La Chine dépassera-t-elle les USA dans la course à la suprématie technologique d’ici 2025-2030 ?

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C'est une question que beaucoup de spécialistes se posent depuis plusieurs années. Quand la Chine va-t-elle avoir l'ascendant sur les États-Unis, notamment en matière technologique ? Selon un récent document du think tank américain Special Competitive Studies Project, les USA ne seraient pas en mesure de rattraper leur retard sur la Chine, notamment sur la 5G, l'intelligence artificielle (IA) et la microélectronique.

Présidé par l'ancien patron de Google, Eric Schmidt, le SCSP a été créé en octobre 2021. La première publication de l'organisation est sortie il y a quelques jours et est intitulée "Mid-Decade Challenges to National Competitiveness".

Selon le document, les États-Unis et les nations partageant les mêmes idées pourraient ne pas être en mesure de maintenir leur avance sur la Chine. Le SCSP affirme que trois technologies - la microélectronique, l'IA et la 5G - détermineront la puissance nationale.

La microélectronique est importante car les États-Unis en sont totalement dépendants, mais la plupart sont fabriqués "dans l'ombre" de la Chine. Si celle-ci venait à s'emparer des usines de fabrication de puces et couper les approvisionnements en matières premières nécessaires à leur fabrication, le think tank prédit que "l'armée américaine sera paralysée et que la nation plongera dans une dépression".

Microélectronique, 5G et IA comme priorités

La 5G est essentielle car les entreprises chinoises ont pris le leadership sur le développement et le déploiement de cette technologie, donnant à Pékin la possibilité de contrôler le matériel et le réseau dans le monde entier.

L'intelligence artificielle est également importante parce que la Chine l'a liée à la sécurité nationale - mais le plan de Washington ne se déroule pas comme prévu car il accuse un retard de quatre ans sur la technologie déployée par Pékin.

Selon le rapport, les USA ne peuvent pas continuer à "tirer derrière la cible" sur les technologies critiques, à les "aborder de manière fragmentaire" ou "à ne relier que tardivement leur impact sur l'avenir de la géopolitique et de la démocratie".

Mais les États-Unis ne seraient pas en mesure de rattraper leur retard, car ils ont laissé leur "base industrielle" se réduire et n'ont pas réussi à envisager ou à développer une "bonne gouvernance technologique". Les grands groupes technologiques et les sociétés de capital-risque qui ont financé leur expansion sont en partie responsables de ce problème indique le rapport.

"L'écosystème technologique américain a évolué sans penser à une rivalité géopolitique et dans une relative indifférence aux implications stratégiques des développements technologiques", affirme le document du SCSP. "Les sociétés de capital-risque ont suscité de nombreuses innovations, mais elles se sont concentrées sur le fait de faire de l'argent et non sur les efforts à long terme nécessaires pour développer une force nationale".

Le gouvernement US n'a pas non plus organisé de "moonshot" qui aurait galvanisé l'industrie dans la "poursuite d'objectifs nationaux". Non pas qu'un tel plan eût été une solution infaillible. "Les USA ne peuvent pas refaire le scénario de la Guerre froide et espérer que cela fonctionne, car les conditions ont changé" averti le rapport.

"Reconstruire les forces américaines et prendre de l'avance sur la prochaine vague technologique exige de maîtriser une nouvelle géométrie de l'innovation américaine et de la mettre au service de l'avantage national. [...] Nous ne pouvons pas nous reposer sur les lauriers d'un écosystème technologique solide, d'un secteur privé dynamique ou d'idéaux supérieurs pour nous adapter naturellement".

Quelles répercussions si les États-Unis échouent ?

Le rapport suggère que les USA révisent de toute urgence leurs politiques et pratiques en matière d'innovation afin de s'assurer que les secteurs privé et public collaborent, afin de revitaliser la fabrication locale, de développer une gouvernance nationale de l'IA qui permette d'exploiter la technologie pour le bien, de "réformer leurs stratégies militaires et de combat", et de travailler avec "leurs alliés pour combattre l'expansion de la Chine" dans ces domaines.

Et si les États-Unis échouent ? Le rapport imagine un avenir dans lequel "la Chine contrôle la conception et la production des technologies de l'énergie" (solaire, éolienne et nucléaire) et utilise sa mainmise sur les transitions climatiques des autres pays comme levier. Sa "domination des secteurs technologiques crée des plateformes et des entreprises puissantes qui remplacent les entreprises basées aux États-Unis dans des domaines clés tels que les services cloud, les réseaux sociaux et les moteurs de recherche".

Une fois que cela se produit, "davantage de nations entrent dans l'orbite de la Chine et imitent la gouvernance autoritaire de la Chine", alors même que Pékin "gagne en puissance pour attaquer leur infrastructure numérique".

Les géants chinois du web "dominent le monde". La Chine acquiert également une supériorité militaire qui lui permet de reconquérir Taïwan. Pékin domine également les systèmes de paiement mondiaux, ce qui lui permet de connaître "nos dépenses" et d'exercer une "influence sur le système financier mondial".

Selon le rapport, dans cette évolution technologique, il y a un joker : le web3. Décentralisé et reposant la blockchain, celui-ci pourrait créer un nouveau paradigme pour le rétablissement d'un Internet libre.

Tout cela est effrayant - et conçu pour l'être, car le think tank considère que son rôle est d'alerter les politiques sur les grands défis en cours et à venir. Le rapport les invite à agir maintenant, car quel que soit le parti qui dirigera les USA en 2025, il devra être prêt à agir.

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