Certains partis politiques sont-ils un risque pour notre industrie de défense ?

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©Sputnik/Grigory Sysoev

Certains partis politiques français sont-ils un risque pour notre souveraineté industrielle et plus particulièrement pour notre industrie de défense ? C'est une question simple certes, à laquelle vous avez sans doute la réponse ou du moins une partie, mais elle mérite tout de même que l'on s'y penche un tant soit peu.

Suite aux révélations de CNN sur le versement de 300 millions d'euros de la part de la Russie envers des partis politiques européens afin d'accroître son influence et de peser sur les scrutins, ce pose la question du retour sur "investissement".

La Russie mène ces campagnes de financement dans le but d'accroître son influence sur des individus et partis et s'assurer que ceux-ci obtiennent de bons résultats aux élections. Certes. Mais pour le reste, et notamment l'espionnage industriel.

La DRSD, la DGSE, la DGSI, la SGDSN, l'ANSSI ou encore Bercy restent en alerte sur ces questions (rachat, investissement, recrutement, partenariat, enseignement…) qui viennent de l'extérieur. Mais qu'en est-il lorsque la menace est endogène ?

Les membres (adhérents/responsables), des partis financés par la Russie (et peut-être la Chine dans un avenir proche), sont-ils à risque ? Sous couvert de patriotisme, peuvent-ils un jour et moyennant finance (…), divulguer des données confidentielles à une puissance étrangère ?

Une menace invisible

Il y a l'espionnage industriel comme on le connait : pots-de-vin, chantage, surveillance électronique, cyberattaque, etc. Et il y a aussi la menace endogène. Cette risque existe en France, plusieurs affaires (industrielles ou régaliennes) ont déjà été révélées, et plus récemment avec un ancien de la DGSE et le renseignement chinois (cf. le livre d'Antoine Izambard, Trahisons à la DGSE).

C'est une menace "invisible" à prendre avec sérieux à l'aune des changements géostratégiques en cours et à venir. Et certains partis politiques (français mais aussi européens) pourraient avoir un rôle à jouer et ce en "loyauté" à la Russie.

La guerre en Ukraine est en train d'affaiblir l'économie et l'industrie russe. Celles-ci sont impactées par les "mauvais résultats" de son armée en Ukraine.

Selon le spécialiste Yohann Michel, "certains matériels qui avaient été présentés comme performant ne semblent pas fonctionner aussi bien que prévu". Selon lui, "les équipements russes ne sont pas à la hauteur de la communication des industriels russes".

D'après un rapport du Royal United Services Institute publié en août 2022, "la Russie doit désormais concevoir et produire de nouvelles armes, sans doute moins performantes, ou s'engager dans une vaste entreprise de contournement des sanctions".

Lorsque la guerre prendra fin - et peut-être même avant - l'industrie d'armement russe, qui souffre actuellement d'une grave pénurie de composants électroniques liée en partie aux sanctions, devra revoir son modèle en profondeur. Et c'est là que des "proxys" politiques français (et européens) pourraient (continuer) à jouer leur rôle. Avec ces investissements russes massifs, les responsables des partis politiques seront à la merci de Vladimir Poutine, si celui-ci reste en place après la fin du conflit.

Des partis politiques "espions dormants" ?

Le retour d'ascenseur pourrait être la divulgation d'informations confidentielles et/ou le sabotage par des français, travaillant notamment dans la base industrielle et technologique de défense (BITD), adhérents à des partis financés par la Russie. En quelque sorte, ils pourraient jouer le rôle d'espions dormants.

"Nous constatons et nous surveillons un certain nombre d’agissements. Je n’irai pas plus loin parce que cela est couvert par le secret" insistait le 8 septembre dernier, le ministre des Armées Sébastien Lecornu, lors d'un premier séminaire sur l'économie de guerre avec les principaux industriels français de la BITD.

Par ailleurs, le Secrétaire général de la SGDSN, Stéphane Bouillon, indiquait récemment à la Commission de la Défense nationale et des forces armées "que les très grandes entreprises sont sensibilisées [à l'espionnage industriel], en revanche, les PME, qui sont parfois des pépites sans le savoir, sont d’une grande vulnérabilité".

Pour les entreprises, cette problématique complexe implique de s’appuyer sur une politique de sécurité adaptée et très précise, et une organisation de la sûreté, mais aussi de réaliser des audits réguliers afin d’identifier les vulnérabilités du patrimoine informatif et celles liées au personnel. La direction générale doit avoir une vision claire des menaces qui peuvent affecter ses activités critiques. Cette approche globale nécessite d’établir une cartographie (tendant vers l’exhaustivité), notamment de son réseau informatique, afin de prioriser les données.

Un défi difficile à relever à cause de l’hyperconnexion et un SI hybride (stockage local, dans le cloud et chez des prestataires) ! Où sont mes données les plus sensibles ? Qui y a accès ? Sont-elles protégées afin de garantir leur confidentialité et leur intégralité ?

Se pose également la question (liée aux données personnelles) de savoir, si oui ou non, une entreprise peut ou doit connaître l'opinion politique de ses salariés. Si celle-ci, dans un futur plus ou moins proche, peut nuire à l'entreprise et à la Nation. Autant de questions déterminantes...et complexes.

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