En 2020, dans la Revue Défense Nationale, le général Nicolas Le Nen soulignait : « De la capacité des états-majors à dominer cette masse informationnelle dépendra l’aptitude du chef militaire à prendre les bonnes décisions au bon moment. » À l’époque, l’intelligence artificielle (IA) n’en était qu’à ses prémices. Trois ans plus tard, c’est précisément ce pari que Loïc Mougeolle a décidé de relever en co-fondant Comand AI.
Ancien de Naval Group, il part d’une conviction simple et radicale : le secteur défense européen souffre moins d’un manque de matériel que d’un retard logiciel abyssal. Sa réponse, c’est Prevail, une plateforme de commandement d’opérations augmentée par l’IA, déjà testée en conditions réelles en Ukraine, en Allemagne et en France.
Alors que l’Europe cherche encore ses marques face aux géants américains comme Palantir ou Anduril, Comand AI s’apprête à annoncer une levée de fonds (série A) conséquente à l’occasion d’Eurosatory. L’occasion de revenir avec son co-fondateur sur sa vision du champ de bataille de demain, sur les leçons tirées du conflit ukrainien, et sur l’ambition qui structure le projet : faire émerger, depuis l’Europe, un acteur logiciel de rang mondial au service des forces armées.
OpexNews : Votre père travaillait dans la dissuasion nucléaire pour la Marine nationale. Est-ce que construire Comand AI est, pour vous, une forme de continuité familiale ou au contraire une rupture avec un modèle de défense que vous voulez dépasser ?
Loïc Mougeolle : C’est vrai que j’ai grandi dans un environnement qui m’a transmis une passion très forte pour la technologie et un sens aigu de la mission. J’y vois donc une vraie cohérence avec mon milieu familial. Travailler sur la dissuasion, pour moi, a tout son sens : quand on évoque la dissuasion, on a souvent le réflexe de se référer aux acteurs historiques de la défense, mais je crois que l’enjeu, aujourd’hui, c’est précisément de construire une nouvelle forme de dissuasion reposant sur un socle numérique. J’y vois une réelle continuité. Une continuité aussi avec mon expérience précédente chez Naval Group, où j’ai découvert ce qu’est concrètement le secteur de la défense sur le plan industriel. Pour moi, ce sont finalement les différentes étapes de mon parcours professionnel et personnel qui se rejoignent.
Chez Naval Group, vous étiez déjà au cœur de l’industrie de défense. Qu’est-ce que vous y avez vu qui manquait, que les grands acteurs traditionnels ne pouvaient pas ou ne voulaient pas faire ?
C’est tout un écosystème qui est concerné, vraiment l’ensemble de l’écosystème de défense européen, et pas seulement les acteurs historiques. Pour moi, l’écart principal réside dans l’excellence de la capacité à concevoir des produits logiciels. C’est d’ailleurs l’une des motivations premières de la création de Comand AI : apporter ce type de compétences au secteur de la défense, de façon complémentaire à la base industrielle existante, et en particulier aux leaders historiques. L’objectif est de permettre au secteur de la défense européen d’entrer dans la course au renouvellement et de saisir le tournant du numérique, en particulier de l’intelligence artificielle (IA), non pas pour être déclassé, mais au contraire pour prendre le leadership dans le numérique de défense. Je crois que c’est vraiment ce qui se joue aujourd’hui.
D’ailleurs, cet écart que je percevais à la création de Comand AI reposait sur une admiration sincère pour les acteurs historiques ; c’est d’ailleurs pour cela que nous travaillons très bien avec eux aujourd’hui. Mais l’écart principal tient vraiment à cette capacité à produire les meilleurs logiciels. Et le point de départ, c’est la capacité à recruter des équipes de niveau mondial, à l’état de l’art des meilleures entreprises civiles du domaine logiciel, puis à amener ces compétences dans le secteur de la défense. C’est quelque chose d’extrêmement difficile à réaliser, aujourd’hui encore, pour les acteurs historiques.
Comment définiriez-vous Comand AI en une phrase à quelqu’un qui n’a jamais entendu parler d’IA au service du commandement militaire ?
Comand AI, c’est reconstruire le socle logiciel du secteur défense à l’ère de la guerre définie par les capacités de l’IA, et la première étape, c’est le commandement d’opération. Le point de départ de l’entreprise, c’était d’abord d’amener une équipe différente dans le secteur de la défense et de trouver le point d’accroche le plus pertinent pour contribuer à son renouvellement. Le niveau d’urgence et l’ampleur de l’impact opérationnel et industriel sont hors norme, et c’est ce qui me fait lever chaque matin.
Cette urgence que tu décris, elle repose sur quelle conviction profonde ? Quelle est la thèse qui structure votre vision du champ de bataille de demain ?
Notre thèse centrale, c’est que nous passons d’un champ de bataille gouverné par le verbe à un champ de bataille gouverné par les mathématiques. On passe d’opérations où l’on donne des ordres à des humains par la parole ou par le texte, à des opérations où la perception, la décision et l’action sont définies et menées par des algorithmes. Ceux qui gagneront, que ce soient les industriels ou les pays, sont ceux qui adapteront le plus vite leurs forces à ce nouveau paradigme. Tout est à repenser : les formations, les doctrines, les capacités. C’est une révolution totale.
Quand on dit ça, on a souvent du mal à être compris, parce que c’est radical. Pourtant c’est ce qui se passe sous nos yeux, et pour nous à Comand AI, il n’y a rien de plus urgent que d’aider les forces françaises et alliées à y prendre l’avantage.
Gouverné par les mathématiques ne signifie pas qu’il n’y a plus d’humains ou que tout est confié aux machines. Le vrai sujet n’est pas celui de l’humain dans la boucle (human in the loop), mais de la machine dans la boucle (machine in the loop). Désormais, la machine s’intègre à strictement tous les workflows du secteur défense : la planification, le ciblage, la construction de cours d’action, la logistique. Ce qui se joue, c’est de reconstruire l’ensemble de ces processus, et donc tous les logiciels qui composent aujourd’hui le secteur défense. C’est une tâche titanesque, et c’est précisément pour cela que nous avons assemblé chez Comand AI une des meilleures équipes au monde en matière de produit logiciel.
L’Ukraine illustre parfaitement ce paradigme. Les frontières entre une unité militaire et un industriel y sont devenues complètement poreuses : une unité est aujourd’hui un hybride entre ce qu’elle était autrefois et une entreprise technologique. Et on voit émerger de nouveaux profils de leadership militaire, qui intègrent des compétences de nature entrepreneuriale, le plus souvent dans le domaine du numérique.
Prevail promet une prise de décision quatre fois plus rapide pour les officiers. Comment mesurez-vous concrètement ce gain ? Sur quelle base de comparaison ?
Ce qu’on apporte avec Prevail, c’est l’automatisation et l’autonomisation d’une part croissante des activités menées par les militaires, en particulier en état-major. Cela tient à l’intégration de l’IA dans le fonctionnement des états-majors, et plus largement dans le secteur de la défense.
La manière de le mesurer est assez simple : comme dans le domaine médical, on prend un témoin. Un état-major qui fonctionne sans le logiciel Prevail, et un autre qui opère avec. Sur des phases d’analyse menées par ces états-majors, on compare le temps nécessaire pour parvenir à un même résultat. Typiquement, sur de l’analyse de mission ou de terrain, on est passé de 30 minutes à quelques minutes, ou de deux heures à une dizaine de minutes. Ce sont ces gains-là que l’on apporte sur des processus au cœur de la planification.

Un état-major peut passer des jours à élaborer un plan d’opération. Prevail le fait en quelques minutes, dites-vous. Qu’est-ce qui, dans ce processus, est réellement automatisé et qu’est-ce qui reste irréductiblement humain ?
L’art de la construction d’un produit logiciel, c’est précisément d’identifier là où appliquer l’intelligence artificielle et là où ne pas l’appliquer. Quand on observe les différentes étapes de la planification, on constate qu’un certain nombre d’entre elles sont des étapes assez fastidieuses de structuration de l’information, des étapes qui permettent ensuite une prise de décision humaine de très grande qualité. C’est sur celles-là que nous apportons de l’automatisation.
Typiquement, à la lecture d’un ordre d’opération, la première étape consiste à identifier toutes les tâches et toutes les contraintes liées à la nouvelle mission. Ce que nous apportons, c’est la capacité, pour les officiers, d’extraire beaucoup plus facilement l’ensemble des éléments qu’ils devront prendre en compte pour planifier. Nous structurons l’information afin de permettre une prise de décision plus rapide.
Prevail doit aussi intégrer les doctrines des forces adverses. Comment collectez-vous et structurez-vous cette information, qui est souvent fragmentaire, voire classifiée ?
Ce que nous permettons, c’est à chaque armée d’intégrer ses propres données. Par défaut, la solution Prevail ne contient aucune information classifiée. C’est au moment du déploiement, dans les locaux et l’infrastructure de nos utilisateurs, que ceux-ci peuvent y intégrer leurs données classifiées, notamment les informations qu’ils détiennent sur les forces adverses. Nous avons conçu le logiciel de manière à pouvoir particulariser ces aspects d’intégration des données et de construction d’ontologie, certaines parties de cette construction étant spécifiques à chaque client.
Au-delà de la planification dont on a beaucoup parlé, qu’est-ce que Prevail fait concrètement, et quelle est la vision qui structure le produit dans son ensemble ?
Prevail, c’est le lieu numérique où se fait le commandement d’opérations, quel que soit le niveau ou le domaine. C’est une plateforme ouverte, modulaire, nativement interopérable avec les infrastructures existantes. La vision sous-jacente, c’est qu’une personne équipée d’un simple ordinateur portable peut devenir un nœud de commandement depuis n’importe où, et commander de multiples drones ou unités humaines. Ce qui rend une structure de commandement extrêmement résiliente, car elle peut être distribuée à l’échelle d’un territoire entier en mobilisant très peu de personnel.
Ses fonctionnalités principales sont la planification, le retour d’expérience (RETEX) et la situation tactique en temps réel. À la création de Comand AI, on s’est d’abord concentrés sur les deux premières, des domaines historiquement sous-investis alors qu’ils sont absolument centraux pour dominer sur le champ de bataille. L’IA permet d’y démultiplier la vitesse de décision et d’apprendre infiniment plus vite qu’un adversaire plus massif.
On a ensuite reconstruit la COP (common operating picture), parce que le déni de GPS et de communication rend les solutions historiques inopérantes. Notre COP permet de coordonner de multiples drones en temps réel, sans GPS, avec un très haut niveau de précision. C’est un vrai changement de paradigme.
Plus globalement, on a numérisé le commandement dans son ensemble, là où les solutions historiques de C2 ne numérisaient que la partie « contrôle », et en la repensant pour les conditions du champ de bataille moderne.
Prevail devait être commercialisé dans sa version finalisée à l’été 2025. Est-ce que c’est chose faite, combien de clients avez-vous aujourd’hui ?
Nous travaillons principalement avec l’Allemagne, l’Ukraine et la France. La solution n’est pas encore déployée à l’échelle d’une armée entière : nous la déployons dans de premières unités. En parallèle, nous travaillons avec différents groupes industriels pour les aider à construire un C2 de nouvelle génération sur la base de Prevail.
Comment ces pays abordent-ils l’intégration de l’IA dans le commandement d’opérations ?
Ce qu’on voit en Ukraine est assez fascinant. L’écosystème logiciel ukrainien, comme la plupart des solutions dominantes aujourd’hui, plonge ses racines une dizaine d’années en arrière, autour de 2015. À l’origine, ce sont vraiment les briques élémentaires d’un C2 qui ont été créées au milieu des années 2010 : permettre l’échange de données, partager une situation tactique en temps réel entre différentes unités ou différents opérateurs. Ces briques élémentaires ont été posées à cette époque, et aujourd’hui l’état de l’art en Ukraine, c’est une solution industrialisée, utilisée de façon transverse par la plupart des unités ukrainiennes.
Cela dit, l’intégration de l’IA pour le commandement d’opération en est à ses tout débuts. Elle se fait par-dessus un écosystème logiciel déjà existant, avec certaines parties du processus, comme l’analyse vidéo, qui sont de plus en plus automatisées. Mais il n’existe pas encore aujourd’hui, même en Ukraine, de solution nativement pensée à l’ère de l’intelligence artificielle, où de larges pans des processus de commandement seraient automatisés. C’est précisément ce que nous construisons chez Comand AI.
Dans un article de votre blog, vous expliquez que vous ne faites pas confiance à un LLM1 seul pour exécuter un workflow de bout en bout. C’est une position courageuse dans un secteur qui surfe sur le buzz de l’IA générative. Comment la défendez-vous face à des investisseurs ou des clients qui veulent du « ChatGPT militaire » ?
Parce que l’IA générative, dans la manière dont nous concevons le produit, intervient vraiment là où elle est pertinente : sélectionner les meilleurs outils logiciels pour mener des tâches spécifiques. On ne va pas demander à un LLM de réaliser une analyse de terrain, car cela suppose de comprendre des notions spatiales et temporelles sur lesquelles un LLM commet des erreurs vraiment élémentaires. Il existe toute une couche d’ingénierie qui permet de comprendre ce qu’est une orientation sur un terrain, et ce n’est pas un LLM qui s’en charge.
Le LLM intervient en fin de chaîne : il comprend que l’utilisateur veut mobiliser l’outil d’analyse de terrain, il l’appelle, puis il restitue les informations clés de manière intelligible et bien formulée. C’est une intervention destinée à rendre l’expérience utilisateur plus fluide, et aussi un rôle d’orchestrateur : aller chercher les meilleures briques logicielles pour mener certaines tâches, à partir de la compréhension de l’intention de l’utilisateur.
Il existe par ailleurs un contexte d’utilisation très concret : Prevail est déployé de manière déconnectée d’internet. On ne peut pas recourir aux grands modèles hébergés sur un cloud classique dans ces conditions. La vision du « ChatGPT militaire » est une vision erronée. Ce qu’il faut construire, ce sont des produits sur mesure, des logiciels avancés. Quiconque a fait le test avec un LLM seul constate qu’il commet beaucoup d’erreurs, et ce n’est pas du tout le niveau de performance que nous voulons offrir à nos utilisateurs.
Quels modèles d’IA faites-vous tourner dans Prevail, et pourquoi avoir choisi des modèles open source ?
Ce que nous avons construit, c’est une infrastructure capable d’accueillir les modèles demandés par nos clients. Dans certains cas, en France, ce pourrait être des modèles de Mistral AI ; dans d’autres pays, ce seront d’autres fournisseurs. Le but est vraiment de nous adapter : s’il existe un acteur local qui produit des modèles, nous saurons l’intégrer. C’est vraiment l’ADN du produit.
Dès lors qu’on ne pense plus la solution uniquement comme un modèle d’IA, mais comme un produit logiciel complet, la performance d’ensemble dépend certes du modèle, mais elle dépend surtout de toute l’ingénierie logicielle bâtie autour. C’est pour cela que nous disposons d’une certaine liberté dans le choix des modèles.
Avez-vous des discussions avec Mistral AI, et quel rôle pourrait jouer un modèle souverain européen dans votre architecture technique ?
Je crois avant tout aux partenariats avec les leaders historiques du secteur défense. Ils ont vocation à construire des capacités de nouvelle génération, et l’hybridation avec des acteurs comme nous est ce qui fait le plus de sens pour y parvenir le plus rapidement possible au service des forces.
Je ne vois pas vraiment l’intérêt de nous lier étroitement à des laboratoires d’IA. D’abord parce que cela n’apporterait rien de plus aux forces en termes d’impact opérationnel. Les compétences qu’ils ont en interne ne sont pas substantiellement différentes des nôtres, et le niveau de nos équipes chez Comand AI n’a pas à rougir de ce qu’on trouve chez Mistral ou dans d’autres laboratoires, bien au contraire. C’est d’ailleurs pour cette raison que ces acteurs cherchent très activement à recruter nos collaborateurs. Et du point de vue du produit, l’essentiel de la valeur opérationnelle de nos solutions provient du travail d’ingénierie, de la direction produit et de la création de modèles spécifiques qui ne sont pas des LLM. Nous en utilisons, mais c’est loin d’en être le cœur.
D’un point de vue stratégique, la situation est potentiellement différente : en tant qu’acteurs français, nous pourrions avoir intérêt à nous entendre pour construire des capacités communes. Mais comme je le disais, l’urgence est aujourd’hui de nous rapprocher étroitement d’une sélection de leaders historiques du secteur.

Vous déployez Prevail en « on premise », sans connexion internet ni API externe. Qu’est-ce que cela implique en termes de mise à jour des modèles, de maintenance et de performance sur le terrain ?
Il y a toute une logistique nouvelle à créer pour l’intégration dans des opérations où la communication peut être totalement absente. Nous avons un modèle de déploiement qui repose sur des ingénieurs capables d’intervenir en contexte opérationnel pour effectuer les mises à jour nécessaires. On observe aussi que de nombreux États se dotent d’équipes techniques internes susceptibles de jouer ce rôle, et avec lesquelles nous travaillons en partenariat. Selon les clients, le déploiement et la mise à jour seront plus ou moins directement gérés par l’État ou par des acteurs privés. De notre côté, nous disposons d’équipes qui savent se rendre sur le terrain et y effectuer les bonnes mises à jour en contexte opérationnel.
Vous décrivez l’environnement militaire comme « durci, déconnecté, potentiellement brouillé ». Comment Prevail fonctionne-t-il concrètement sur le terrain, avec des contraintes d’énergie et de calcul sévères ?
Au sein de notre équipe, certaines personnes ont l’expérience du déploiement de solutions logicielles dans des contextes déconnectés et contraints. Cela passe d’abord par le recrutement d’excellents ingénieurs, qui ont précisément vécu cette expérience de déploiement en environnement embarqué. La ligne directrice est de concevoir la solution dès le départ dans cette optique, et non de partir d’une solution pensée pour tourner sur des infrastructures où les capacités de calcul et de stockage seraient infinies. Nous avons pris comme point de départ d’être capables de déployer, pour les besoins tactiques, sur des capacités de calcul assez frugales. Cela nécessite tout de même des GPU2, mais en nombre réduit.
Aujourd’hui, Prevail est combat-proven ?
Non. Aujourd’hui, on peut dire que Prevail est testé en opération. Il n’est pas encore déployé de manière pérenne : depuis quelques semaines précisément, il est mis à l’essai par différentes unités. Comme beaucoup d’acteurs, nous pouvons dire que nous sommes testés en opération réelle. Nombreux sont ceux qui entretiennent le flou entre cela et le fait d’avoir démontré une efficacité suffisante pour un déploiement pérenne. Dans le cas de l’Ukraine, nous sommes sur ce chemin. Nous ne sommes pas encore déployés de manière pérenne
Vous allez régulièrement en Ukraine. Qu’est-ce que vous y observez sur l’usage concret des logiciels de commandement qui change votre façon de développer Prevail ?
La principale leçon que je retiens de l’Ukraine, c’est la modularité comme principe premier de l’écosystème logiciel de C2. Je ne crois pas à une grande architecture monolithique qui intégrerait tout sous forme de petites briques contrôlées par un seul acteur. C’est, à mon sens, le meilleur moyen d’aboutir à un nouvel échec programmatique dans le domaine du commandement.
Ce que je constate, c’est donc cette modularité, mais aussi l’intégration étroite entre les ingénieurs qui développent et les opérationnels. Aujourd’hui, lorsqu’on se rend dans le centre de commandement d’une unité ukrainienne, nos ingénieurs sont sur place, intégrés aux militaires, et ils font évoluer le logiciel au rythme des besoins opérationnels. Cette capacité à itérer quotidiennement sur une solution de C2 est aujourd’hui impossible dans les pays européens. Or la performance finale d’un logiciel dépend au premier chef de la capacité à itérer rapidement avec ses utilisateurs. Quand on ne mène qu’un exercice militaire tous les deux mois, le logiciel n’a connu qu’une poignée d’itérations dans l’année. En Ukraine, on itère quotidiennement, et le niveau de performance est supérieur d’un ordre de grandeur.
Quels sont les retours directs d’officiers ukrainiens sur vos outils ? Qu’est-ce que cela a changé dans votre roadmap produit ?
Cela nous a amenés à prendre conscience du caractère central des opérations robotisées. C’est une évidence aujourd’hui, mais, concrètement, cela nous a conduits à construire le logiciel de manière qu’il soit directement utile à des opérations robotisées, et pas uniquement à des opérations où des décideurs humains commandent des unités composées principalement de soldats.
Ce que nous faisons en Ukraine, notamment, c’est améliorer le « blue force tracking » et le « red force tracking » au profit d’unités qui mettent en œuvre des drones de toute nature. En somme, cela nous a conduits à développer des briques complémentaires à la planification, liées à l’accélération de la construction tactique dans un contexte d’emploi de drones. Pouvoir gagner quelques minutes pour placer un pion rouge sur une carte de situation tactique peut changer la donne ; déployé à l’échelle de toutes les unités ukrainiennes, l’impact opérationnel est énorme.
Ce que l’Ukraine nous apporte, c’est de nous concentrer sur des problèmes très précis et à très fort impact. C’est beaucoup plus difficile à faire loin des opérations.
En Ukraine, une nouvelle tactique de combat est mise au point toutes les trois semaines. Comment un logiciel comme Prevail peut-il suivre ce rythme d’évolution doctrinale ?
Ce qui change fondamentalement, c’est la fin du « product-market fit3» au sens classique. En contexte d’opération, il faut faire évoluer le logiciel d’une semaine sur l’autre, parfois d’un jour à l’autre, voire toutes les douze heures. Cela suppose, au sein des unités ukrainiennes, un équilibre beaucoup plus marqué entre militaires et ingénieurs, et les frontières entre ces deux univers sont désormais complètement poreuses.
C’est ce qui permet d’apporter à chaque instant à nos utilisateurs la meilleure solution face aux dernières modalités d’action de l’ennemi : être à leurs côtés et faire évoluer le logiciel en permanence. L’idée d’un logiciel qu’on développe, qu’on déploie, puis qu’on met à jour au mieux une fois par an n’existe plus.
Lorsqu’on dispose d’une très forte supériorité en masse ou en puissance technologique, ne pas faire évoluer rapidement son logiciel peut encore fonctionner. Mais face à un adversaire doté d’une puissance de feu supérieure à la sienne, la clé, c’est la vitesse, en particulier la vitesse d’itération sur le logiciel
Comment se passe le dialogue avec un officier de 50 ans qui a passé sa carrière à planifier des opérations à la main, et qui doit désormais faire confiance à un logiciel conçu par des trentenaires issus de la tech ?
Le point de départ, c’est d’écouter. Vraiment écouter, et comprendre avec le plus de nuances possible pourquoi les choses se font d’une certaine manière. Cette écoute est le socle d’un travail commun de qualité ; c’est ce que nous avons observé. Ce qui ne fonctionne pas, dans ce type d’interaction, ce serait d’arriver avec une solution conçue dans nos bureaux avant même d’avoir compris comment et pourquoi les militaires opèrent comme ils le font.
Cet officier expérimenté, lui, est parfaitement conscient de l’écart entre les solutions numériques dont il dispose et l’état de l’art accessible aujourd’hui dans le civil. Ce qu’il va rechercher, c’est de travailler avec des acteurs qui font le maximum pour comprendre réellement ses besoins, les problèmes qu’il cherche à résoudre, et lui apporter la meilleure solution. Aujourd’hui, nous ne sommes pas face à des personnes réticentes, mais face à des personnes conscientes qu’il y a un moment à saisir pour renouveler les capacités logicielles des forces armées. C’est vraiment un travail partenarial de très grande qualité que nous avons mis en place avec les armées françaises.
L’AMIAD, l’agence ministérielle française dédiée à l’IA de défense, dit vouloir travailler avec des start-ups. Quelle est concrètement votre relation avec eux aujourd’hui ? Quel regard portez-vous sur la stratégie du ministère des Armées sur l’IA de défense ?
Je crois que l’un des objectifs les plus importants pour un pays aujourd’hui, c’est de faire en sorte que sa base industrielle soit la meilleure possible dans le domaine logiciel, parce que l’ensemble des décisions et des actions menées sur un champ de bataille sont déterminées par ce niveau d’excellence. Dans ce contexte, avoir créé l’AMIAD, avoir mis l’accent sur la stratégie d’IA et chercher à transformer le plus rapidement possible l’écosystème industriel pour le porter à l’état de l’art dans le numérique, et en particulier dans l’IA, c’est une excellente initiative et c’est vraiment ce qu’il faut faire.
La question, désormais, est la suivante : comment crée-t-on des leaders mondiaux du logiciel appliqué à la défense ? Car pour concevoir une solution comparable à ce qu’apportent certains acteurs américains, ce sont littéralement plusieurs milliards d’euros de R&D qui sont nécessaires. C’est le socle pour bâtir des champions. Et demain, la puissance des États européens dépendra directement de l’excellence de leur base industrielle dans le domaine logiciel. Les niveaux d’investissement requis sont de plusieurs ordres de grandeur supérieurs à ce qui existe aujourd’hui.
Ce que nous observons, et c’est aussi pourquoi nous avons créé Comand AI, c’est que beaucoup d’acteurs construisent des entreprises destinées à apporter de la masse intelligente sur le champ de bataille, ce qui est absolument indispensable. Mais, in fine, ce qui déterminera l’avantage de nos pays, c’est la qualité de notre base industrielle de défense dans le domaine logiciel. Faute d’un niveau d’investissement suffisant, dans moins de dix ans, notre base industrielle sera déclassée. Les initiatives sont bonnes, mais les niveaux d’investissement doivent être démultipliés.
L’amiral Pierre Vandier a déclaré dans Politico qu’il n’existe aujourd’hui « aucun concurrent réel à Palantir ». Qu’est-ce que vous répondez à ça, et qu’est-ce que ça dit sur ce marché aujourd’hui ?
C’est vrai. Comme je le disais, créer une solution telle que le Maven Smart System de Palantir, ou d’autres comme Lattice d’Anduril, exige des centaines de millions, voire des milliards d’euros, et les acteurs américains s’y emploient depuis une dizaine d’années. Le piège serait de vouloir les rattraper à l’identique. Ce n’est pas, je crois, le bon sujet, car ces solutions ont été pensées il y a dix ans et évoluent depuis dix ans.
Il existe aujourd’hui une opportunité assez unique de construire des solutions de nouvelle génération. C’est vraiment dans cet état d’esprit qu’il faut mener les développements. Un échec consisterait à produire, dans trois ans, une solution semblable à ce qui existe déjà chez les acteurs américains. Il ne faut pas engager une course de rattrapage, mais nourrir l’ambition d’une suprématie dans le domaine du logiciel de défense, et y consacrer tous les moyens.
Le message de l’amiral Vandier, tel que je l’interprète, est le suivant : il faut se hisser au bon niveau d’ambition pour créer un C2, voire un C5ISR4, capable de prendre le leadership mondial le plus rapidement possible et de remporter le maximum de marchés, notamment face aux Américains. La course n’en est qu’à son début, mais c’est une course qu’il faut gagner vite.
Vous avez débauché plusieurs cadres de Palantir. Qu’ont-ils vu de l’intérieur qui confirme votre analyse sur ses limites ?
Ce que l’on observe, c’est qu’à chaque révolution technologique, les leaders qui se croyaient établis se sont révélés bien fragiles et ont pu être largement dépassés. Il ne faut surtout pas se montrer défaitiste. Je perçois dans mon environnement une forme de défaitisme à l’égard d’acteurs déjà installés, qui sont excellents sur le plan technologique comme par leurs équipes ; mais, à chaque révolution technologique, les cartes sont rebattues. Les LLM et la robotisation du champ de bataille constituent une révolution qui redistribue tout le jeu concurrentiel. Il faut saisir cette opportunité.
Au fond, le sujet n’est pas Palantir ou non. Ce qu’il faut, c’est constituer la meilleure équipe possible, animée par la mission de créer l’état de l’art logiciel dans la défense. Nous ne voulons pas reproduire ce que fait Palantir : si nous le faisons, nous aurons perdu. Le but est d’aller chercher les meilleurs profils, dotés d’une expérience dans les meilleures entreprises, et de les rassembler autour de cette mission.
Marie Inuzuka, ancienne d’OpenAI et de Palantir, descendante de survivants de Nagasaki, dit avoir rejoint Comand AI pour un travail « plus impactant ». Est-ce que la dimension éthique et le sens de la mission sont devenus votre principal argument de recrutement face aux salaires de Google ou Palantir ?
Ce n’est pas un argument commercial, c’est un prérequis. J’ai moi-même quitté un travail que j’aimais beaucoup par sens de la mission. Les personnes qui nous rejoignent sont profondément motivées par ce projet. Je n’en fais pas un argument marketing : si les gens nous rejoignent, c’est qu’ils sont fondamentalement convaincus de vouloir créer l’état de l’art depuis l’Europe, au bénéfice des pays européens. Ce n’est pas du marketing.
Vous vous apprêtez à annoncer une série A conséquente à Eurosatory. Cette levée a-t-elle été facile, dans un contexte où nombre d’investisseurs se positionnent sur la défense ?
Je crois que cela a pris un mois et demi de bout en bout.
Quant aux investisseurs eux-mêmes, ce que nous recherchons chez Comand AI, ce sont les meilleurs profils pour nous aider à passer du stade de l’amorçage à la série B, qui sera notre prochaine étape. Nous l’envisageons indépendamment du secteur de la défense. Il faut que ces personnes soient fondamentalement motivées par le secteur, et pas simplement parce que c’est une tendance du moment : ce sont précisément les investisseurs que nous voulons éviter. Structurer une entreprise de défense de nouvelle génération, c’est finalement la même chose, à quelques exceptions près, que structurer une entreprise du secteur civil.
À quoi va servir cette levée de fonds, et combien de recrutements sont prévus ?
L’argent va servir à nous implanter durablement dans plusieurs pays. Nous avons déjà une filiale d’une quinzaine de personnes en Angleterre, nous ouvrons un bureau à Munich, et nous allons également nous implanter en Ukraine. Ces fonds soutiendront notre développement en Europe, la poursuite de la R&D sur le produit avec l’ouverture de nouveaux domaines, et aussi l’industrialisation du produit pour le faire passer à l’échelle, c’est-à-dire passer de quelques unités servies à une armée entière, ce qui exige un investissement conséquent. Sur le plan commercial, l’objectif est de remporter des contrats bien plus importants : les premiers contrats à huit chiffres, et l’intégration dans de premiers programmes à neuf chiffres dans différents pays.
Et puis, progressivement, recruter de gros profils dans les pays où nous nous installons. L’objectif est de continuer à bâtir une équipe du meilleur niveau possible, non pas seulement pour le secteur de la défense, mais tous secteurs confondus : l’une des meilleures équipes du domaine logiciel.
C’est aussi un changement de paradigme dans le secteur de la défense. Jusqu’à il y a quelques années encore, il était fermé. Aujourd’hui, les meilleurs acteurs technologiques viennent y concourir : c’est radicalement nouveau, et cela exige des équipes radicalement différentes de celles qui existaient il y a quatre ans.
Vous pointez vous-même le dilemme : les fonds américains savent faire grossir des entreprises de défense à l’échelle mondiale, mais accepter leur argent pose des questions de souveraineté. Qu’avez-vous décidé pour cette Série A ?
Non. Pour nous, l’échelle pertinente à ce stade, sachant que nous ne faisons pas de hardware mais du logiciel, ne nécessite pas des tours de table absolument gigantesques. Il en ira probablement autrement pour le tour suivant. À ce stade, compte tenu du montant que nous souhaitions lever, nous avons identifié des acteurs européens de niveau mondial, et nous nous sommes tournés vers ce type de fonds.
Vous mentionnez que des équipes de Comand AI sont suivies par un psychologue après leurs séjours en Ukraine. Est-ce une pratique systématique, et comment abordez-vous la charge émotionnelle de travailler sur des outils dont l’usage final est la guerre ? Est-ce un sujet dont vous parlez ouvertement en interne ?
Nous faisons un débriefing à chaque retour ; c’est d’autant plus nécessaire que le contexte est de plus en plus tendu, même à Kiev. Se rendre en Ukraine devient de plus en plus dangereux. Donc oui, nous avons cette option, et nous sommes extrêmement attentifs aux déploiements que nous menons là-bas comme aux personnes qui y sont envoyées.
Notre motivation à nous rendre en Ukraine a d’ailleurs été l’un des points de départ de la création de Comand AI. Le déclencheur a été l’éclatement du conflit, et la volonté initiale était de servir les besoins des Ukrainiens, avec le plus haut niveau d’ambition et d’humilité pour être les plus utiles possible sur place. Nous ne forçons absolument personne à y aller : cela repose sur le volontariat. Mais toutes ces personnes sont profondément motivées à l’idée d’aller aider les Ukrainiens. Nous voyons les choses sous cet angle, plutôt que sous un angle guerrier.
L’affaire Anthropic a montré qu’un fournisseur d’IA peut être banni pour avoir simplement voulu connaître l’usage fait de son modèle. Si demain un client militaire utilisait Prevail d’une façon que vous n’aviez pas anticipée et que vous jugez problématique, quelle est votre marge de manœuvre réelle ?
La marge de manœuvre commence en amont, avec le choix des pays que nous souhaitons servir : c’est une décision fondamentale. Ensuite, une fois le logiciel déployé, le client a le plein contrôle et la pleine possession de la solution, et nous ne pouvons pas intervenir dessus. Ce qu’il faut, c’est éventuellement prévoir des limites contractuelles dès le départ. C’est peut-être adapté au cas américain, mais cela paraît moins pertinent au regard de ce que nous observons en Europe.
Comment interprétez-vous ce bras de fer entre Anthropic et le Pentagone ?
Le point central, c’est la culture de l’entreprise au service des intérêts du ministère de la Défense concerné. Il ne faut pas déployer de solutions pour des cas d’usage qui seraient culturellement orthogonaux à ce pour quoi les salariés ont rejoint l’entreprise : c’est là le fond du sujet Anthropic. Personne, je crois, ne souhaite une guerre automatisée et non supervisée. Anthropic ne développe pas ses solutions pour qu’il en soit fait un usage inconsidéré. Je comprends parfaitement que ses dirigeants tracent ces lignes directrices fortes, et cela passe par la culture de l’entreprise comme par la motivation des salariés qui l’ont rejointe.
Vous parlez de « commandement global augmenté » intégrant les niveaux stratégique, opératif et tactique, sur tous les milieux : terre, air, mer, cyber, électromagnétique. Est-ce une vision produit à 10 ans, ou Prevail couvre-t-il déjà réellement l’ensemble de ces dimensions aujourd’hui ?
Le socle que nous développons, les fondations du produit, sont indépendants du domaine. À ce jour, nous avons concentré 90% de l’effort sur des cas d’usage terrestres, et nous avons commencé depuis quelques mois à traiter des cas d’usage aériens. Nous allons monter en puissance très vite sur le volet aérien, et nous commençons aussi à nous développer sur le volet naval.

Quel a été votre niveau de participation à Orion 26 ?
Orion 26 a été une excellente occasion de tester Prevail dans un contexte déconnecté d’internet, avec une infrastructure de calcul vraiment frugale. Nous avons pu démontrer sa capacité à fonctionner parfaitement dans ces conditions, avec une intégration au niveau du régiment. C’est une occasion extrêmement précieuse, pour des acteurs comme nous, de prouver la validité et l’impact opérationnel de nos capacités.
Le problème, c’est qu’Orion n’a lieu qu’une fois tous les deux ans, alors que nous aimerions un Orion toutes les semaines. Cela exige évidemment des moyens colossaux, ce n’est pas envisageable. C’est pourquoi nous nous efforçons de mettre en place, avec les militaires, des conditions de test très fréquentes qui permettent de se passer de ce type d’exercice.
Vous visez « au moins un milliard d’euros de chiffre d’affaires » à terme. Sur quelle échéance, et quel est le scénario de croissance qui vous y amène ?
L’objectif est de créer un acteur de rang mondial qui refonde la couche logicielle des secteurs de la défense et de la sécurité. Ce périmètre suffit largement à asseoir un tel niveau de revenus. Le cheminement consiste à commencer par le C2, puis à aller progressivement vers différents domaines : servir les besoins des forces, mais aussi ceux des industriels de la défense. C’est d’ailleurs ce qui nous distingue : nous sommes quelques-uns à venir des leaders historiques du secteur, et notre conviction, c’est qu’un acteur transverse est nécessaire pour compléter les capacités de ces bases industrielles établies.
À chaque étape de la vie de Comand AI, mes propos ont été questionnés, jugés déraisonnables. Je crois qu’il faut être déraisonnable et nourrir le plus haut niveau d’ambition possible pour notre pays et pour ses alliés. Les meilleurs acteurs technologiques parviennent à générer de tels revenus : c’est dans cette catégorie que nous souhaitons nous situer.
Vous qui avez travaillé chez Naval Group avant de créer votre start-up, quels conseils donneriez-vous à un salarié qui souhaite se lancer dans l’entrepreneuriat dans la défense ?
Le conseil, ce serait simplement de se lancer. Il y a énormément à faire dans une multitude de composantes du secteur de la défense. Il faut identifier un problème très précis, commencer à le résoudre, et, pas à pas, il deviendra possible de bâtir un acteur. L’idée, c’est qu’il n’y a pas de meilleur moment que maintenant pour créer un nouvel acteur dans le secteur de la défense. C’est non seulement une opportunité, le marché est ouvert, mais aussi une nécessité. Si de nouveaux acteurs d’excellence ne voient pas le jour et n’atteignent pas une masse critique, ma conviction est que l’industrie de défense européenne sera déclassée face aux meilleurs acteurs apparus hors d’Europe.
Y a-t-il un livre qui a marqué votre parcours d’entrepreneur et que vous conseilleriez à nos lecteurs ?
Il y a un livre qui m’a vraiment marqué et qui a compté parmi ceux qui m’ont fait franchir le pas pour lancer Comand AI : S’adapter pour vaincre (Éditions Perrin), de Michel Goya. L’un de ses messages centraux, c’est que, dès lors qu’un nouveau conflit éclate, une période inédite s’ouvre et les capacités de défense changent radicalement : une partie des capacités nécessaires pour dominer son adversaire est entièrement repensée. Et c’est exactement le moment que recouvre le conflit en Ukraine.
Ce livre était absolument passionnant, et je le trouve très motivant pour aller servir les besoins des utilisateurs sur le terrain de la manière la plus ouverte possible : non pas en apportant des solutions déjà existantes, mais en allant construire celles dont ils ont besoin maintenant. C’était une lecture vraiment éclairante à ce moment-là.
- Large Language Model ↩︎
- Processeur graphique ↩︎
- Adéquation parfaite entre le produit et le marché ↩︎
- Centre de commandement, de contrôle, de communications, d’informatique, de cyberdéfense, de renseignement, de surveillance et de reconnaissance ↩︎
Image © Ministry of Defence of Ukraine