avec MH-47/MH-60) est un marqueur. On ne les engage pas pour faire de la présence : on les engage quand il faut poser une équipe, la reprendre, et disparaître. Le détail de la lune presque pleine n’est pas une coquetterie tactique : c’est un handicap. Si l’on accepte ce handicap, c’est que la fenêtre de tir est dictée par la cible. Autrement dit : l’opportunité a primé sur l’optimum.
Au sol, la scène est rarement héroïque. Elle est méthodique. Un périmètre, une entrée, une progression courte, une identification, puis la sortie. C’est la grammaire des unités comme la Delta Force : petit effectif, tempo verrouillé, maîtrise de l’escalade, et obsession de l’exfiltration. Le matériel compte, mais il n’a rien de romanesque : vision nocturne, radios chiffrées, armement compact, silencieux, moyens de bréchage, grenades assourdissantes. La priorité n’est pas de tirer ; c’est de contrôler le tempo. Dans une opération d’appréhension, la minute où l’on tient la cible est aussi celle où tout peut basculer : un sosie, un leurre, un déplacement de dernière seconde, et la mission s’effondre.
Une victoire tactique et un vertige stratégique
L’exfiltration, enfin, est le vrai juge de paix. Tant que l’objectif n’est pas saisi, l’adversaire hésite. Une fois l’appréhension comprise, la ville s’éveille et se referme. Barrages improvisés, tirs isolés, unités qui convergent, foule, confusion : tout cela suffit à faire d’un retour en hélico un exercice à haut risque. Si l’opération a effectivement été menée sans pertes signalées, cela suggère un dispositif très robuste : plans alternatifs, moyens de brouillage, appuis prêts à frapper, et un « couloir » de sortie pensé avant même la première insertion.
Le parallèle avec Ben Laden tient à cette logique : contourner l’escalade, obtenir un fait accompli, puis gérer les conséquences politiques après coup. La différence est évidente : Abbottabad visait une neutralisation ; Caracas vise une appréhension, donc une narration judiciaire. Mais la philosophie est la même : utiliser la précision des unités « Tier 1 » pour produire un résultat stratégique sans intervention conventionnelle. Reste l’angle mort : ces raids ne règlent pas un pays, ils déplacent une crise. Et, souvent, c’est après la réussite tactique que commence la partie la plus coûteuse.
Photo © 160th Special Operations Aviation Regiment