Comment la presse et les parlementaires australiens ont fait capoter le programme Attack

Affaire AUKUS sous-marins Naval group
©Yuri Ramsey/Australian Defence Force

Un an après l'affaire AUKUS, une note confidentielle ayant fuité, conteste longuement les affirmations selon lesquelles le contrat avec Naval Group avait explosé de plusieurs milliards de dollars et ne serait pas livré à temps.

Il s'appelle Kim Gillis. Il a participé à la décision initiale du gouvernement australien de choisir l'offre française pour les sous-marins et aux négociations du contrat avec Naval Group. Il a rejoint le conseil d'administration de Naval Group Australia début 2021. Il a démissionné en juin 2022.

Dans une note adressée au personnel de Naval Group Australia et relatant les événements entourant l'échec de l'accord, il déclare qu'une petite poignée de personnes au sein de la Défense australienne aient été au courant de l'AUKUS, l'alliance militaire tripartite formée par l'Australie, les États-Unis et le Royaume-Uni.

"C'était un factoid"

Il évoque également des options pour la capacité future des sous-marins australiens, notamment la réouverture des discussions avec les Français sur l'achat de sous-marins à propulsion nucléaire.

Selon des rumeurs, le président Emmanuel Macron se rendra en Australie avant la fin de l'année et sa visite pourrait ouvrir la porte à de nouvelles discussions sur l'accord relatif aux sous-marins, même si le nouveau gouvernement australien s'est engagé à respecter le pacte AUKUS.

Dans sa note, Gillis déclare : "Il semble clair que l'équipe contractuelle [de la Défense australienne] qui travaillait avec nous au jour le jour a été tenue dans l'ignorance tout autant que les conseils d'administration de Naval Group Australia et de la France".

"Une autre stratégie a été élaborée à huis clos et en dehors des procédures contractuelles acceptées" rappelle Gillis. "Mon espoir est que nous, Australiens, puissions retrouver cette relation avec la France ainsi que notre réputation de pays intègre et honnête".

En ce qui concerne les allégations d'explosion des coûts, Gillis déclare que ces mensonges ont été construits sur une série croissante de malentendus et de commentaires faits dès 2015 par des fonctionnaires des commissions parlementaires. Cela a "été un factoid !" [petite info considérée comme vraie alors qu’elle ne l’est pas].

"Ce qui n'a pas été stipulé mais a été compris à l'époque, c'est que la Défense australienne parlait de l'achat de sous-marins japonais de classe Soryu" qui seraient construits au Japon. Construits et potentiellement livrés "au début des années 2040". D'après lui, le processus d'appel d'offres qui a suivi a permis à Naval Group de remporter une belle victoire. "L'évaluation a montré que la nouvelle classe Attack serait le sous-marin à propulsion conventionnelle le plus avancé et le plus létal jamais construit."

"Il était intéressant de noter à l'époque que mes collègues sous-mariniers américains qui ont participé à l'évaluation ont conclu que le nouvel Attack pourrait fournir des capacités [...] opérationnels qui dépasseraient certaines des capacités des navires nucléaires US." En 2016, le gestionnaire du programme, le contre-amiral Greg Sammut, a fourni dans les estimations du Sénat des preuves que le coût du projet était de 50 milliards de dollars australiens en "dollars constants", sans inclure "les facteurs inflationnistes que le secrétaire avait inclus en 2015".

Un mensonge délibéré

L'une des raisons pour lesquelles il a utilisé des dollars constants est qu'il "était si tôt dans le programme que le calendrier de production n'était pas fixé et que, par conséquent, un chiffre ajusté à l'inflation pour une trentaine d'années n'aurait été rien de plus qu'une estimation approximative".

"En 2017, le ministère des Finances australien a utilisé une estimation de 35 ans pour l'achèvement du dernier bateau et est arrivé au chiffre ajusté à l'inflation de 90 milliards de dollars australiens." Dans "l'esprit de certains parlementaires", l'Australie avait maintenant une "explosion des coûts" instantanée de 40 milliards de dollars, et "presque tous les médias du pays ont répété cette affirmation". "À aucun moment il n'y a eu de contrat d'une valeur de 90 milliards de dollars australiens, et toute référence à l'annulation d'un contrat de 90 milliards de dollars avec Naval Group est un mensonge délibéré et une déformation totale du programme", déclare Gillis.

"Naval Group Australia savait que son estimation pour la construction de douze sous-marins sur une période de 35 ans était stable et variait de moins de 1 % par rapport au prix contractuel de 2016."

"Le prix de Naval Group était en euros et la variation du taux de change pouvait affecter de manière significative le prix global, même au jour le jour et encore moins sur une période de 35 ans." Gillis déclare que la situation "a été exacerbée lorsque l'amiral Sammut a fourni une estimation pour entretenir la flotte sur une période allant jusqu'en 2080. Certains médias ont ensuite estimé que le coût total du programme avait maintenant explosé à 235 milliards de dollars !"

Sur la question des retards dans le programme, Gillis déclare que "le retard total par rapport à la planification du contrat de préconception de la Défense australienne s'élève à 14 mois." Dont "environ neuf mois" avant la signature du contrat et causés par "les dates de planification de la Défense australienne et non les retards de livraison de Naval Group", et "environ cinq mois après la conception du contrat causés par diverses sources et limités par l'impact du COVID en France". Gillis note également que "les discussions avec la Défense australienne qui ont conduit à la décision d'annuler le programme n'ont donné aucune indication autre que le fait que le Commonwealth était satisfait de la proposition de Naval Group et que tout avançait selon le calendrier et le plan contractuels".

Le Suffren "est le sous-marin nucléaire le plus moderne au monde".

"Le conseil d'administration de Naval Group Australia n'était absolument pas au courant de ce qui allait se passer. Naval Group venait de recevoir une lettre le 15 septembre 2021 du Bureau des projets de défense nous informant que nous avions atteint le point de sortie final pour passer à la phase suivante du projet."

"Le conseil d'administration et l'équipe de direction de Naval Group Australia n'auraient pas accepté d'envoyer notre personnel en France dans la semaine précédant la décision fatidique, ni d'engager de nouvelles entreprises australiennes dans des contrats de sous-traitance si nous avions eu le moindre soupçon."

"Les retours que nous avons reçus pour l'équipe du projet de défense dans les semaines précédant l'annonce étaient en fait les meilleures nouvelles que j'ai vues au cours de mon mandat au conseil." Selon Gillis, le Suffren "est le sous-marin nucléaire le plus moderne au monde. Il a la taille, l'équipage et les capacités qui correspondent le mieux aux besoins de l'Australie. Il s'agit de la solution de sous-marin nucléaire la plus rentable".

Selon lui, "aucune des options américaines ou britanniques ne fournira une capacité souveraine et nous serions tributaires des pré-approbations opérationnelles des États-Unis pour exploiter et déployer nos moyens de défense les plus importants."

"Je tiens à dire que ces reportages [de la presse australienne] sont tout à fait erronés et dévalorisent les réalisations et l'énorme travail de nos équipes en Australie et en France et, sans oublier, l'équipe de projet de la Défense australienne".

"Il n'y a aucun doute dans mon esprit que la Naval Group Australia était en train de se construire pour devenir l'un des actifs stratégiques les plus critiques pour la nation en tant que capacité véritablement souveraine. Vous devriez tous être très fiers de ce que vous avez accompli."

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